Christian Constantin: «On a pris le parti de la ramener, tout le monde n’a pas le même courage»

Christian Constantin ©Keystone-ATS
Football
Christophe Moreillon
Journaliste sportif RP

Le nouveau litige avec la ligue, les actes de Mario Balotelli et la dénonciation du contrat de bail du Stade de Tourbillon. Le quotidien de Christian Constantin est fait de nombreuses problématiques ces derniers jours. Et au milieu de tout ça, il y a un match de Coupe à jouer ce mercredi à Wil.

Après le doigt d’honneur de Mario Balotelli aux supporters bâlois dimanche, le message du Transalpin sur les réseaux sociaux lundi et le début d’une nouvelle croisade contre la ligue et l’arbitrage, la semaine mouvementée du FC Sion se poursuit. On apprend ce mercredi que Christian Constantin a dénoncé le contrat qui le liait à la Ville de Sion pour la location du Stade de Tourbillon. Le président du club valaisan se livre sur ces différentes thématiques. Interview.

Christian Constantin, le match de Coupe de ce mercredi soir à Wil a-t-il eu droit à une courte place dans votre esprit depuis le début de la semaine?
Si tu veux savoir si je sais contre qui on joue, je te réponds oui (rires). C’est le deuxième de Challenge League, sur un terrain synthétique de petite dimension, sous la pluie comme toujours en Suisse-allemande à cette période. On va souffrir et il faudra tout faire pour rester dans le chapeau.

C’est un match piège de plus. Comme tous ceux qui n’ont pas souvent souri au FC Sion ces derniers temps…
Pour le moment, il y a 0-0. À nous de jouer.

Revenons-en à ce début de semaine mouvementé. Avez-vous eu des contacts avec Mario Balotelli depuis ses doigts d’honneur à Bâle et son message sur les réseaux sociaux?
Bon, dire «ses» doigts d’honneur est faux. Il n’y en a eu qu’un au moment où il se faisait insulter par le public. J’ai dit à tous les médias qui prétendaient que Mario avait fait ce geste plusieurs fois qu’ils se trompaient. J’en ai la preuve. Pour en revenir à votre question: non, je n’ai pas échangé avec lui ces derniers jours. Mais ce qu’il a dénoncé, je le vis depuis tellement d’années. Il s’en rend compte après cinq matches mais moi, ça fait au moins mille rencontres que je le vois. L’arbitrage est un problème partout mais il l’est encore plus chez nous. Dans un pays divisé par des régions linguistiques différentes avec des masses de population et d’intérêts différentes.

«Quand Fringer m’a emmerdé, je lui ai mis un coup de pied au cul. Je n’ai aucune leçon à donner à Mario.» Christian Constantin

Si on peut comprendre Mario Balotelli sur le fond, on peut quand même regretter la forme utilisée…
Je suis mal placé pour ramener ma fraise sur ce sujet-là. Personnellement, quand Fringer m’a emmerdé, je lui ai mis un coup de pied au cul. J’ai aussi pris une amende de la ligue pour les avoir traités d’association de malfaiteurs. Je ne peux donc pas faire une remarque à quelqu’un qui parle de mafia, de groupe occulte avec des intérêts à définir ou je ne sais quoi. J’ai dit et fait des choses bien plus fortes dans le passé. Je n’ai aucune leçon à donner à Mario.

Il est aujourd’hui suspendu pour un match à titre provisoire. Craignez-vous une sanction bien plus lourde?
Pour moi, il y a deux choses différentes. Ce qu’il se passe sur un terrain et en dehors. Sur un terrain, tu peux prendre un carton rouge. D’autres joueurs ont été expulsés et ont pris deux matches pour un doigt d’honneur. En ce qui concerne Mario, la VAR aurait très bien pu intervenir pour le sanctionner directement dimanche. Elle ne l’a pas fait donc j’imagine qu’elle n’a pas jugé ça si grave. Pour ce qui est de son message sur les réseaux sociaux, prononcer une éventuelle sanction n’est pas du domaine sportif. Il risque simplement une amende. Il faudra évidemment se battre sur les deux dossiers mais il ne faut pas pour autant les mélanger.

«On aimerait juste que les arbitres fassent convenablement leur boulot.»Christian Constantin

Mardi, le FC Sion a publié un communiqué pour dénoncer de prétendues erreurs arbitrales ces dernières semaines. Quelles autres pistes envisagez-vous pour défendre vos intérêts?
Mais des pistes… On aimerait juste que les arbitres fassent convenablement leur boulot, surtout maintenant qu’ils ont recours à la VAR. C’est d’ailleurs souvent elle qui commande. Et puis bon, avant de penser à des pistes de défense, il faudrait savoir sur quoi on est attaqué. La seule chose qui est claire aujourd’hui, c’est que Mario est suspendu un match pour son doigt d’honneur. En fonction des décisions qui seront prises par la ligue, on fera des recours.

