Jean-Patrice Ndaki, un «monstre» du volley au VBC Fully

Christophe Moreillon
Journaliste sportif RP

Ses statistiques sont impressionnantes: 240 sélections avec l’équipe nationale du Cameroun, deux participations aux Mondiaux, une médaille d’or aux Jeux Africains. À 43 ans, Jean-Patrice Ndaki est un vrai personnage du monde du volleyball. Après avoir beaucoup bourlingué, le voilà à Fully, en LNB.

Plus de deux mètres pour cent kilos. Une carrure aussi impressionnante que ne l’est son pedigree. À 43 ans, Jean-Patrice Ndaki évolue depuis le début de l’année au VBC Fully, pensionnaire de Ligue B masculine de volleyball. Un engagement à priori improbable pour un ancien international au sein d’une formation cantonnée aux derniers rangs de la classe depuis plusieurs saisons.

Le club visait son frère

«Il y a deux ans en arrière, on cherchait à accueillir un élément d’expérience et j’ai d’abord pensé à son frère», relève Adrien Ançay, joueur et membre délégué de la formation valaisanne. «Je l’avais côtoyé à Martigny à l’époque où j’étais encore un junior et qu’il était entraîneur-joueur. Malheureusement, il n’a pas pu nous rejoindre mais il m’a dit qu’il allait me mettre en contact avec quelqu’un de plus grand et de plus fort que lui.»

«Lorsque l’hypothèse de le voir débarquer s’est confirmée, c’est comme si j’avais gagné à la loterie!» Adrien Ançay, joueur et membre délégué du VBC Fully

Plutôt que le cadet Yves Marcel, c’est donc l’aîné Jean-Patrice qui est arrivé. «Je le connaissais de nom pour avoir suivi son parcours. Lorsque l’hypothèse de le voir débarquer s’est confirmée, c’est comme si j’avais gagné à la loterie! Imaginez voir Samuel Eto’o jouer pour le FC Fully, la comparaison est totalement valable.» Présent aux côtés de son coéquipier vedette, Adrien Ançay a les yeux qui brillent. Aujourd’hui encore, sa fierté d’avoir pu attirer un tel personnage se lit sur son visage.

Adrien Ançay (à droite) très honoré d'avoir été à l'origine de la venue de Jean-Patrice Ndaki en Valais

À écouter les deux hommes, ce transfert aussi inimaginable que prestigieux s’est concrétisé très rapidement. Bien plus vite que le feuilleton de la venue de Mario Balotelli au FC Sion cet été. «Je l’ai convaincu en mettant en avant l’environnement qu’il allait trouver ici, je lui ai parlé de notre belle région. Si nos discussions s’étaient concentrées uniquement sur le volley, je ne pense pas qu’il aurait été aussi touché et intéressé.» Jean-Patrice Ndaki ne le cache d’ailleurs pas: «Au départ, je suis venu pour le tourisme. Je voulais découvrir la Suisse et dès la première semaine je m’y suis plu. Aujourd’hui, le Valais est ma deuxième maison!»

«La Suisse est un bon mix entre le côté décontracté du Cameroun et le côté très sérieux du Japon où j’ai évolué.»Jean-Patrice Ndaki, joueur du VBC Fully

Le puissant camerounais devait rejoindre Fully en 2020 déjà. La pandémie et l’interruption du championnat en ont décidé autrement. Ce n’est finalement qu’en début de cette année qu’il a – enfin – posé ses valises au pied du Grand Chavalard. «Je suis arrivé avec tous les préjugés que l’on peut avoir de votre pays à l’étranger. Pour moi, tous les Suisses étaient riches…Si je me suis tout de suite senti bien ici, c’est que j’y ai retrouvé un mélange de ce que j’ai connu dans le passé. C’est un bon mix entre le côté décontracté du Cameroun et le côté très sérieux du Japon où j’ai évolué.»

