Romain Ducret, 40 ans de PdG (1/6): Présentation

Romain Ducret ©Rhône FM
Série
Christophe Moreillon
Journaliste sportif stagiaire

Quatre ans après sa dernière édition, la Patrouille des Glaciers revient le mois prochain. Pour la 20ème fois de suite, Romain Ducret sera au départ. D'ici là, le Fribourgeois établi à Zinal évoquera chaque semaine un thème précis en lien avec l'événement. Présentation dans ce 1er épisode.

Annulée en raison de la pandémie il y a deux ans, la Patrouille des Glaciers fera son retour le mois prochain après une dernière édition organisée en 2018. Du 25 avril au 1er mai, plus de 1'500 équipes s’élanceront soit de Zermatt, soit d’Arolla avec un but commun: rallier la ligne d’arrivée du côté de Verbier. Parmi les participants, Romain Ducret sera au départ pour la 20ème fois. En attendant de s’élancer, ce Fribourgeois d’origine, valaisan d’adoption, évoquera chaque semaine sur Rhône FM un thème en lien avec la PdG.

Un virus hérité de sa mère

Aujourd’hui âgé de 64 ans, Romain Ducret s’est très vite pris d’amour pour la montagne et l’ascension des sommets. Un virus – comme il aime le dire – hérité de sa mère il y a plus d’un demi-siècle. «On avait l’habitude de partir à l’aveuglette en peau de phoque, même en plein hiver, sans savoir où l’on allait dormir. Souvent, on trouvait refuge dans une étable ou un chalet d’alpage. On y passait la nuit et le lendemain, on partait pour une randonnée. Ce qui était extraordinaire, c’est que l’on ne croisait pratiquement personne à l’époque, il fallait toujours faire les traces. Regardez les sommets aujourd’hui, il n’y en a presque plus un seul qui n’est pas déjà marqué!»

«La peur fait partie de l’activité en montagne.»Romain Ducret

Avec sa mère, Romain Ducret a donc appris à aimer la montagne. À la respecter aussi et à la traiter avec prudence. «Il faut être conscient qu’elle est toujours plus forte que nous. Lorsque l’on voit des cordées sur des glaciers, on a l’impression d’observer des fourmis. La peur fait vraiment partie de l’activité en montagne. Après, il faut savoir la gérer. Et faire des choses qui sont à notre niveau technique.»

Zermatt lui a fait ranger les crampons

Plus jeune, Romain Ducret s’est essayé à plusieurs disciplines. L’athlétisme notamment mais surtout le football qu’il a pratiqué à un bon niveau dans les classes juniors fribourgeoises. «Je n’ai jamais osé dire à mes entraîneurs que j’allais en montagne la journée alors que nous avions un match le soir», sourit-il. S’il a pu concilier durant plusieurs années sa passion des sommets pour celle du ballon rond, il a fini par faire un choix. «Je précise que je ne crois que très peu hasard. Mais la première fois que j’ai mis les pieds à Zermatt, que j’ai vu toutes ces hautes montagnes, j’ai spontanément choisi de tourner le dos au football. On m’a souvent dis que j’allais le regretter, ça n’a jamais été le cas…»

«La PdG crée une vraie camaraderie, des liens d’amitié très profonds.»Romain Ducret

Si le plaisir a toujours été le maître-mot de ces excursions vers les sommets, celui qui œuvre comme coach mental a aussi ressenti le besoin de retrouver l’esprit de compétition qu’il avait connu durant son passé sur les terrains. À 26 ans, il se retrouve donc à Zermatt, au départ de sa première Patrouille des Glaciers. «La PdG, c’est cette course historique, arrêtée en 1948 suite à un accident et relancée en 1984. C’est un événement qui crée une vraie camaraderie car on ne fait pas toujours équipe avec les mêmes personnes. Les liens d’amitié sont vraiment très profonds. C’est une merveilleuse aventure.»

Gelé pour sa 2ème patrouille

À l’heure d’évoquer la reine des épreuves dans le monde du ski alpinisme, le Fribourgeois a les yeux qui brillent. Il s’emballe. Les souvenirs se succèdent dans sa tête. «En 1984, on n’avait pas d’hôtel. On dormait sur nos sacs dans la salle de gym tandis que les militaires grillaient des steaks pour le souper. Durant la course, ils étaient cachés dans des igloos tellement qu’il faisait froid…En parlant de ça, je me rappelle surtout de ma 2ème patrouille en 1986. Tout le monde avait été surpris par la météo durant la nuit et je crois pouvoir dire que l’on avait tous gelé!»

«Même au bout de 40 ans, les émotions sont identiques.»Romain Ducret

Ces conditions extrêmes ont pu refroidir l’enthousiasme de certains participants. Mettre à mal leur passion. Pas Romain Ducret. Près de 40 ans après, il est toujours là. «La seule raison de cette longévité, c’est mon amour pour la montagne. Même un sommet relativement petit me procure de l’émotion.» Le mois prochain, il sera donc au départ pour la 20ème fois – «je prends aussi en compte les éditions qui ont été annulées puisque je n’y peux rien» - et il assure ressentir les mêmes sensations que pour sa première. «Maintenant qu’on part du bout du village à Zermatt, il y a vraiment beaucoup de monde. On est porté par ce public. Même de nuit en passant la Tête Blanche, on aperçoit des gens qui bivouaquent. Plus loin, à la Rosablanche, certains prennent des tambours, des trompettes, c’est absolument extraordinaire! Même au bout de 40 ans, les émotions sont identiques.»

Une sécurité renforcée

Si les sensations sont les mêmes, le résident de Zinal a tout même pu observer des changements dans l’organisation de la Patrouille des Glaciers depuis ses débuts. «Ils sont surtout d’ordre sécuritaire. À l’époque, sauf si le risque d’avalanche était vraiment élevé, on prenait le départ. Aujourd’hui, je pense que la pression qui pèse sur leurs épaules poussent les organisateurs à se montrer plus prudents. L’autre différence est peut-être que l’esprit compétitif s’est renforcé avec le temps.»

«On ne se met aucune pression au niveau du temps. On part juste pour une très longue randonnée.»Romain Ducret

Si l’envie de compétition était justement à l’origine de l’histoire entre Romain Ducret et la PdG, il assure toutefois ne s’être jamais fixé d’objectif en termes de chrono. Une habitude qu’il ne changera pas cette année. «J’ai quand même 64 ans donc on ne veut vraiment pas se stresser», souffle-t-il. Il fera équipe avec la Valaisanne Valérie Rentsch Granges et le Fribourgeois René Mooser. «On se connaît bien et on s’est dit que l’on ne se mettrait pas de pression au niveau du temps. Simplement que l’on partirait pour une très longue randonnée.»

Au départ tant que la santé suit

Le plaisir sera donc, encore et toujours, la principale préoccupation de celui qui ne ferme pas la porte à poursuivre l’aventure au-delà des 20 participations. «Tant que la santé me le permet, je ne vois pas de raisons d’arrêter. Mais je me prépare aussi à faire des choses plus petites à l’avenir. Peut-être qu’à 80-85 ans, je ne pourrais plus que faire le tour du village à Zinal. Qu’importe, je suis convaincu que je l’apprécierai tout autant que toutes les sorties que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui!»

La Patrouille des Glaciers se tiendra donc entre le 25 avril et le 1er mai. La semaine prochaine, dans le 2ème épisode de cette série, Romain Ducret évoquera comment il se prépare sur le plan physique pour cet événement.

CM
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