La censure d'une vidéo à Shanghai exaspère les internautes

Livraison de nourriture dans une résidence à Shanghai. ©KEYSTONE/EPA/ALEX PLAVEVSKI
Covid
Keystone-ATS
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Une vidéo virale qui présente les répercussions du confinement de Shanghai sur ses habitants a été effacée de l'internet chinois par les censeurs. Cela a suscité samedi l'incompréhension voire la colère des internautes.

La capitale économique chinoise, peuplée de 25 millions de personnes, affronte sa pire flambée de Covid-19 depuis le début de la pandémie.

Le ministère de la Santé a annoncé samedi 12 nouveaux morts et plus de 23'000 nouveaux cas positifs à Shanghai. Il s'agit d'un rebond de près de 6000 cas par rapport à la veille.

Les autorités locales attribuent notamment cette nouvelle hausse à la promiscuité dans certains vieux bâtiments d'habitation, où cuisines et toilettes sont partagées.

Long plan-séquence

La quasi-totalité des Shanghaïens sont confinés chez eux depuis début avril. Beaucoup d'habitants ont des difficultés pour s'approvisionner en produits frais et pour voir un médecin.

Intitulée "Siyue zhi sheng" ("Les voix d'avril"), la vidéo de six minutes est un long plan-séquence de Shanghai filmée depuis les airs.

L'auteur a ajouté sur ces images en noir et blanc, par ordre chronologique, une succession de sons extraits de conférences de presse, de vidéos publiées sur les réseaux sociaux ou d'appels téléphoniques d'habitants.

La vidéo débute par les voix de responsables politiques déclarant, au début de la flambée épidémique en mars, qu'un court confinement préventif n'est pas souhaitable, en raison de ses répercussions économiques.

Cette hésitation initiale a conduit à l'explosion du nombre de cas positifs, laquelle a finalement déclenché l'actuel confinement qui devrait, lui, durer de nombreuses semaines.

La vidéo en présente les répercussions avec une vingtaine d'extraits sonores: des habitants confinés qui n'arrivent pas à obtenir de la nourriture, des médicaments ou à se rendre à l'hôpital; un homme empêché de rentrer dans son quartier confiné; ou encore une femme décrivant le chaos dans les centres de quarantaine.

Faits bruts

Le clip a été massivement partagé et vu vendredi soir sur le réseau social WeChat. Mais les censeurs sont parvenus à en effacer toute trace en quelques heures.

"L'auteur présente juste des faits bruts. Il n'y a rien de provocateur!", s'agaçait samedi un utilisateur du réseau social Weibo, où les discussions sur le sujet sont presque totalement censurées.

"Cette vidéo n'a rien de spécial. Son contenu était déjà connu. Mais le fait de voir que même ça c'est censuré, ça m'insupporte. C'est pour ça que je l'ai rediffusée sur mon fil", écrivait une autre utilisatrice.

En signe de mécontentement, nombre d'internautes ont partagé sur WeChat des clips musicaux de deux chansons aux paroles contestataires: "Do You Hear the People Sing?" (de la comédie musicale "Les Misérables") et "Another Brick In The Wall" (du groupe Pink Floyd).

La première est un appel à la rébellion. La seconde fustige notamment le "contrôle de la pensée".

Kafkaïen

La vidéo reste visible sur YouTube, un site toutefois inaccessible depuis la Chine continentale sans logiciel de contournement (VPN).

Beaucoup de Shanghaïens ont fustigé ces dernières semaines sur les réseaux sociaux chinois divers accrocs logistiques et situations kafkaïennes qui résultent de l'application des mesures sanitaires.

Si nombre de vidéos sont censurées, elles ne le sont souvent pas assez vite pour empêcher leur diffusion virale.

La Chine justifie sa stratégie anti-Covid par la volonté de limiter au maximum le nombre de morts. Officiellement, moins de 5000 décès ont été recensés depuis le début de la pandémie.

ATS
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