De multiples cultures au gré des aventures

Car oui, si c’est dans son pays natal que Jean-Patrice Ndaki a débuté son long parcours – «comme tous les gamins, j’ai aussi joué au football qui est le sport roi partout» - il a ensuite beaucoup bourlingué. Passé par le championnat de France – dont il était le meilleur attaquant en 2007 – durant de longues années, il a aussi connu des destinations plus «exotiques». Le Japon donc, mais aussi le Koweït et la Lybie. «Toutes ces aventures m’ont énormément appris. J’y ai découvert de multiples cultures que j’essaie d’inculquer à mes enfants. Je veux qu’ils sachent que dans la vie, il n’y a pas qu’une seule vision qui est juste. Une situation ne sera pas gérée de la même façon en Lybie, au Japon, au Cameroun ou en Suisse. L’important est de tirer le positif de chaque événement…et garder le sourire, toujours!»

«Je suis peut-être le grand frère mais aussi le premier chambreur de l’équipe.» Jean-Patrice Ndaki, joueur du VBC Fully

Ce sourire, «Jipi» comme le surnomment ses coéquipiers, l’amène au quotidien dans le vestiaire du VBC Fully. «Je suis peut-être le grand frère de l’équipe mais aussi le premier chambreur», se marre-t-il. «Je mets mon expérience et mon physique au service des autres mais je suis aussi là pour sortir une vanne quand je sens que c’est tendu…et pour recadrer tout le monde quand il le faut. En gros, j’essaie d’être le thermomètre sur le terrain de ce que l’entraîneur souhaite.»   

Une présence qui décharge ses coéquipiers

«Jipi, c’est notre banque camerounaise», rigole Adrien Ançay. «Jouer à ses côtés nous donne une sérénité folle. Savoir qu’il est là nous décharge d’énormément de pression. Dans les moments chauds, tout le monde sait que les ballons vont passer par lui, y compris nos adversaires.» Le Camerounais accepte ce rôle en vue de manière très humble. «Je suis là pour donner des coups de mains mais je prends aussi tous les conseils que l’on me donne. Vous savez, on apprend toujours.»

«Représenter son pays, c’est la plus grosse satisfaction possible pour un joueur. Tu vois la fierté dans les yeux de tes parents.» Jean-Patrice Ndaki, joueur du VBC Fully

On apprend donc même à 43 ans et avec 240 sélections en équipe nationale au compteur. «Représenter son pays, c’est la plus grosse satisfaction possible pour un joueur», affirme-t-il. «Jouer en club, c’est bien mais voir son drapeau flotter dans la salle, entendre l’hymne national au début du match, c’est complètement différent. Tu vois la fierté dans les yeux de tes parents, tu entends les discussions, les commentaires de fin de match jusque dans les petits villages. Ce n’est que du plaisir!»

Médaillé d’or aux Jeux Africains

Avec le Cameroun, Jean-Patrice Ndaki a participé à deux championnats du Monde (2010 et 2014). Il a aussi – et surtout – remporté la médaille d’or lors des Jeux Africains de 2011 au Mozambique. «C’est l’équivalent des JO sur notre continent. Cela faisait depuis 1999 que le Cameroun n’avait plus obtenu de médaille. Ce titre a montré aux autorités que le volleyball camerounais reprenait des couleurs.»

«La passion est bien trop forte pour abandonner ce sport que j’aime tant depuis mon enfance.» Jean-Patrice Ndaki, joueur du VBC Fully

S’il a aujourd’hui quitté la sélection masculine, le quarantenaire œuvre toujours pour sa fédération. Dernièrement, il était l’entraîneur-assistant de l’équipe féminine lors des Mondiaux aux Pays-Bas bouclés sur un bilan de cinq défaites en autant de parties. «Le contingent est composé d’énormément de jeunes joueuses. L’apprentissage prend forcément du temps mais on a vu des choses prometteuses.» Sur le terrain ou depuis la touche, Jean-Patrice Ndaki assure ne pas ressentir trop de différences. «Honnêtement, je ne pensais pas me retrouver un jour dans ce costume de coach. J’imaginais plutôt me retirer complètement à l’avenir. Mais au final, la passion est bien trop forte pour abandonner ce sport que j’aime tant depuis mon enfance.»

Sa passion, le puissant Camerounais la vivra encore quelques temps sous les couleurs du VBC Fully. Il sera sur le terrain samedi à l’occasion de la réception du VBC Züri Unterland pour le compte de la 5ème journée de LNB (15h00).

CM
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