Avec la ligue justement, avez-vous eu des contacts ces derniers jours?
Pour quoi faire?

Pour leur faire part de votre impression d’avoir droit à un traitement différent de celui réservé aux clubs alémaniques par exemple…
Mais je ne suis pas seul à avoir cette impression. Je viens de voir passer un sondage qui montre que des milliers de personnes pensent comme moi qu’il y a de l’injustice.

Reste que vous êtes pratiquement le seul à le clamer haut et fort. Ne faudrait-il pas une fronde commune des clubs romands?
Dans toutes les guerres du monde il y a des personnes qui parlent sous le manteau car ils n’osent pas le faire en pleine face. Tout le monde n’a pas le même courage. Des gens sont faits pour être dominés, d’autres pour être dominants. Nous, on a pris le parti de la ramener et on peut étayer ce qu’on avance avec des preuves. On n’est donc pas dans le faux en soulevant le problème. Maintenant, il faut que les gens qui posent problème acceptent de se remettre en question.

Mener un nouveau combat avec la ligue, ça ne vous fatigue pas? On en était au même point il y a dix, quinze ans…
On l’était aussi il y a quarante ans. Les Alémaniques ont toujours été plus nombreux au pouvoir et forcément qu’ils défendent d’abord leurs propres intérêts. Mais c’est normal. L’humain est fait pour tirer la couverture à soi lorsqu’il fait partie des hauts placés. Ce qui n’est pas drôle, c’est qu’on sera toujours minoritaire dans les décisions.

«J’arrive au bout. Le feu d’artifice, je peux le faire en retirant le FC Sion du championnat.»Christian Constantin

Parmi vos déclarations des derniers jours, cette menace de retirer le FC Sion du championnat. De l’intox pour faire parler?
Pourquoi? Vous savez, une fois qu’on n’est plus professionnel, il n’y a plus autant de problèmes… Et puis moi, j’arrive au bout. Le feu d’artifice, je peux bien le faire comme ça. Une fois que le rideau se baisse, tu n’as plus besoin de faire le spectacle.

On apprend ce mercredi que vous avez décidé de dénoncer le contrat qui vous lie à la Ville de Sion pour la location du Stade de Tourbillon. Qu’est-ce que ça veut dire?
Qu’on avait fait ce contrat il y a quelques années en y mettant des dates qui prenaient compte de mon âge (ndlr: avec une échéance au 1er décembre 2024). En tant qu’être humain, tu te dois de planifier certaines choses à un certain moment de ta vie. Le temps passe que voulez-vous?

Et si on vous dit que c’est un moyen de mettre la pression sur la Ville et le Canton pour qu’ils travaillent sur de nouvelles infrastructures sportives?
Je vous réponds que ce n’est pas le cas. J’arrive au bout, je le répète. En revanche, je trouverais sympa que les jeunes puissent continuer à vivre leur passion dans la région où ils sont nés et qu’ils puissent y accéder au plus haut niveau. Ces jeunes se forment à travers le sport. C’est quand même mieux de les avoir dans un corps sain que d’avoir des gamins qui passent leur vie devant des écrans ou qui se droguent. Je pense donc simplement qu’il faut donner à la jeunesse les moyens de vivre sa passion et de pourquoi pas  en faire son métier. Et pour ce qui est du FC Sion, je le vois plus jouer dans une ligue différente que dans un stade différent à l’avenir.

«En Valais, on ne peut trouver que 3 à 4 millions et le reste, il faut l’inventer. Personne ne veut faire le crétin comme je l’ai fait.»Christian Constantin

Mais cet avenir du FC Sion, ne s’écrit-il pas au conditionnel avec cette échéance de décembre 2024? C’est presque demain…
Non, cet avenir est très clair. En l’état, ce sera un retour au foot amateur. Le budget moyen d’une équipe professionnelle en Suisse est de 27 millions. En Valais, on ne peut trouver que 3 à 4 millions et le reste, il faut l’inventer. Personne ne veut faire le crétin comme je l’ai fait. Une solution étrangère n’est pas non plus une bonne option car on sait comment ça va: ils repartent aussi vite qu’ils sont venus. À un certain moment, il faut donc se résoudre à faire ce qui s’impose. Se mettre dans une ligue qui correspond à tes moyens. Et pour le FC Sion, c’est plus une ligue amateur que professionnelle.

Ce mercredi matin, Christian Constantin était de passage dans «Good Morning Valais». Retrouvez les meilleurs moments ci-dessous en vidéo

Christian Constantin sur les injustices des dernières semaines

Christian Constantin sur la résiliation du contrat de bail du Stade de Tourbillon

CM
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