Matteo Tosetti: «J'aurais souhaité davantage de transparence et de cohérence de la part du FC Sion»

Justin Grept
Responsable des sports

Matteo Tosetti a quitté le FC Sion alors qu'il lui restait un an de contrat pour rejoindre l'AC Bellinzone en Challenge League. Le Tessinois a pris le temps de se confier sur son aventure valaisanne, qu'il juge «décevante».

Durant son passage au FC Sion, Matteo Tosetti ne s’est jamais caché. Même quand il jouait peu. Même quand son rendement n’était pas à la hauteur des attentes. Le Tessinois de 30 ans a toujours assumé. Au moment de faire le bilan de ses deux ans passés en Valais , il poursuit sur la lancée. «Avec trois buts et huit assists en 53 matches, ce que j’ai réalisé au FC Sion n’est pas suffisant.» Interview.

Matteo Tosetti, le mois dernier, vous avez mis un terme à deux saisons passées au FC Sion. Quel bilan global dressez-vous de votre aventure en Valais?
C’est comme s’il y avait eu deux aventures. Sur le plan humain, j’étais vraiment heureux, ma famille se sentait bien en Valais et l’ambiance était agréable avec mes coéquipiers. Par contre, mon bilan sportif est clairement insuffisant. Je suis déçu de mon passage à Tourbillon. 

Comment expliquer que sur le plan sportif, ça n’ait pas fonctionné ?
Je n’aime pas chercher des excuses, mais beaucoup de choses se sont passées. Durant ma première saison, la quasi-totalité de l’équipe a eu le covid après trois matches. L’exercice dans son entier a été assez compliqué. J’ai tout de même réussi à retrouver mon niveau sur la fin de celui-ci. Mais au début de la saison dernière, je me suis à nouveau retrouvé en difficulté. Même si tu as beaucoup d’expérience, tu ne peux pas être performant sans être à l’aise et heureux sur le terrain. Dans ces conditions, je n’ai jamais pu apporter ce que je me sentais capable d’apporter. D’où mon choix de partir.

«Je sais ce dont je suis capable. Ce que j’ai réalisé au FC Sion n’était pas suffisant.» Matteo Tosetti

Vous êtes-vous tout de même senti en confiance, à un moment donné, sous le maillot sédunois ?
Oui, comme je l’ai dit, lors des deux derniers mois de la saison 2020/2021, lorsqu’on a réalisé un petit miracle en décrochant la place en barrages lors de la dernière journée de championnat avant d’y battre Thoune. A ce moment-là, j’étais à l’aise, j’évoluais à mon poste, il y avait Gaëtan (ndlr : Karlen) et Guillaume (ndlr : Hoarau) qui étaient devant… c’était mon jeu. J’ai retrouvé mes sensations, j’ai mis mes assists et mes buts. L’important pour moi était d’être décisif. C’est un peu ma drogue. Quand tu as l’habitude de l’être, si tu traverses une longue période sans assist et sans but, c’est compliqué pour la confiance. 

Vous l’avez évoqué précédemment, vous n’avez pas toujours évolué à votre poste de milieu droit durant votre séjour sédunois. Vous avez également joué au centre, milieu gauche et même latéral droit. Être baladé de gauche à droite sur le terrain faisait partie du problème ?
Oui, c’est clair que ce n’est pas l’idéal pour retrouver la confiance. J’ai toujours été disponible et prêt à aider l’équipe. A cette époque, on était vraiment dans un moment compliqué, et c’était difficile de jouer ailleurs que milieu droit, parce que je n’arrivais pas à donner autant que je le pouvais. La frustration venait s’ajouter au manque de confiance.

«A Sion, j’ai retrouvé un jeu physique et direct, avec des passes en profondeur, ce qui n’est pas ma spécialité.» Matteo Tosetti 

Que ce soit sous les ordres de Fabio Grosso ou de Paolo Tramezzani, on a l’impression que vous n’avez jamais été à l’aise dans leur style de jeu… ?
Je n’ai jamais eu de problème avec mes coaches. Après, on me donnait des rôles défensifs et je suis un joueur à vocation offensive, qui aime bien faire la dernière passe, être bien placé offensivement. C’était compliqué de se retrouver bas sur le terrain pour aider l’équipe à défendre et voir le but adverse à 70 mètres. Ça l’était aussi parce que je n’ai pas le physique pour prendre le ballon et faire de longues courses avant de marquer ou de faire une passe décisive. Je reconnais mes qualités et mes limites. Je suis un joueur qui aime bien jouer au ballon, faire des combinaisons. A Sion, j’ai retrouvé un jeu physique et direct, avec des passes en profondeur, ce qui n’est pas ma spécialité. 

Matteo Tosetti, votre expérience au FC Sion rappelle celle de plusieurs autres joueurs passés par le Valais. Celle d’un joueur confirmé quand il signe, mais qui peine à exploiter son plein potentiel sous le maillot sédunois. Le contexte autour du FC Sion était-il plus difficile qu’ailleurs ?
Franchement, je ne crois pas. Je trouve qu’à Sion, il y a un énorme potentiel qu’on n’arrive pas à exploiter. On n’arrive pas à trouver la clé pour changer cela. Pourtant, il y a les infrastructures, les supporters qui sont toujours derrière l’équipe – même si les résultats ne suivent pas. Il y a tout pour bien faire, mais il manque toujours quelque chose.

