Quand les archéologues s'activent pour sauver l'Histoire, avant qu'elle ne disparaisse dans le bâti
Quand le boom de la construction impose aux archéologues une course contre la montre. A Martigny, de nouvelles fouilles d’urgence ont démarré en ville sur un site romain. Objectif : collecter le maximum de données, avant qu’il ne disparaisse sous un parking.
À quelques mètres des abords du CERM, sur la rue d’Octodure, des tranchées s’ouvrent dans un terrain promis à un futur immeuble. Une équipe d’une dizaine d'archéologues y fouille les vestiges d’un quartier de l’ancienne ville romaine d’Octodure, classée d’importance nationale. “On sait où l’on se trouve dans la ville antique, mais pas encore ce que l’on va découvrir”, résume Ardian Sliwinsky, responsable de l’opération.
Sur environ 1400 mètres carrés, les archéologues dégagent les dernières traces d’occupation antique, abandonnées à la fin du IVe siècle. Murs, pièces, aménagements liés à l’eau apparaissent progressivement. L’objectif n’est pas de tout conserver, mais de tout comprendre. “Fouiller, c’est déjà détruire”, rappelle l’archéologue cantonale Caroline Brunetti. “Notre rôle, c’est d’enregistrer un maximum d’informations avant que le site ne disparaisse.”
Une intervention dictée par le calendrier des travaux
Le chantier est qualifié d’urgence parce qu’il précède une construction déjà planifiée. À Martigny, comme ailleurs, archéologie et construction avancent désormais ensemble. Diagnostics, fouilles et travaux s’enchaînent selon un calendrier négocié. “Le monde économique a ses échéances, et nous devons composer avec”, souligne Caroline Brunetti.
Dans de rares cas, une découverte exceptionnelle peut conduire à adapter un projet. Mais la plupart du temps, l’enjeu est ailleurs. “Ce que l’on sauve avant tout, c’est la mémoire scientifique du site”, insiste-t-elle. Une mémoire destinée à la recherche, à la transmission et à la compréhension de l’histoire de la ville.
Un héritage à documenter, malgré les contraintes
Ce travail de sauvegarde pose plusieurs défis. La multiplication des chantiers met sous pression un milieu confronté à une pénurie de spécialistes. “Selon ce que l’on trouve, il faut parfois faire appel à des experts très pointus, qui ne sont pas toujours disponibles immédiatement”, explique l’équipe sur place.
Pour donner du sens à ces fouilles temporaires, le Service archéologique mise aussi sur l’ouverture au public. Des visites guidées sont proposées dès le 21 janvier, puis chaque mercredi. “C’est important que la population voie ce qui se passe sous ses pieds”, estime Caroline Brunetti. Une manière de partager un patrimoine appelé à disparaître physiquement, mais dont l’héritage, lui, est destiné à rester.


