Drame de Crans-Montana : les communes valaisannes ont-elles trop de responsabilités ?
Faut-il revoir les prérogatives des communes valaisannes après le drame de Crans-Montana ? Les manquements dans les contrôles périodiques du bar "Le Constellation" questionnent sur les capacités des communes à remplir leurs obligations.

Les communes valaisannes ont-elles trop de tâches à assumer ? La question agite le canton après le drame de Crans-Montana et les manquements de la commune du Haut-Plateau dans les contrôles périodiques du bar "Le Constellation", où 40 personnes ont péri dans l'incendie meurtrier du 1er janvier 2026. La commune de Crans-Montana reconnaissait quelques jours après le drame en conférence de presse ne plus avoir contrôlé l'établissement depuis 2019.
En Valais, les communes disposent d'une autonomie très large. Elles y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Ancienne présidente de Troistorrents et de la Fédération des communes valaisannes (FCV), Marianne Maret estime que les communes doivent se poser la question de lâcher certaines de leurs prérogatives. "Est-ce qu'il y a des tâches que les communes devraient ou pourraient lâcher à l'intention du canton", se questionne l'actuelle conseillère aux Etats. "Il y a quelques tâches qui pourraient être centralisées par le canton de manière à les professionnaliser", poursuit Marianne Maret. "Pour moi, il n'y a pas une perte d'autonomie communale, une perte de force de l'entité communale si certaines tâches devaient être centralisées auprès du canton", insiste la Chorgue.
Une entorse à l'autonomie communale ?
De son côté, la Fédération des communes valaisannes ne veut pas se voir dessaisir de certaines prérogatives. Elle plaide pour une mutualisation des forces entre communes, sans cantonalisation des tâches. "Depuis ce drame, on a eu un bon appui de la part du canton", se félicite Florian Piasenta, président de Salvan et vice-président de la Fédération des communes valaisannes. "Le canton répond volontiers aux questions quand on en a", ajoute l'édile.
La FCV propose aussi d'externaliser certains postes sécuritaires, notamment dans la protection incendie. À Salvan, le nombre d'heures attribué à un bureau indépendant pour les contrôles périodiques des établissements publics a doublé en une année, confie son président Florian Piasenta. Il indique que des soirées thématiques autour des contrôles incendies seront prochainement organisées avec des présidents de commune et des chargés de sécurité.
Des tâches incommensurables ?
Les prérogatives des communes donnent le vertige. Les municipalités doivent appliquer sur leur territoire près de 600 bases légales. "C'est gigantesque", reconnaît Florian Piasenta. L'Ordonnance sur la protection incendie, très stricte en Valais, était même inapplicable à en croire les communes. "Beaucoup de présidents de commune avaient connaissance de la loi, mais de l'Ordonnance moins", avoue le président de Salvan. "C'est pratiquement impossible de suivre à la lettre l'entier de l'Ordonnance", ajoute-t-il.
Faut-il donc revoir à la baisse les exigences de l'Ordonnance ? La question est délicate après un tel drame. Florian Piasenta plaide pour des contrôles périodiques différenciés en fonction de la teneur des établissements. "Il y a des établissements qui ont beaucoup de public et d'autres beaucoup moins", précise-t-il. Selon lui, une discothèque ou un tea-room ne doivent pas être contrôlés à la même fréquence. "Il faut faire des contrôles périodiques, mais de manière échelonnée, peut-être chaque 2, 3, 4 ou 5 ans", estime Florian Piasenta.
La tragédie de Crans-Montana met en lumière la responsabilité qui pèse sur les épaules des élus communaux, en particulier des présidents de commune. "La responsabilité est grande, mais c'est normal. Il y a toujours un responsable quand une base légale doit être appliquée", explique Marianne Maret.
La pression médiatique, le risque de poursuite judicaire pourraient bien freiner les velléités de certains candidats aux postes communaux. "Le drame de Crans-Montana pourraient bien freiner certains candidats", reconnaît Florian Piasenta. Des craintes partagées par Marianne Maret. "La rémunération n'est pas colossale, la fonction prend du temps et demande un engagement", raconte la sénatrice. "Si en plus, il faut se mettre en danger, j'y vois un nouveau frein", poursuit-elle.
Marianne Maret estime que la professionnalisation de certains postes, notamment ceux en lien avec la sécurité, ou les collaborations intercommunales, peuvent rassurer de futurs candidats. "Si les candidats savent que la commune compte des employés formés, on peut encore espérer avoir des candidats aux postes communaux", prie-t-elle. Et Florian Piasenta de conclure par un cri du cœur : "les postes de président de commune ou de conseiller communal en charge de la sécurité sont importants et on doit tout faire pour les mettre en avant".
