Massimo Cosentino: «Je n’étais pas la bonne personne pour le FC Sion»

Christophe Moreillon
Journaliste sportif RP

Il incarnait le renouveau que se promettait de vivre le FC Sion. Un an seulement après sa nomination au poste de directeur général, Massimo Cosentino a déjà quitté le club valaisan. Aujourd’hui à la Juventus, il évoque son nouveau rôle et revient sur son (court) passage à Tourbillon.

C’était il y a un tout petit peu plus d’un an, à la mi-juin 2021. Conjointement à la nomination de Gelson Fernandes au poste de vice-président, Massimo Cosentino rejoignait le FC Sion pour y endosser le costume de directeur général. Le renouveau du club valaisan était alors en marche. Douze mois plus tard, les deux hommes ont déjà tourné le dos à la Porte d’Octodure. Si l’ex-international s’est engagé auprès de la FIFA, le dirigeant italo-suisse a quant à lui rebondit à la Juventus de Turin. Interview.

Massimo Cosentino, racontez-nous comment se sont passés vos débuts dans votre nouvelle fonction de secrétaire général de la Juventus?
Très bien. Tout a été très vite. J’ai commencé le 1er juillet dernier et j’ai tout de suite eu des transferts à gérer. Ce rôle de secrétaire général est varié. Je participe au mercato, j’organise les matches, les déplacements… Je fais pas mal de bureaucratie. C’est notamment moi qui m’occupe de l’inscription de l’équipe au championnat ou à la Ligue des Champions. J’avais déjà eu pareil cahier des charges à l’époque, avant de rejoindre le FC Sion. C’est donc une sorte de retour aux sources.

Vous parlez de transferts, du mercato. Prenons l’exemple de Pogba et Di Maria qui ont rejoint la Juve dernièrement. À quel point avez-vous contribué à leur venue respective?
C’est moi qui me suis occupé de la rédaction des contrats, de les faire signer et de les enregistrer.

«J’avais un accord avec l’Olympique de Marseille.»Massimo Cosentino

Comment se sont passées les discussions qui ont mené à votre engagement à Turin?
Bon, au début c’était prévu que je rejoigne l’Olympique de Marseille. Ce qui a été relayé par certains médias était correct. J’avais trouvé un accord avec Pablo Longoria (ndlr: président de l’OM) mais rien n’était encore signé. Et vous savez comment ça va dans le football: tant que tu n’as pas signé, rien n’est acté. Pablo a travaillé à la Juve dans le passé (ndlr: responsable du recrutement de 2015 à 2018) et je pense que c’est comme ça que mon nom est remonté aux dirigeants turinois. Ils m’ont appelé car ils cherchaient quelqu’un pour assumer ce rôle de secrétaire général et j’ai tout de suite accepté le poste. Dire non à Pablo n’a pas été facile mais en signant ici, je rejoins un très grand club. Et puis, ce qui a aussi pesé dans la balance, c’est le côté logistique. Même durant mon passage à Sion, je n’ai pas quitté ma résidence au bord du Lac Majeur. J’en suis aujourd’hui plus proche depuis Turin que Marseille…

Vous l’avez dit, vous avez déjà occupé ce poste de secrétaire général dans le passé. C’était de 2016 à 2021 à l’Inter Milan. Arriver aujourd’hui chez le grand rival, ça ne vous pose pas de problème?
Non, je dirais même enfin! Vous savez, j’ai toujours dit que petit, mon club de cœur était le FC Sion. C’est vrai. Mais mes origines italiennes ont aussi fait de moi un tifoso de la Juve. En peu de temps, j’aurais donc eu la chance d’être engagé dans mes deux clubs de cœur (rires)!

