Procès FIFA: les avocats de Valcke et Al-Khelaïfi montent au front

Les défenseurs de Jérôme Valcke (au centre), Me Patrick Hunziker et Me Elisa Bianchetti, ont ouvert les plaidoiries mercredi lors du procès des droits TV de la FIFA. ©KEYSTONE/TI-PRESS/Samuel Golay
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Keystone-ATS
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La défense a plaidé mercredi l'acquittement total de Jérôme Valcke et Nasser Al-Khelaïfi lors du procès en appel sur les droits TV de la FIFA. Le Ministère public avait réclamé des peines de 35 et 28 mois, respectivement, dans son réquisitoire.

Avocat de l'ex-secrétaire général de la Fédération internationale de football association (FIFA), Me Patrick Hunziker a estimé que la charge du Ministère public de la Confédération (MPC) "était disproportionnée". Et que le Parquet "piétinait l'acte d'accusation en inventant des pactes corruptifs et en se basant sur des innovations juridiques." En conséquence, le défenseur a demandé à la Cour d'appel de blanchir entièrement son client.

De son côté, Me Grégoire Mangeat a parlé d'un "désir de trophée". "Dans sa chasse, le Parquet a tenté de salir Nasser Al-Khelaïfi en instillant le poison de la suspicion", avec des pièces nouvelles sorties lors de l'appel. Ce sans tenir compte de la confiance accordée par toutes les instances sportives au président du Paris-St-Germain et patron de BeIN Media.

"Pas d'affaire Villa Bianca"

Selon Me Mangeat, les conditions strictes de la corruption privée, posées à l'époque par la loi sur la concurrence déloyale, ne sont pas remplies en l'espèce. Ainsi, l'attribution des droits TV à BeIN n'a pas abouti à une perturbation du marché, dans la mesure où celui-ci existait alors et où le groupe était le seul acteur crédible sur le marché du Moyen-Orient.

Prenant le relais, Me Marguerat a souligné que Nasser Al-Khelaïfi conteste totalement l'accusation d'instigation à gestion déloyale. "Jérôme Valcke n'a pas accordé de faveurs à BeIN qui, vu sa position, n'avait aucun intérêt à lui demander quelque intervention que ce soit." L'acquisition de la Villa Bianca a été motivée par des considérations uniquement économiques. "Chaque partie y trouvait son compte - il n'y a jamais eu d'affaire Villa Bianca."

Tout est faux

Nouant la gerbe, Me Marc Bonnant a évoqué une affaire qui a discrédité à jamais un procureur général de la Confédération. "Que d'intelligence pour évaluer le loyer d'une vulgaire bicoque pour quelques mois". Ici, le corrupteur est faux, le corrompu est faux, a lancé l'avocat. "Je corromps pour subir un préjudice, admirable logique du Ministère public!"

Durant la matinée, son confrère, Me Hunziker, s'est livré à une revue détaillée de la jurisprudence. Contrairement au Parquet, il est arrivé à la conclusion qu'au moment des faits, entre 2013 et 2015, la réception d'avantages n'était pas interdite et qu'il n'y avait pas non plus d'obligation de restitution.

L'avocat a estimé que Jérôme Valcke n'avait joué aucun rôle dans la conclusion des contrats sur les droits TV de la FIFA. Ces accords ne relevaient pas de sa compétence et ont été signés par la division TV de la fédération. Dans la situation du marché à l'époque, les conditions obtenues étaient les meilleures possibles.

Au-dessus de ses moyens

Me Elisa Bianchetti, elle aussi, a évoqué le prêt de la Villa Bianca à Jérôme Valcke. Cette opération n'avait rien à voir avec une quelconque intervention dans l'attribution des droits TV en faveur de BeIN Media. "Jérôme Valcke et Nasser Al-Khelaïfi se connaissaient depuis 2011. Ils avaient des relations d'amitié très étroites." L'accusation a fait fi de ces relations pour construire la théorie d'un pacte corruptif.

L'avocate a souligné que son client n'a jamais caché ses difficultés financières ni qu'il vivait au-dessus de ses moyens. Lorsqu'il s'est engagé à acquérir un nouveau yacht et la villa sarde, "c'est tout naturellement qu'il s'est tourné vers Al-Khelaïfi."

Jérôme Valcke est accusé de gestion déloyale aggravée, corruption passive et faux dans les titres. Seul ce dernier grief a été retenu par la Cour des affaires pénales à l'automne de 2020. Nasser Al-Khelaïfi répond d'instigation à gestion déloyale aggravée. Il a été acquitté lors du procès de première instance.

L'audience se poursuit avec la plaidoirie de Me Alec Reymond, défenseur du troisième prévenu.

ATS
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