Portrait du mois: Angeline Favre, l’escrimeuse d’Euseigne qui rêve des Jeux de Paris en 2024

Angeline Favre ©Rhône FM
Escrime
Christophe Moreillon
Journaliste sportif RP

Deuxième membre d’une fratrie de huit enfants, Angeline Favre fait partie des plus sûrs espoirs de l’escrime helvétique. À 22 ans, celle qui a participé aux Mondiaux au Caire cet été rêve désormais des Jeux Olympiques de Paris en 2024. Portrait.

«Maman a fait de l’escrime plus jeune. C’est elle qui nous a inscrit au club quand on était petits et depuis, on n’a plus quitté ce sport. Ça met de l’ambiance dans notre famille.» Angeline Favre a beau s’être essayée au basket durant son enfance, son choix de privilégier l’épée au ballon orange s’est fait tout naturellement. Aujourd’hui, elle partage sa passion avec sa mère Éléonore mais aussi – ou surtout – avec une fratrie nombreuse dont elle est la 2ème membre. Cadette d’Aurore, elle est l’aînée d’Hadrien, Armand, Aurèle, Arthur, Achille et Anatole. Originaires d’Euseigne, ils sont donc huit. De 23 à 10 ans, tous sont épéistes.

«Quand on arrive à une compétition nationale tous ensemble, ça fait tout de suite beaucoup de bruit!» Angeline Favre

Interrogée sur le sujet, Angeline est catégorique: chez les Favre, le mot «concurrence» n’existe pas. «Le fait que l’on fasse tous ce sport est plutôt une source de motivation», relève-t-elle. «Quand mes frères voient que je fais de bons résultats, ça les booste. Le sport de haut niveau, c’est un mode de vie que tout le monde ne comprend pas. Chez nous, les choses sont faciles. Chacun peut partager avec l’autre.» Huit frères et sœurs qui vivent une passion commune, c’est rare. Peut-être même inédit. «Quand on arrive à une compétition nationale tous ensemble, ça fait tout de suite beaucoup de bruit!»

Huit enfants épéistes: un sacré défi pour les parents

Si tous se retrouvent parfois sur un même site d’épreuve, leurs âges respectifs les forcent la plupart du temps à se séparer. Pour leurs proches, c’est un vrai exercice de multiplication qui se pose alors. «De ma grande sœur au plus jeune de mes frères, chacun de nous a la même importance au sein de la famille», affirme l’Hérensarde de 22 ans. «Nos parents et grands-parents suivent l’ensemble de nos résultats. Aussi bien sur place qu’en ligne lorsqu’ils ne peuvent pas se déplacer.»

«On a fait un pari avec mon coach. Celui de se battre jusqu’aux Jeux de Paris en 2024.»Angeline Favre

Régulièrement en voyage hors des frontières pour y prendre part aux compétitions, Angeline Favre a décidé il y a quelques années déjà de quitter son Valais natal. Cap sur la Suisse alémanique et la capitale fédérale. «J’ai apprécié mes années passées dans les clubs de Sion et Sierre. C’était proche de chez moi, je côtoyais des personnes que je connaissais aussi en dehors de l’escrime», reconnaît-elle. «Mais à un certain moment, il a fallu faire un choix pour atteindre un niveau plus élevé.» La Valaisanne décide alors de lier son destin à un homme: son entraîneur Silvio Fernandez. «On a fait un pari ensemble. Celui de se battre jusqu’aux Jeux de Paris en 2024. Pour mettre toutes les chances de mon côté, il fallait que je le suive à Berne. Et pour faciliter les choses, j’ai aussi décidé d’y mener mes études.»

L’importance du collectif dans un sport à connotation individuelle

La Valaisanne s’est lancée dans un Bachelor en biologie sur quatre ans. «Ça me permet de mieux concilier mon parcours sportif et mes études que si je devais l’accomplir sur trois années.» À Berne, Angeline Favre a donc rejoint son coach, par ailleurs époux d’une certaine Sophie Lamon. Elle a aussi découvert un nouveau club, le FC Berne, et de nouvelles coéquipières. «Toutes m’ont très bien accueilli même si j’ai encore des progrès à faire en suisse-allemand», sourit-elle. À l’instar de bon nombre d’autres athlètes de la discipline, l’Hérensarde insiste sur l’importance du collectif dans un sport pourtant à connotation individuelle. «Cet aspect d’équipe est ce qui me plaisait quand je jouais au basket. C’est encore le cas aujourd’hui avec l’escrime.»