Revenons sur la fin de votre aventure au FC Sion. Le président Christian Constantin nous a dit que vous partiez pour des raisons familiales. Rien de plus?
Ah vous savez, je ne vais pas contredire le président (rires). Encore une fois, je rebondis à la Juve, je me rapproche de ma femme et mon fils donc oui, c’est une des raisons de mon départ. Après, je vous assure que j’ai quitté le Valais à contre-cœur. J’aurais aimé continuer d’autres années dans ce club mais voilà, c’est la vie du football…

«J'étais trop habitué à ce que j’avais connu auparavant dans ma carrière. Des clubs avec plus de personnel.»Massimo Cosentino

Du coup le facteur familial ne suffit pas à justifier ce départ précoce…
Bon, je vais vous dire de quoi on a discuté avec le président. Je lui ai expliqué que j’étais trop habitué à une certaine façon de travailler. À ce que j’avais connu auparavant dans ma carrière. Des clubs avec plus de personnel. Je pense simplement que je n’étais pas la bonne personne pour le FC Sion. Le problème ne venait pas du club mais de moi.

Vous avez été surpris en découvrant à quoi ressemble le FC Sion en coulisses?
Je ne sais pas si je peux dire ça comme ça. J’y suis arrivé après deux années compliquées sur le plan économique pour tous les clubs. Pas seulement en Suisse mais sur tout le panorama international. Investir sur du personnel à ce moment-là n’était donc pas facile. Je n’ai pas de reproches à faire au président. Surtout que comme je l’ai toujours dit, sans lui il n’y aurait pas de FC Sion. Encore une fois, le seul problème, c’est que je n’étais pas la bonne personne.

Reste qu’additionné à celui de Gelson Fernandes, votre départ a interpellé, voire inquiété. Vous incarniez à vous deux le renouveau que devait connaître le FC Sion…
Je ne pense pas qu’il y ait matière à s’inquiéter. Avec l’arrivée de Pablo Iglesias, le FC Sion reste entre de bonnes mains. L’important, c’est que ça suive avec la famille Constantin car je ne vois pas qui pourrait reprendre le club après. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de soucis à se faire quant à l’avenir. Les transferts effectués, notamment les arrivées de Lindner et Lavanchy sont des motifs d’espoir.

Bien qu’elle ait été courte, qu’est-ce que vous retenez de votre aventure en Valais?
La découverte d’une autre manière de vivre le football, plus tranquille, moins stressante. C’était quelque chose de très, très, très positif. Dans notre milieu on pense constamment au foot mais il ne faut pas oublier les choses réelles de la vie, savoir ce qui est le plus important pour nous. Cette réflexion, j’ai appris à la faire en Valais.

«Si c'était à refaire, je referais exactement pareil. Je n'ai ni remords, ni regrets concernant le FC Sion.»Massimo Cosentino

Il y a un an, vous affirmiez que rejoindre le FC Sion était un rêve. Ce rêve, il a tourné court…
Non, je ne dirais pas ça. En tout cas, si c’était à refaire, je referais exactement pareil. À Sion, j’ai appris, j’ai découvert comment fonctionnait le foot suisse. Aujourd’hui, je n’ai vraiment ni remords, ni regrets.

Quels contacts avez-vous gardé avec Christian et Barthélémy Constantin?
De très bons contacts. Je ne vois pas pourquoi on devrait être en froid ou je ne sais quoi. Je les ai d’ailleurs eus hier au téléphone. Avec Barth, on s’appelle souvent. Mon départ a pu être un choc pour eux mais je pense qu’ils ont désormais compris ma réflexion. Je me répète mais je n’étais pas la bonne personne.

Ces dernières années, plusieurs échanges de joueurs ont eu lieu entre Sion et la Juve. Cette relation, elle pourrait s’accentuer, s’accélérer par votre présence dans le Piémont?
Ni oui, ni non. Les deux clubs ont déjà collaboré et si ça doit à nouveau être le cas, ça se fera.  En tout cas, si je peux donner un coup de main en ce sens, je le donnerais.

CM
Thèmes liés à l'article
Catégories