Mont-Noble, Veysonnaz et Sion: un mariage à trois communes face à la population

Le président sédunois Philippe Varone, accompagné par ses collègues Patrick Lathion (Veysonnaz) et Bernard Bruttin (Mon-Noble)
Sion
Diana-Alice Ramsauer
Journaliste RP

Un mariage à trois entre Sion, Veysonnaz et Mont-Noble. Les autorités sont venues présenter l'un des premiers grands pas dans le projet de «Capitale des Alpes ». Un débat avec la population qui a soulevé bon nombre d’enjeux: identité ville-montagne, rayonnement de la région ou encore fiscalité.

L'ambiance était calme. L'audience attentive. Les questions civilisées. Plus d’une centaine de personnes – majoritairement des hommes de plus de 45 ans – étaient présentes ce lundi à l'aula du Lycée-Collège de la Planta lors de cette rencontre citoyenne. Les autorités sédunoises présentaient leur plan de fusion devant la population. Un mariage à trois communes – Sion, Veysonnaz et Mont-Noble – représentant l'un des premiers pas de la stratégie de Sion pour devenir la «Capitale Suisse des Alpes ». Les présidents des deux communes de montagne étaient venus soutenir le grand frère et dire tout le bien qu'ils pensaient de cette démarche.

Selon les orateurs de la soirée, la démarche globale est une vision sur 30 ans qui devrait profiter au développement de la région en matière de tourisme ville-montagne et placer avantageusement ce nouveau Sion dans le domaine de la santé, des énergies et de l’innovation.

Le projet de fusion est soutenu par une étude de faisabilité menée par le bureau COMPAS et qui montre que ces rapprochements avec Veysonnaz et Mont-Noble sont pragmatiques et opportuns autant sur le plan du rayonnement de la région, du partage des prestations que de la fiscalité. Ils seraient également acceptables sur le plan de l’opinion publique et de la compatibilité des cultures sociales et politiques.

Fragiliser les communes de montagnes ou leur donner du poids ?

Reste que la demi-heure laissée aux questions  a soulevé de nombreuses problématiques. Dans un public plutôt ouvert à la réflexion, on trouve Jean-Michel Michellod, habitant d’Uvrier. Il est simplement venu pour s'informer, mais il se préoccupe de la place laissée aux spécificités des régions de montagne dans un tel projet. «Il s'agit d'un constat: les grandes décisions sont prises par des villes qui deviennent de plus en plus grandes. Pourtant, les populations de montagnes ont des cultures visiblement différentes. Alors est-ce qu'on ne risque pas de fragiliser ces populations ? Est-ce que l'on ne devrait pas encore peut-être étudier plutôt des fusions au sein des communes de montagnes pour bien respecter cet environnement ?»

Les autorités répondent qu'une affiliation avec Sion permettrait au contraire de représenter un porte-voix pour ces communes qui ont parfois aujourd'hui de la peine à se faire entendre. Le but final étant également de peser sur le plan suisse en offrant à la capitale, à terme, une taille critique – des rapprochements jusqu’à Vétroz, Grimisuat ou encore Nendaz sont du moins inscrits dans la stratégie de la capitale.

Concurrence face aux autres pôles touristiques

Convaincre, il faudra aussi le faire face aux personnes déjà plutôt favorables au projet, comme François Dufour. Ce Sédunois se demande quel regard les autres régions auront face aux ambitions de la capitale valaisanne. « Nous avons déjà des pôles touristiques très importants, que ce soit Crans-Montana, Verbier ou même Zermatt. Est-ce que Sion n’impose pas une certaine concurrence en se définissant comme capitale des Alpes? J’aimerais savoir ce que cela apporte.»

Bon nombre de questions sont restées en suspens ce lundi. Des remarques tout de même récoltées par les autorités pour faire avancer la réflexion et permettre de dessiner un projet plus détaillé dans le courant de l'année.

Une opposition politique

Aux citoyennes et citoyens sédunois se sont également mêlées des personnes issues de la politique. Déjà officiellement positionné contre cette fusion, le comité du PDC de Sion – soutenu par un sondage mené auprès de ses membres – avait un représentant peu convaincu par le projet et les arguments des autorités, et qui l’a fait savoir lors de cette soirée. 

«On nous explique qu'il y a beaucoup de gens de Mont-Noble et de Veysonnaz qui pendulent direction Sion. Mais il y a également beaucoup de trafic entre Lausanne et Genève et ce n'est pas pourtant que ces deux villes vont fusionner.»Raphaël Zuchuat, secrétaire général PDC Sion

«On nous a présenté des avantages en termes de tourisme ou de loisir, relève Raphaël Zuchuat, secrétaire général de la section sédunoise. Mais en tant que citoyen, même sans cette fusion, je vais toujours pouvoir continuer à aller faire du ski à Nax, du golf à Granges ou à Sierre et du surf à Sion. Donc cela ne me change pas grand-chose.» Selon lui, il n'y aura pas non plus d’augmentation sensible des prestations pour les habitants de la ville. «D'autre part, et je le dis sous forme de boutade, ajoute-t-il, on nous explique qu'il y a beaucoup de gens de Mont-Noble et de Veysonnaz qui pendulent direction Sion. Mais il y a également beaucoup de trafic entre Lausanne et Genève et ce n'est pas pourtant que ces deux villes vont fusionner.»

Des pions placés sur un échiquier

D'autres voix très critiques sont venues des régions de montagne, à l'image de Julie Métrailler, une habitante de Veysonnaz. «Je suis venue pour sentir l'atmosphère sédunoise», explique-t-elle. Pas fondamentalement contre le principe d’une fusion, elle se dit pourtant inquiète de ces démarches, déjà lancées à pleine vitesse sans débat ouvert. «Ce soir, c'était une soirée très politique où l'on est venu présenter le projet sans réellement ouvrir la discussion. J’ai l’impression que les gens sont surtout venus placer leurs pions.»

Et sur l'échiquier, la partie est déjà bien entamée. Le dénouement sera connu lors des votations populaires prévues en juin 2023.

À noter encore que deux séances d’information similaires auront lieu mardi et mercredi à Nax et à Veysonnaz.

dar
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