Le dessin de Charlie Hebdo sur le drame de Crans-Montana dénoncé à la justice valaisanne
La justice valaisanne saisie après la caricature du journal Charlie Hebdo sur la tragédie de Crans-Montana. Les deux plaignants dénoncent un dessin immonde, déshumanisant et incompatible avec le respect minimal dû à la dignité humaine.

Le journal satirique Charlie Hebdo est visé par une dénonciation pénale en Valais. L'avocat Stéphane Riand et l'autrice Béatrice Riand ont déposé une plainte pénale auprès du Ministère public du canton du Valais. Les deux Valaisans dénoncent le dessin satirique du journal français Charlie Hebdo sur le drame de Crans-Montana. "On a atteint les limites de l'abjection", s'offusque Béatrice Riand.
La caricature d'Éric Salch montre des brûlés à la peau carbonisée dont les bandages flottent au vent, qui dévalent une piste de ski du Haut-Plateau. Le dessin est accompagné d'une mention : "Les Brûlés font du ski, la comédie de l'année". Le texte fait référence au film potache "les Bronzés font du ski". "Je peux comprendre la caricature si elle est là pour faire réfléchir, ouvrir un débat ou pour bousculer. Mais quand on s'attaque bêtement, inutilement et gratuitement à des victimes innocentes, toutes les limites sont atteintes", s'étrangle Béatrice Riand. Pour les deux plaignants, le respect de la dignité humaine est dépassée avec ce dessin et l'emporte sur la liberté d'expression.
Selon les plaignants, la caricature tombe sous l'article 135 du Code pénal, qui définit les formes de représentations de la violence."Le dessin ne montre pas la violence subie pour la dénoncer, mais neutralise la violence subie par le rire", explique Béatrice Riand. "On s'attaque à des personnes qu'on ne doit pas attaquer, qui ont déjà subi une violence extrême", poursuit Béatrice Riand. "Sous-entendre que les jeunes ont une quelconque responsabilité dans ce drame est ignoble", ajoute-t-elle.
Charlie Hebdo a-t-il la mémoire courte ?
En janvier 2015, la rédaction de Charlie Hebdo a été victime d'un attentat islamiste qui a fait douze morts. À l'époque, le soutien au journal satirique avait fait l'unanimité. "Lors de l'attaque, Charlie Hebdo n'a pas représenté ses propres victimes allant à la mort en souriant. Je trouve Charlie Hebdo très hypocrite. On n'a pas ri de leurs morts, ils n'ont pas à rire de nos morts", estime Béatrice Riand.
Si l'infraction est retenue, les auteurs risquent une peine privative de liberté de trois ans, voire de cinq ans, si les représentations concernent des mineurs. Reste qu'une condamnation paraît peu probable. "J'espère une condamnation", insiste toutefois Béatrice Riand. "Il y a un vrai débat à ouvrir sur ce qui prime entre la liberté d'expression et la dignité humaine", appuie-t-elle.
Si une condamnation venait à être prononcée, les plaignants demandent une créance compensatrice, dont le produit sera affecté par l’État à toutes les victimes.
