Un climat délétère régnerait à l'aéroport de Sion : collaborateurs et usagers à bout
Turbulences à l'aéroport de Sion. Burn-out, licenciements, démissions, gouvernance autoritaire : le management du directeur est sur la sellette. Le personnel et les usagers de l'aéroport se disent à bout de souffle. La Ville de Sion dément et rassure. Notre enquête.

Le ciel s'assombrit au-dessus de l'aéroport de Sion. Notre enquête le révèle. L'ambiance sur le tarmac sédunois serait délétère. Une personne est directement visée par ces accusations : le directeur de l'aéroport Christophe Chollet. Arrivé en novembre 2023, l'homme est loin de faire l'unanimité. Un climat de terreur règnerait sur place, selon les nombreux témoignages recueillis par Rhône FM. Malgré l'omerta, plusieurs personnes ont accepté de témoigner, sous couvert d'anonymat.
Christophe Chollet est décrit par nos interlocuteurs comme une personne impulsive, colérique, blessante, mettant sous pression ses collaborateurs. "C'est un management dictatorial", se confie un ancien employé de l'aéroport de Sion. "Il y a un climat de peur sur place", confirme un usager de l'infrastructure aéroportuaire.
Depuis l'arrivée du nouveau directeur à l'aéroport de Sion, les démissions et les cas de burn-out se multiplient. Les licenciements ou les contrats professionnels non-renouvelés, essentiellement avec les collaborateurs en conflit avec le directeur, sont devenus monnaie courante. Un spécialiste aéronautique, qui travaillait depuis 21 ans à l'aéroport de Sion, a récemment été mis sur la touche pour avoir confirmé à la Ville de Sion les comportements "inadmissibles" du directeur avec ses employés. Classeurs qui volent, portes qui claquent, hurlements à répétition : le directeur, un ancien militaire de carrière, aurait instauré une gouvernance autoritaire.
Pourtant, au moment de la nomination du directeur en novembre 2023, des avertissements sur la personnalité de Christophe Chollet avaient été émis par courrier au conseiller d’État Christophe Darbellay et au président de la Ville de Sion Philippe Varone. La lettre, dont nous nous sommes procurés une copie, évoque le passage de Christophe Chollet à l'Association Suisse des cadres (ASC) de Fribourg. "Il a toujours essayé de créer des tensions, de semer le chaos", peut-on lire dans ce courrier. "Il s'est montré arrogant et peu respectueux des organes dirigeants. Son attitude était indigne d'un officier de carrière", conclut la lettre.
Deux ans après ce courrier, l'histoire semble se répéter. "Les avertissements n'ont pas été pris en compte et s'avèrent aujourd'hui exacts", regrette un autre usager de l'aéroport.
Les usagers également vent debout
Les collaborateurs de l'aéroport, qui sont des employés de la Ville de Sion, ne sont pas les seuls à subir le management du directeur. La demi-douzaine d'usagers du tarmac rencontrée dénonce une gouvernance unilatérale, un conflit généralisé, une absence totale de communication et de concertation. "Il est en croisade contre tout le monde", s'insurge un utilisateur de l'aéroport. "Il dicte sa loi", surenchérit un autre prestataire de premier plan.
Des acteurs de l'aéroport accusent le directeur de clientélisme. Il favoriserait quelques entreprises avec qui il entretient de bons rapports et couperait les ailes des autres, essentiellement les poids lourds de l'aéroport.
Un autre acteur du tarmac va même plus loin. "Il y a une volonté de nuire", ose le dirigeant d'une compagnie aérienne basée à Sion. Sa société paie des prestations à l'aéroport sédunois pour le "handling", c'est-à-dire tous les services fournis à un aéronef, à ses passagers et à son fret lorsqu'il est au sol. Il s'agit des opérations de manutention, de maintenance, de ravitaillement en carburant, de nettoyage ainsi que la gestion des passagers et des bagages. Dernièrement, l'aéroport aurait réduit la voilure de ses services, notamment lors d'un vol affrété cet été pour des personnalités politiques de premiers plans. Dans le seul but de nuire à sa société, estime le dirigeant de la compagnie aérienne. "Il y a de gros manquements dans l'opérationnel", s'insurge-t-il.
Autre grief de certaines entreprises du tarmac sédunois : la récente résiliation de baux à loyer. Des utilisateurs, présents à l'aéroport de Sion depuis des décennies, ont vu leur bail à loyer résilié, les plaçant dans une situation délicate. Plusieurs usagers ont pourtant des projets sur Sion. "Tous mes projets sont bloqués. Il cherche à foutre dehors les usagers", s'étrangle l'un de nos interlocuteurs. Un autre usager complète : "il nous met systématiquement des bâtons dans les roues", regrette un autre poids lourd de l'aéroport de Sion. Sa société, présente dans d'autres aéroports suisses, n'en revient pas du climat délétère qui règne à Sion. "Je n'ai jamais vu ça ailleurs", dit son dirigeant.
Des employés dénoncent également son manque d'engagement pour l'aéroport de Sion. Les nombreux déplacements à l'étranger du directeur – notamment des voyages en Amérique du Nord à plusieurs reprises – et leur utilité questionnent sur place alors que certains dossiers s'enlisent. De nombreuses demandes, comme celle de cette entreprise intéressée à développer des liaisons avec l'aéroport de Sion, restent lettre morte alors que l'aéroport souhaite développer son activité et que la question de la cantonalisation de l'infrastructure sédunoise est de retour sur la table. Certains acteurs, qui ne sont pas dans les petits papiers du directeur, seraient même exclus de séances. La réunion mensuelle avec tous les acteurs de l'aéroport a par ailleurs été supprimée, rendant les échanges compliqués.
