Portrait du mois: Malaurie Granges, à la conquête des sommets, des Valettes à Berne

Malaurie Granges ©YB-Frauen
Football
Christophe Moreillon
Journaliste sportif

Depuis son plus jeune âge, Malaurie Granges vit pour le football. À 19 ans, elle a découvert la Super League féminine cet automne sous les couleurs d’YB et rêve désormais de l'équipe nationale. Portrait.

Malaurie Granges nous accueille chez elle, aux Valettes. Il est 18h00 et la jeune Valaisanne vient tout juste de terminer sa journée de travail. Le temps de se changer, la voilà dans sa chambre, prête à nous parler de football, sa passion depuis toujours.

«Lorsque la question d’arrêter un sport se posait, je n’ai jamais envisagé que ce soit le football.»Malaurie Granges

«Ce sport représente tellement pour moi», s’exclame-t-elle d’emblée. «Je ne l’ai jamais lâché. Dès les premiers échanges de ballon avec mon frère, devant la maison, le foot est devenu plus qu’une simple passion. Je n’ai jamais eu de doutes quant au fait que je souhaitais enfiler les crampons.» Si plus jeune, Malaurie Granges a pratiqué d’autres sports, le ballon rond a donc toujours eu sa priorité. «Lorsque la question d’en arrêter un se posait, je n’ai jamais envisagé que ce soit le football.»

Seule parmi les garçons

Ses premiers pas sur les terrains, la Bovernionne les effectue non loin de chez elle, au FC La Combe. «Je me rappelle que quand j’ai commencé, on était beaucoup dans l’équipe. Mais il y avait très peu de filles. Je me retrouvais souvent seule.» Il a donc parfois fallu jouer des coudes pour se faire une place au milieu de tous ces garçons. «Il y en a toujours qui te disent que tu n’as pas ta place dans l’équipe. Il faut alors montrer que l’on est meilleure qu’eux et qu’on mérite tout autant de jouer. C’est quelque chose qui te donne un surplus de motivation.»

«En général, mes coachs me traitaient comme un garçon. Si je m’entraînais bien, je jouais, si ce n’était pas le cas, j’étais sur le banc.»Malaurie Granges

Si ces anciens coéquipiers pouvaient parfois la regarder d’un mauvais œil, Malaurie Granges le dit: elle a toujours pu compter sur le soutien de ses entraîneurs. «Tout dépend de leur expérience avec les filles. Mais en général, ils me traitaient de la même manière qu’un garçon. Si je m’entraînais bien, je jouais, si ce n’était pas le cas, je me retrouvais sur le banc.» Du soutien, elle en a aussi reçu de la part de sa famille, à commencer par ses parents. «Ils ne m’ont jamais interdit de jouer au foot sous prétexte que j’étais une fille. Comme j’ai testé d’autres disciplines, ils ont vu que c’était ce sport qui avait ma préférence. Ils ont toujours été derrière moi et ils ne manquent aucun de mes matches.»

Un départ forcé du Valais

Au début de son parcours, les parents de Malaurie Granges n’avait que quelques kilomètres à parcourir, entre la maison familiale aux Valettes et le Stade de l’Espérance à Martigny-Combe, pour venir l’encourager au bord du terrain. Mais depuis quelques années, le trajet s’est allongé. En 2018, à seulement 16 ans, la jeune attaquante décide de rejoindre Berne et les rangs des M17 d’YB. «Je n’ai pas eu tellement le choix de partir», souffle-t-elle. «Le Valais manque de structures au niveau féminin. Aller dans la capitale m’a permis d’évoluer dans une meilleure équipe, composée uniquement de filles. On sent que tout le monde est plus motivé que ce que j’avais connu dans le passé.»

«Trois fois par semaine, je finis plus tôt le travail et je saute dans un train pour être à l’heure à l’entraînement.»Malaurie Granges

Si elle évolue à Berne depuis trois ans, Malaurie Granges vit toujours au pied du Catogne. «J’ai la chance d’avoir un patron conciliant, qui me laisse partir du travail plus tôt trois fois dans la semaine. Je saute alors dans un train pour être à l’heure à l’entraînement.» Au moment où elle enfile ses crampons, sur le coup de 18h00, la Bovernionne a donc déjà une bonne journée de travail derrière elle. Menuisière à Sembrancher, elle ne ménage pas ses efforts dès le matin. «Rassurez-vous, j’ai encore assez d’énergie le soir sur le terrain», sourit-elle.

