Vincent Praplan: «Ma priorité, c’est de retrouver mon amour du hockey»

Vincent Praplan ©Rhône FM
Hockey
Christophe Moreillon
Journaliste sportif RP

Après trois saisons difficiles au CP Berne, Vincent Praplan s'apprête à changer d'air. L'attaquant sierrois défendra les couleurs de Genève-Servette pour les trois prochaines années. Avec une priorité: retrouver le plaisir du jeu.

Le monde du hockey sur glace suisse est entré dans sa période préférée. Celle pour laquelle joueurs et dirigeants s’investissent tout au long de l’année. Celle qui fait vivre les clubs. Qui fait vibrer les patinoires. Depuis une grosse semaine maintenant, les playoffs de National League battent leur plein. Des séries finales auxquelles ne participe pas Vincent Praplan, rentré en Valais il y a quelques jours. «Cela fait du bien d’être de retour à la maison, de retrouver mes proches et de pouvoir me ressourcer», souffle-t-il.

Un excès de confiance puni

À bientôt 28 ans – il les fêtera en juin prochain – le Sierrois d’origine avait besoin de «couper» du monde du hockey sur glace. De se changer les idées après des mois compliqués. Notamment sur le plan sportif. Son club du CP Berne s’est retrouvé en vacances sans même avoir le droit de disputer les pré-playoffs. 11ème de la saison régulière, il a vu Ambri lui passer devant lors de l’ultime ronde du championnat. «On s’est vus trop beaux. On pensait qu’on pourrait finir tranquillement, que notre avance était suffisamment confortable et qu’on pouvait préparer ces pré-playoffs. Au final, Ambri n’a rien volé. Ils ont gagné leurs six derniers matches dont deux contre nous. Ils méritaient de poursuivre leur saison, pas nous.»

«Le club ne s’est pas assez remis en question ces dernières saisons.»Vincent Praplan

Le constat est sans appel. Depuis un dernier titre fêté en 2019, les Ours ne montrent plus les crocs. Avant la désillusion de cette saison, ils avaient dû se contenter du 9ème rang lors des deux exercices précédents. Bien loin de leurs standards habituels. «Je pense que le club ne s’est pas assez remis en question ces dernières saisons. Il s’est dit qu’il n’avait aucune raison de ne plus avoir le succès qu’il avait dans le passé. Pendant ce temps, les autres équipes se sont développées, notamment en misant sur des jeunes, ce que Berne a encore de la peine à faire. Certains joueurs sont partis et n’ont pas été remplacés. Malgré toutes les difficultés rencontrées ces dernières années, on n’a jamais cherché à connaître leur cause. Maintenant, je pense que l’on est tombé très bas pour remonter.»

Il n’a jamais trouvé sa place dans la capitale

Si Berne remonte effectivement à l’avenir, cela se fera sans Vincent Praplan. Après trois saisons dans la capitale, le Valaisan a décidé de changer d’air. «Mes années là-bas n’ont pas été incroyables, tant sur le plan sportif qu’humain. Ce n’est un secret pour personne», témoigne-t-il. «J’ai beau avoir essayé pendant trois ans, je n’ai jamais vraiment trouvé ma place sur la glace et dans l’équipe. À un certain moment, il faut être honnête avec soi-même. C’est pour ça que j’ai pris la décision de partir en début d’année. J’en ai parlé avec les dirigeants et ils ont rapidement été d’accord pour que l’on se sépare.»

«Berne, ce n’était définitivement plus pour moi. Cela restera toujours une étape très douloureuse de ma vie.»Vincent Praplan

Si cette envie de nouveaux horizons était déjà bien présente dans l’esprit de Vincent Praplan depuis quelques mois, elle n’a été que renforcée par un événement tragique vécu il y a quelques semaines: la disparation de son père, décédé à l’hôpital des suites d’une crise cardiaque subie au sein même de la patinoire. «Berne, ce n’était définitivement plus pour moi. Cela restera toujours une étape très douloureuse de ma vie. Perdre mon papa dans ces circonstances, ça m’a juste confirmé qu’il fallait que je m’en aille.»

L'ours devient aigle

Aujourd’hui, l’attaquant valaisan souhaite définitivement tourner la page de ces moments difficiles en troquant sa tenue d’ours bernois pour celle de l’aigle de Genève-Servette. Il s’est engagé jusqu’en 2025 en faveur du pensionnaire des Vernets. «J’avais déjà eu des contacts avec ce club au moment de mon retour d’Amérique (ndlr: en 2019) mais j’avais alors choisi Berne. Ce qui m’a convaincu aujourd’hui, ce sont les très bons échanges que j’ai pu avoir avec le capitaine Noah Rod qui est un bon ami, avec le coach Jan Cadieux et avec le directeur sportif Marc Gautschi.» La confiance témoignée par les Genevois était importante pour Vincent Praplan. «Je sais aussi que je vais arriver dans un club plus petit, plus familial que ce que j’ai connu à Berne. Dans un vestiaire très soudé, un environnement qui devrait me convenir. Malgré des discussions avec d’autres équipes, Genève était ma priorité depuis le début.»

«Au vu de l’effectif qui se construit à Genève, je pense que le minimum serait de décrocher une qualification directe pour les playoffs»Vincent Praplan

Au bout du lac, le Sierrois rejoindra une formation pour qui la saison a duré à peine plus longtemps que pour Berne. Huitièmes de la saison régulière, les Servettiens ont été sortis par Lugano en pré-playoffs. «Il est encore tôt pour vous parler d’objectifs pour la saison prochaine», relève-t-il. «Mais au vu de l’effectif qui se construit, je pense que le minimum serait de décrocher une qualification directe pour les séries finales. Et puis, d’un point de vue personnel, je pense que beaucoup de goals seront attendus de ma part et je vais tout faire pour y parvenir. Il faudra que je sois capable de trouver ma place dans le vestiaire et dans l’alignement le plus rapidement possible.»

Le hockey n'est pas un job

Pour répondre aux attentes qui seront placées en lui, pour se montrer le plus performant possible et aider les Aigles voler vers les sommets, Vincent Praplan le sait: il lui faudra retrouver le plaisir du jeu qui s’est évaporé au fil des mois du côté de Berne. «Jouer au hockey ne doit pas être vu comme un job. Mais quand tu prends un coup sur la tête après chaque match, tu te mets inévitablement à te poser des questions. À un certain moment, je me suis dit «pourquoi je fais ça?» Je me rappelais des moments de ma jeunesse, lorsque je ne gagnais pas un franc mais que j’étais juste heureux d’être sur la glace. Chaque minute de libre que j’avais, je l’utilisais pour jouer au hockey devant la maison. Retrouver ce plaisir, cet amour de mon sport que j’avais à mes débuts, voilà ma priorité aujourd’hui!»

«Ne pas être dans la sélection pour les JO, ça été un nouveau coup sur la tête.»
Si la saison écoulée a été difficile à vivre pour Vincent Praplan avec son club du CP Berne, l’équipe de Suisse ne lui a pas franchement permis de se «réconcilier» avec le hockey sur glace. Pourtant auteur d’un tournoi convaincant en décembre à Viège, le Valaisan n’a pas été retenu par le sélectionneur de la Nati Patrick Fischer pour les Jeux Olympiques de Pékin.
«Ne pas aller aux JO, ça fait mal»
CM