"Mayday, Mayday, Mayday"
Pourtant, les appels à détresse se sont multipliés ces derniers mois. Un peu moins d'une dizaine de séances ont réuni des usagers de l'aéroport de Sion et la ville, sans que rien n'y change. "Il ne s'agit plus d'un simple différend entre un directeur et des usagers, mais c'est la survie même de l'aéroport, de ses activités, de ses emplois et de sa réputation qui sont en jeu", alerte l'un des acteurs économiques de l'aéroport. "Quand on veut développer l'aéroport, comment se fait-il qu'on mette une personnalité comme ça ?" se questionne un autre usager. "J'en veux aux décisionnaires politiques", ajoute-t-il.
Réuni le 10 octobre 2025, l'Aéroclub Valais a abordé la problématique du directeur. Un point à l'ordre du jour demandait purement et simplement la démission ou la destitution de Christophe Chollet. "Il faut qu'il s'en aille", peste un usager. Contacté, le président de l'AéroClub Valais, Vincent Favre confirme. "Je déplore la situation", indique-t-il. Également président de l'association des usagers de l'aéroport de Sion, il attend désormais d'être sollicité par ses membres pour agir. Une assemblée générale devrait se tenir bientôt. "Je dois être mandaté par les membres pour agir", explique Vincent Favre.
Selon nos informations, le directeur Christophe Chollet fait également face à une plainte pénale déposée par l'un des usagers de l'aéroport en 2024. Contactée, la procureure générale du Canton du Valais, Beatrice Pilloud, confirme. "Une plainte pénale a bien été déposée. L'instruction est en cours", indique la patronne du Ministère public valaisan. Christophe Chollet bénéficie à ce stade de la présomption d'innocence.
Circulez, il n'y a rien à voir
Contactée, la Ville de Sion a réagi à notre enquête. Le conseiller municipal Cyrille Fauchère, en charge du dicastère population, sécurité et aéroport, prend la parole. Il tient d'abord à rappeler que l'aéroport de Sion se trouve à un tournant dans son modèle de gestion avec un changement de dicastère en début de législature et le projet de cantonalisation de l'aéroport. "Certaines décisions peuvent être ressenties comme autoritaire, mais en aucun cas, on ne peut parler d'autoritarisme", estime Cyrille Fauchère.
Le conseiller municipal UDC assure que la Ville est aux côtés des usagers de l'aéroport s'ils en font la demande. Notre enquête révèle pourtant plusieurs réunions avec les autorités communales, sans que rien ne change. "Notre rôle est de rappeler les règles en place, les bases légales, mais aussi de trouver des solutions qui puissent satisfaire tout le monde, c’est-à-dire une bonne gestion de l'aéroport de Sion et permettre aux usagers de développer leur activité commerciale", précise Cyrille Fauchère. "Aujourd'hui, à l'occasion de rencontres ponctuelles entre les usagers et la direction, peu d'éléments probants sont rapportés", regrette-t-il.
Quant aux accusations de clientélisme dénoncées par les usagers, Cyrille Fauchère les balaie d'un revers de la main. "L'accusation de clientélisme appartient à ceux qui la formulent", tacle-t-il. Il attend toutefois de l'aéroport une approche égalitaire et transparente avec chaque usager. "Je crois que c'est le cas et je salue cette action", se félicite l'élu. "S'il devait y avoir des faits probants, l'autorité municipale est ouverte à la discussion. Mais pour cela, il faut que les usagers se manifestent clairement", insiste-t-il encore.
La bonne personne au bon endroit
Si les relations entre les usagers et la direction semblent au beau fixe selon la Ville de Sion, il en va de même pour le climat de travail sur place, estime-t-elle. Aucun cas de mobbing à relever, selon la Ville. Cyrille Fauchère explique que la municipalité a ordonné en début d'année 2025 un audit interne pour évaluer la satisfaction des collaborateurs de l'aéroport. "L'entier du personnel a eu l'occasion de s'exprimer auprès des ressources humaines. À aucun moment, il n’a été fait mention de situations problématiques dans la gouvernance managériale de l'aéroport", précise le municipal.
Existe-t-il une omerta à l'aéroport qui empêche le personnel de s'exprimer lors de ces audits ? Cyrille Fauchère n'y croit pas. "La Ville de Sion est un employeur exemplaire. S'il devait y avoir des suspicions de harcèlement ou de mobbing, la municipalité n'attendrait pas une seule seconde pour agir. Aujourd'hui, je ne crois pas qu'il y ait de situations de harcèlement ou de mobbing", affirme le conseiller communal. Quant à la mise sur la touche d'un mandataire juste après avoir confirmé à la Ville de Sion un cas problématique, c'est une pure coïncidence, indique Cyrille Fauchère.
En résumé, la Ville de Sion n'a rien à reprocher à Christophe Chollet. "Il a été un vrai atout lors du remplacement de l'ancienne direction. Monsieur Chollet remplit ses fonctions avec satisfaction", conclut Cyrille Fauchère.
Incompréhension du côté de la direction
Contacté, le directeur de l'aéroport de Sion, Christophe Chollet, se dit étonné par les accusations portées à son encontre. "Je n'ai pas reçu de signaux en ce sens", réagit-il. On ne lui aurait pas adressé de reproches concernant sa conduite managériale, qu'il qualifie volontiers de militaire. Il se dit aussi ouvert au dialogue et relativement calme dans sa manière d'être. Il balaye toutes les accusations, même s'il reconnaît, comme tout à chacun, ne pas être parfait.
