Avis de minage dans le plus grand site de recherche au monde, en Valais
Un avis officiel de minage a été publié en Valais pour l’hiver à venir. Entre tirs préventifs et déclenchements scientifiques dans la vallée de la Sionne, ces opérations rares servent avant tout à mieux comprendre les avalanches… et à mieux protéger les zones exposées.

Le 22 décembre 2025, le WSL – Institut pour l’étude de la neige et des avalanches SLF a publié dans le bulletin officiel un avis de minage pour la saison hivernale. Comme chaque début d’hiver, l’institut informe la population des déclenchements d’avalanches potentiels, qui pourraient être réalisés uniquement en cas de fortes chutes de neige. Deux régions sont concernées.
Dans le vallon de la Morge, des tirs préventifs peuvent être effectués afin de sécuriser les zones exposées. Dans la vallée de la Sionne, les minages ont un tout autre objectif : la recherche scientifique. Ces déclenchements ne sont ni systématiques ni garantis. L’avis évoque une à trois journées au maximum sur l’ensemble de la saison, alors même qu’aucun déclenchement artificiel n’a pu être organisé ces dernières années.
La combe d’Arbaz, laboratoire grandeur nature
La vallée de la Sionne, située dans la combe d’Arbaz, abrite le plus grand site d’étude des avalanches au monde, entre 1’450 et 2’700 m d’altitude. Opérationnel depuis l’hiver 1997/98, ce laboratoire à ciel ouvert permet d’analyser le comportement des avalanches majeures, celles capables de détruire des villages.
"On y étudie l’écoulement des très grandes avalanches, donc des avalanches un peu de classe catastrophique", explique Pierre Huguenin, ingénieur, guide de montagne et responsable du site. La vallée est extrêmement instrumentée : capteurs intégrés au flot de neige, radars capables de voir à travers l’aérosol, stations météo, laserscanning et photogrammétrie. Ces données permettent de mesurer vitesses, pressions, températures et volumes, puis d’alimenter des modèles numériques de simulation.
Sécurité maximale et choix stratégique du site
Si ce site a été implanté à Arbaz, ce n’est pas un hasard. Le site a été retenu en raison de la forte activité avalancheuse observée dans la région ces dernières années, mais aussi pour les conditions d’observation et de sécurité qu’il offre pour ce type d’essais.
L’accès rapide depuis Sion, la topographie marquée et la possibilité de sécuriser facilement les chemins d’accès font de la vallée de la Sionne un terrain d’essai unique. Lors des essais, la zone est strictement contrôlée. Les conditions nécessaires, entre 80 centimètres et un mètre de neige fraîche en 24 à 36 heures, suivis d’une période de beau temps, limitent naturellement la présence de randonneurs, tandis que les accès sont surveillés.
Une recherche en constante évolution
"Après 60 ans de recherche, on n’est pas du tout au bout de la question", rappelle Pierre Huguenin. Les scientifiques étudient aussi bien les grandes avalanches que les phénomènes plus discrets, mais parfois mortels, liés à l’évolution du manteau neigeux.
Les outils évoluent, eux aussi, rapidement : caméras à très haute vitesse, nouveaux radars, capteurs toujours plus précis. "Actuellement, on a beaucoup de caméras à très haute vitesse et très haute densité qui nous permettent d’étudier visuellement ce qui se passe à l’intérieur d’une grande avalanche."
Ces recherches débouchent sur des applications concrètes : cartes de danger, normes de construction, protection des infrastructures. En revanche, elles ne sont "pas directement utilisables pour l’activité récréative en montagne", précise le responsable du site.
