«Beijing ne se rappellera pas de moi, mais moi je vais m’en souvenir de celle-là.» Daniel Yule

Daniel Yule ©Keystone-ats
Ski alpin
Hugo Da Custodia
Journaliste RP

Quand Daniel Yule termine la deuxième manche du slalom olympique, il sait qu’il a le niveau pour prétendre à une très belle place. La 6ème ne le satisfait donc pas totalement. Interview pleine de lucidité réalisée par notre envoyé spécial en Chine, Julien Trachsel.

Daniel Yule, quel goût vous laisse cette 6ème place à 16 centièmes du podium ?
Un goût amer ! On sait qu’aux Jeux Olympiques seules les médailles comptent. Beijing ne se rappellera pas de moi, mais moi je vais m’en souvenir de celle-là. Je sais que c’est en première manche que je lâche ces centièmes. En deuxième manche, j’étais vraiment dans le coup. Clément Noël fait une course stratosphérique mais je crois que j’étais le seul à être au même niveau. Toutefois je rentre sans médaille. Je crois qu’il n’y a pas grand-chose à ajouter.

« Je me suis tiré une balle dans le pied avant le départ. Heureusement, on a pu corriger le tir sur le second tracé. » Daniel Yule

Vous parlez de cette première manche qui s’est moins bien passée. Pourquoi ?
J’ai pris une décision avec le matériel… et après on a été surpris de l’évolution de la neige durant la reconnaissance. Je pensais que ça allait rester agressif et au final il y avait moins de grip que prévu. J’ai dû me battre pendant toute cette première manche avec un sentiment de ne pas avoir de réponse sous les pieds. C’est là que je laisse les deux dixièmes en trop. Ce n’est pas la faute du staff ou de qui que ce soit. J’assume. Je me suis tiré une balle dans le pied avant le départ. Heureusement, on a pu corriger le tir sur le second tracé. Quand je retrouve les sensations que j’aime, je suis capable de jouer tout devant.

Est-ce que cette décision vous laisse des regrets ?
Oui. Après, il y a une part de malchance aussi. Un autre jour cette décision aurait pu être la bonne. On voit qu’en slalom tout est hyper serré. Ça se joue sur des tous petits détails. On a pris un risque. Je pensais que ça pouvait aller plus vite comme ça. En deuxième manche, je suis revenu à quelque chose que je connaissais et ça a mieux fonctionné. On est toujours plus malin après.

« La différence peut seulement se faire sur les petits réglages personnels de chacun. » Daniel Yule

Vous parlez du slalom qui est toujours très disputé. Avez-vous une explication ?
Difficile à expliquer exactement pourquoi. Peut-être qu’en slalom il y a plus de faciliter à trouver des belles pistes pour s’entraîner. Au niveau du matériel, il n’y a pas eu de changement de règlement depuis plusieurs saisons. Je pense que tout le monde se rapproche. La différence peut seulement se faire sur les petits réglages personnels de chacun. Ça fait des courses excitantes à regarder.

« Le soir des lions, le lendemain des c… (il ne va pas au bout). En sport, ça peut être le contraire. » Daniel Yule

Un mot sur le vainqueur, Clément Noël, que vous connaissez bien ?
C’est un bon gars ! Des fois de l’extérieur c’est un peu frustrant de le regarder car on a l’impression que tout est facile pour lui. Mais je suis certain que ce n’est pas le cas. Personne ne gagne facilement en Coupe du monde. Il dégage une certaine facilité sur les skis et c’est peut-être le meilleur slalomeur du monde. Quand il est en grande forme, il est pratiquement intouchable. On va essayer d’aller le titiller à Garmisch.

« Il y a plus grave qu’une sixième place quand on voit tout ce qui se passe dans le monde. » Daniel Yule

Justement, il reste quatre slaloms en Coupe du monde. Le globe de cristal de la discipline est encore dans vos cordes ?
Je crois que c’est l’avantage du sport. C’est un peu l’inverse de cette phrase qu’on dit en soirée: Le soir des lions, le lendemain des c… (il ne va pas au bout). En sport, ça peut être le contraire. Si à Garmisch je me retrouve sur le podium, je serai de nouveau un lion. Pour moi, ici, aux Jeux Olympiques ce qui prime c’est la frustration d’avoir loupé la médaille mais il y a encore de belles choses à aller chercher en Coupe du monde.

Vous vous projetez déjà sur les prochaines courses. Est-ce que c’est la clé pour pouvoir digérer la déception ?
Oui, mais je reste un compétiteur. Ça va encore faire mal quelques heures ou même quelques jours parce que les JO, c’est chaque quatre ans. C’est très frustrant de louper une médaille pour 16 centièmes mais c’est important de relativiser. Il y a plus grave qu’une sixième place quand on voit tout ce qui se passe dans le monde.

HDC/RRR
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