Patrick Théodoloz: la passion du football plus forte que la différence

Patrick Théodoloz ©Rhône FM
Football
Christophe Moreillon
Journaliste sportif

Victime d’un léger retard mental depuis la naissance, Patrick Théodoloz est un visage connu des terrains de foot du canton. De Grimisuat à Bramois en passant par Riddes, il s’investit pour sa passion depuis près de 28 ans. Et souhaite montrer la voie à d’autres personnes en situation de handicap.

Patrick Théodoloz commence par nous remercier de nous intéresser à lui et à son histoire. Celle qu’il souhaite aujourd’hui raconter avec l’espoir de faire office d’exemple pour d’autres personnes partageant le même destin que lui. À 40 ans, le Valaisan accuse un léger retard mental. Une situation provoquée par une malformation de la valve aortique, conséquence d’une asphyxie subie à la naissance. Une différence qui ne l’empêche pas de vivre sa passion pour le football depuis de longues années maintenant.

Un oncle passé par Sion et Servette

Tout commence en 1994. Patrick Théodoloz a alors 13 ans et est déjà un mordu de ballon rond. «Je le dois à mon oncle, Marco Lorenz, un ancien joueur de Sion et Servette. D’ailleurs, si vous me le demandez, aujourd’hui encore mon cœur balance entre ces deux clubs», sourit-il. «C’est lui qui m’a proposé de l’accompagner au FC Grimisuat où l’entraîneur se nommait alors Jean-Philippe Cotter».

Au début de l’adolescence, le Valaisan rejoint donc le Stade de Pranoé où il devient rapidement une aide précieuse pour le staff. «J’y ai découvert le rôle de coach de l’équipe. Je rendais plusieurs services. C’est par exemple moi qui remplissait les gourdes ou qui allait chercher les ballons qui sortaient du terrain durant l’entraînement. Pendant les matches, il m’arrivait aussi de rentrer sur le terrain pour soigner les bobos des joueurs.» Patrick Théodoloz participe ainsi à sa manière à la bonne marche du club durant…18 ans. «Cela m’a permis de vivre de très bons moments, j’en garde des souvenirs mémorables. À Grimisuat, j’ai notamment eu la chance de côtoyer Mirsad Baljic, l’ancien joueur du FC Sion. C’était un sacré personnage!»

«Pierre-Alain Comte est l’entraîneur qui m’a le plus marqué. Avec lui, on a fêté une promotion et gagné la Coupe Valaisanne.»Patrick Théodoloz

Le travail de petites mains effectué par le Valaisan suscite même la convoitise d’autres clubs. «Un jour, le FC Vétroz m’a approché pour que je les rejoigne. Mais les dirigeants de Grimisuat ont tout fait pour que je reste chez eux.» Patrick Théodoloz quitte finalement «son» club en 2012 en direction de Riddes où il suit l’entraîneur Freddy Riand. Une année plus tard, il débarque finalement à Bramois où il œuvre toujours aujourd’hui. «Lorsque je suis arrivé. L’entraîneur était un certain Boubou Richard (ndlr: ex-technicien du FC Sion, vainqueur notamment de la Coupe de Suisse en 1995). J’ai ensuite rencontré Pierre-Alain Comte, certainement celui qui m’a le plus marqué depuis mes débuts dans le monde du football. Avec lui, on a fêté une promotion en 2ème ligue inter en 2016 et on a gagné la Coupe Valaisanne deux ans plus tard.»

Ces deux succès ont forcément marqué les esprits du côté bramoisien. Tandis qu’on l’interroge justement sur les moments forts vécus durant ces 28 années à arpenter les pelouses du canton, Patrick Théodoloz se remémore d’un match en particulier. «Un déplacement à Salquenen avec Bramois. La veille, j’avais perdu mon grand-père. J’étais donc très tendu. Le matin du match, je suis allé à la messe pour me changer les esprits. J’ai mis 1 franc et j’ai allumé une bougie. Cela m’a aidé et on a gagné.»

Presque toujours bien accueilli

Le football lui a donc certainement permis de surmonter le deuil de son grand-père. De même que de s’affranchir de sa différence. «Dès mes débuts sur le bord des terrains en 1994, je n’ai jamais craint le regard des autres par rapport à mon handicap. D’ailleurs, j’ai presque toujours été bien accueilli par les différents joueurs ou le reste du staff. La seule fois que j’ai eu un problème avec quelqu’un, c’était avec un entraîneur à Bramois. Alors que je lui disais que je voulais les accompagner en camp d’entraînement, il a refusé en me disant «on n’aura pas le temps de s’occuper de toi». Il m’avait également appelé au lendemain d’une finale de Coupe Valaisanne perdue contre Sierre (ndlr: en 2015) pour que je rende la médaille qui m’avait été distribuée la veille. Soi-disant que tous les joueurs n’en avaient pas reçu une. Je peux vous dire que cela avait fait des histoires!»

«J’ai mis un petit pont à un défenseur italien. Tout le monde se marrait alors que je ne m’étais même pas rendu compte de ce que j’avais fait!»Patrick Théodoloz

Si depuis près de 28 ans, Patrick Théodoloz prend place sur le banc des différents clubs et équipe qu’il côtoie, il lui est aussi arrivé de se retrouver sur les terrains. «Quand mon oncle entraînait les juniors de Grimisuat, il m’a permis plusieurs fois de participer aux entraînements. Durant un camp d’entraînement en Toscane, toujours avec Grimisuat, l’entraîneur m’avait aussi fait jouer quelques minutes d’un match amical. C’est un souvenir mythique car j’avais mis un petit pont à un défenseur italien. Tout le monde se marrait alors que je ne m’étais même pas rendu compte de ce que j’avais fait!»

Durant la semaine, Patrick Théodoloz travaille dans une grande surface à Sion. Un emploi qui fait partie des ateliers proposés par la Fovahm (ndlr: fondation valaisanne en faveur des personnes avec une déficience intellectuelle). C’est donc essentiellement le week-end qu’il vit sa passion du ballon rond du côté de Bramois. «J’arrive au terrain à 9h00 le samedi et j’en repars à 23h00. Entre-temps, je m’occupe des jeunes de l’école de foot, j’accueille les différentes équipes qui nous rendent visite, je fais parfois office de traducteur pour celles qui viennent du Haut-Valais et j’assiste aux matches des juniors et de la première équipe, toujours avec le rôle de coach.»

Surmonter les craintes pour vivre sa passion

Pion important dans la vie de son club, Patrick Théodoloz ne lâcherait pour rien au monde les différentes fonctions qu’il assume de manière totalement bénévole. Il ne souhaite finalement qu’une chose: «que chaque personne ayant un handicap comme moi puisse intégrer un club de foot valaisan. Je suis d’ailleurs convaincu que les clubs sont ouverts à la chose. Il ne faut donc pas avoir peur de les approcher ou craindre les potentiels mauvais regards. On mérite tout autant que les autres de vivre notre passion!»

CM
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