Qu’est-ce qui manque ?
Si c’était si facile à identifier, on aurait déjà trouvé la solution. Malheureusement, ce n’est pas le cas. On a essayé de changer durant les deux dernières saisons, mais on terminait toujours en souffrance. Après, dans le foot, tout va très vite. Il suffit de faire un bon début de championnat pour que la dynamique change complètement. 

«Je ne suis pas énervé de la façon dont c’est terminé mon aventure à Sion. J’aurais simplement souhaité davantage de transparence et de cohérence.» Matteo Tosetti 

Vous l’avez dit, vous êtes déçu de votre performance à Sion. Vous regrettez d’avoir signé en Valais ?
Non, vraiment pas. Durant ces deux ans, j’ai fait beaucoup de rencontres avec lesquelles j’ai toujours contact. Il ne faut jamais regretter. J’avais bien réfléchi avant de signer à Sion. C’est une expérience de vie. Même si c’était compliqué, j’ai beaucoup appris et grandi en tant qu’homme. 

Vous continuez à suivre les performances du FC Sion actuellement ?
Évidemment. J’ai regardé les deux premiers matches, dont celui contre Lugano au stade. Je ne suis pas énervé contre le club. Je suis déçu de la façon dont l’aventure s’est terminée, certes. Dans le foot, c’est ainsi. Si tu n’es pas performant, il faut changer. J’aurais simplement souhaité davantage de transparence et de cohérence. 

Et de la reconnaissance ?
Non. La reconnaissance n’existe pas dans le foot moderne. Donc je ne l’attendais pas. C’est simple, tu dois être performant chaque week-end. Ce que tu as fait ou non à côté, ça ne change rien.

«A Bellinzone, j’ai trouvé exactement ce que je cherchais: un rôle important dans l’équipe, du temps de jeu et de la confiance.» Matteo Tosetti  

Matteo Tosetti, depuis un mois, vous êtes à l’AC Bellinzone. Comment se passent vos débuts ?
Ça se passe très bien. J’y ai trouvé exactement ce que je cherchais: un rôle important dans l’équipe, du temps de jeu et de la confiance. C’est pour cela que je suis venu au Tessin.

Vous avez fait un pas en retrait en décidant de signer en Challenge League. Ça vous a fait hésiter ?
Non, pas du tout. C’est plutôt un pas vers l’avant sur le plan personnel, car durant les six derniers mois au FC Sion, je n’ai pratiquement pas joué. A Bellinzone, avec davantage de temps de jeu, j’ai retrouvé le plaisir. C’est clair qu’au niveau sportif, je descends d’une catégorie, mais c’est un pas vers l’avant au niveau personnel.

Et retrouver votre Tessin natal, c’était important ?
C’était le choix le plus important. J’avais besoin de repartir sur des bases solides, de retrouver ma famille, mes amis, de vivre dans cette ambiance qui pouvait m’aider à retrouver ce plaisir et à être à nouveau performant sur le terrain.

Avez-vous reçu d’autres offres que celle de Bellinzone ?
Pour être franc, j’ai eu des contacts avec Bellinzone dès que j’ai compris que je ne serai plus dans la cadre de la première équipe du FC Sion. J’ai demandé à mon agent de faire le maximum pour avoir un accord le plus rapidement possible avec eux. Je ne voulais pas regarder ailleurs, pour les raisons évoquées avant.

Sur le plan sportif, qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet de Bellinzone ?
C’est un projet ambitieux, surtout cette année, avec deux promotions directes en Super League et un troisième rang qui offre un barrage. L’occasion est belle et le défi me plaît. D’autant que c’est un club que je connais depuis mon enfance, notamment lorsque j’allais les voir jouer en finale de coupe de Suisse. Ça fait plaisir de pouvoir donner un coup de main pour peut-être remonter et jouer le derby tessinois l’année prochaine.

«Cette année, l’occasion est grande, il ne faut pas se cacher. Il y a deux places et demie qui donnent accès à la Super League.» Matteo Tosetti 

C’est ça l’objectif ? La promotion ?
L’objectif, peut-être pas. Mais encore une fois, l’occasion est grande, il ne faut pas se cacher. Il y a deux places et demie qui donnent accès à la Super League. On va tout faire pour. Après c’est le terrain qui décidera qui mérite et qui ne mérite pas.

Vous avez bien commencé, avec quatre points pris en deux matches (une victoire contre Lausanne et un nul contre Thoune). Vos premières sensations sont bonnes ?
Oui, très bonnes. C’est un bon départ contre deux équipes vraiment bien construites et avec beaucoup d’expérience. Il faut continuer ainsi. On a encore quelques détails à régler, ce qui est normal puisqu’on a commencé tard la préparation, avec plusieurs joueurs qui ont débarqué deux-trois jours avant le premier match. On est sur la bonne voie, il y a beaucoup de talent et on peut faire un très bon championnat.

Vous connaissez bien la Challenge League, pour y avoir débuté votre carrière avec Locarno, avant d’y évoluer avec Wohlen et Lugano. La ligue d’aujourd’hui, elle ressemble à quoi ? Est-elle plus compétitive qu’à l’époque ?
Oui, mais c’est difficile de comparer. J’ai débuté il y a quatorze ans. Le foot a beaucoup changé durant ce laps de temps. Cette année, le niveau est très intéressant, avec de nombreuses équipes qui veulent jouer le haut de classement pour monter. Il y a de la qualité ; ça va être un championnat intéressant à suivre.

Écoutez l'interview intégrale de Matteo Tosetti

JG
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