Peu de temps libre

Suffisamment d’énergie pour concilier vie sportive et vie professionnelle. Et la vie privée là-dedans? «Ah, c’est sûr que le temps libre est restreint», avoue-t-elle. «Tous mes amis sortent le week-end mais comme j’ai souvent match le lendemain, il est rare que je me joigne à eux. Ce rythme de vie peut évidemment mettre à mal des amitiés. Mais bon, on ne peut pas parler de vrais potes s’ils ne comprennent pas ta situation…»

«Malgré des offres d’autres clubs, ma priorité était claire: je voulais rester à YB.»Malaurie Granges

Et si des amis ont pu lui reprocher son manque de disponibilité, rien ne pouvait détourner Malaurie Granges du chemin qu’elle était bien décidée à suivre. Un chemin qui l’a conduit depuis cet été jusqu’en 1ère équipe d’YB en Super League féminine. «Je n’avais plus l’âge de jouer avec les jeunes mais ma priorité était de rester au club. Les dirigeants m’avaient vu jouer en M17 et M19 et dès qu’ils m’ont proposé d’intégrer la «une», je n’ai pas hésité à accepter. Malgré des offres d’autres clubs, ma priorité était claire: je voulais rester à YB. Aujourd’hui, je suis très fière de faire partie de cette équipe, en Super League.»

Des débuts encourageants

Les débuts de la jeune Valaisanne au plus haut niveau sont plutôt encourageants. Cet automne, elle a joué tous les matches de son équipe, dont trois en tant que titulaire. Buteuse à une reprise en Super League, elle a aussi inscrit un triplé en Coupe de Suisse. «J’ai également fait plusieurs assists donc je suis plutôt contente de moi. Marquer ce premier but en Super League, c’était quelque chose d’incroyable. Je regrette juste que la victoire n’ait alors pas été au bout (ndlr : YB s’était incliné 2-3 contre Aarau).»

«Certaines équipes sont peut-être mieux préparées que nous mais on a les qualités pour grimper au classement ce printemps.»Malaurie Granges

Au niveau collectif, les Bernoises ont bouclé le premier tour au 6ème rang, avec 7 points de marge sur le premier relégable et 11 de retard sur le leader actuel Zurich. «L’objectif du printemps sera de montrer ce que l’on vaut, de montrer que l’on travaille bien chez nous aussi. Certaines équipes sont peut-être mieux préparées que nous mais on est toutes décidées à tout donner pour s’en rapprocher. On a les qualités pour grimper un peu au classement.»

Une place de titulaire à YB avant la Nati?

D’un point de vue purement individuel, Malaurie Granges a un objectif bien précis en tête: «gagner ma place de titulaire en Super League. Pour ça aussi, il faut que je travaille et que je montre que je suis aussi forte qu’une autre.» Sélectionnée à plusieurs reprises avec les cadres espoirs de l’équipe de Suisse, elle ne cache pas non plus que porter le maillot de la Nati est un autre objectif…ou un rêve, c’est selon. «Je dirais un peu des deux. C’est mon rêve depuis toute petite et c’est devenu un objectif avec le temps. Pour le travail accompli durant plusieurs années, ce serait la cerise sur le gâteau. Mais je reste réaliste. Je sais qu’on est nombreuses à postuler pour une place. Espérons simplement que cela arrive un jour.»

«Le foot, c’est pour tout le monde. Il ne faut pas avoir peur des regards.»
Depuis ses débuts sur les terrains, Malaurie Granges a pu observer l’évolution du football féminin. Si celui-ci est en constant développement depuis quelques années, il reste bien loin des standards de son homologue masculin. Malgré son jeune âge, la Valaisanne est bien décidée à s’engager pour promouvoir ce sport qui lui tient tant à cœur auprès des filles.
«Pouvoir ouvrir des portes à d’autres filles, c’est une fierté»
CM
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