«Je sais que je dois encore franchir un palier. Mon objectif, c’est le Top 16 mondial.»Angeline Favre

23ème aux Mondiaux élites disputés en juillet dernier au Caire, Angeline Favre sort d’une année 2022 très riche. «J’en tire un bilan plus que positif», affirme-t-elle. «En équipe, on a très bien progressé pour nous retrouver au 7ème rang mondial aujourd’hui. Ça nous permet d’aborder l’avenir avec confiance. Notamment en vue d’une potentielle qualification olympique. Et en individuel, je suis aussi satisfaite de ce que j’ai accompli. Mais je sais que je dois encore franchir un palier supplémentaire. Mon objectif, c’est le Top 16 mondial.»

L’escrime: un sport très complet

Malgré son jeune âge, Angeline Favre affirme des ambitions élevées qui tranchent avec cette pointe de timidité qui se lit chez elle. «Viser le plus haut possible, ça fait partie du caractère d’un sportif d’élite. Tu te dois de constamment repousser tes limites.» L’Hérensarde le dit, sur la piste ou en dehors, son credo est toujours le même: être meilleure de jour en jour. Elle explique aussi à quel point l’escrime est un sport plus complet que ce que beaucoup pourraient imaginer. «Les matches sont très courts, trois fois trois minutes. Mais quand tu les enchaînes dans la même journée, ça fait vite pas mal. Il faut donc avoir de bonnes bases d’endurance mais aussi une dose d’agilité et de réactivité. Sans oublier l’aspect mental et émotionnel. Les axes de travail sont vraiment nombreux.»

«Personne n’a besoin de me «taper» pour que je donne tout à l’entraînement. Ça me permet d’être toujours prête au moment des compétitions.» Angeline Favre

Pleine d’humilité, Angeline Favre rougit lorsqu’on lui demande ce qui fait d’elle une bonne escrimeuse. «Peut-être le fait que je sois à ce point passionnée par mon sport. Personne n’a besoin de me «taper» pour que je donne tout à l’entraînement. Ça me permet d’être toujours prête au moment des compétitions.» L’Euseignarde est actuellement en pleine préparation d’une année 2023 qui pourrait s’avérer charnière pour elle. «C’est là que la qualification olympique commencera à se jouer. Il faudra donc bien gérer les compétitions qui auront lieu durant les prochains mois.» Paris 2024, c’est donc le but, le rêve même de la Valaisanne. Un rêve qui deviendra réalité – ou non – dans moins de deux ans. «Pour l’instant, c’est difficile de se projeter là-bas. Je sens bien qu’une pointe de pression se fait de plus en plus ressentir mais j’essaie de l’évacuer en travaillant au quotidien.»

Une histoire à faire perdurer

Son rêve d’olympisme, Angeline Favre l’entretient notamment au contact de son coach. Silvio Fernandez a en effet représenté le Venezuela aux Jeux de 2004, 2008 puis 2012. Elle sait aussi que l’escrime est l’unique discipline à avoir permis au Valais de glaner des médailles lors d’Olympiades d’été. «Ce serait une fierté de faire perdurer cette belle histoire des épéistes valaisans. Mon entraîneur m’a montré des images de ses participations et il m’a dit qu’il fallait y croire. Que Paris, c’est la porte d’à côté et qu’il faut juste se battre pour y arriver. Ça me motive vraiment pour les mois à venir!»

Si son rêve devenait réalité, nul doute qu’Angeline Favre pourrait compter sur le soutien de ses parents, de ses grands-parents et de l’ensemble de sa fratrie dans la Ville Lumière. Et qui sait, peut-être qu’elle ne sera pas la seule Favre en lice sur la piste olympique parisienne. Rendez-vous en 2024.

CM/HDC
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