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"Entraîner le FC Sion est un objectif" : la nouvelle vie de Reto Ziegler dans son club de coeur

Il s'est imposé comme un visage emblématique de l'histoire récente du FC Sion. À 39 ans et après 22 saisons sur les terrains, Reto Ziegler a raccroché les crampons cet été. Désormais à la tête des M21, l'ancien capitaine se confie sur sa riche carrière et évoque sa reconversion.

Christophe Moreillon
Christophe Moreillon, Rédaction Rhône FM
16 déc. 2025, 07:30
/ Màj. le 16 déc. 2025 à 10:45
Reto Ziegler a troqué le survêtement rouge de joueur contre le noir de membre du staff au FC Sion.
Reto Ziegler a troqué le survêtement rouge de joueur contre le noir de membre du staff au FC Sion. © Rhône FM

Le 10 mai 2025 restera pour toujours une date importante dans la vie de Reto Ziegler. Ce jour-là au stade Municipal d'Yverdon, le défenseur portait pour la toute dernière le maillot du FC Sion. Le point final d'une longue et belle carrière débutée officiellement le…2 mars 2003, lorsque le jeune homme de 17 ans faisait ses premiers pas en Super League sous les couleurs de GC. International à 35 reprises, passé par les plus grands championnats, artisan de la 13ème victoire en Coupe et du retour en Super League de l'équipe sédunoise, le voilà désormais reconverti dans de nouvelles fonctions. D'abord intégré au staff des M19, il dirige désormais l'équipe M21 du club valaisan aux côtés de Bruno Pascale et assume aussi le rôle de "talent manager". Interview.

Reto Ziegler, quand avez-vous compris que le moment de dire stop était venu?
Je savais que je n'allais pas renouveler en tant que joueur à la fin de la saison dernière. Pour être très honnête, je n'étais pas immédiatement sûr de vouloir arrêter. Je n'ai pas cherché comme un fou une autre option, mais je me sentais encore en forme. Ce n'était pas facile de me dire à moi-même qu'il fallait que je me retire. Les échanges avec les dirigeants ont fini par me convaincre. Leur proposition de reconversion était intéressante, même si égoïstement, j'aurais préféré arrêter dans une année. Je me dis aujourd'hui que le timing était le bon. Il m'a permis de gagner une année dans ma nouvelle carrière d'entraîneur. Je sais à quel point se former prend du temps.

L'envie de continuer, au fond de vous, c'était pour atteindre les 40 ans en étant toujours sur les terrains?
Non, pas forcément. Il aurait simplement été plus facile d'arrêter si j'avais été blessé ou que j'avais perdu la motivation. Ma passion du football est intacte. Je le répète, mais je suis convaincu que j'avais encore les moyens de jouer une saison. Le plaisir du jeu, je le retrouve aujourd'hui en participant de temps en temps aux petits matches à l'entraînement avec les M21. Je ne regrette aucunement d'avoir saisi l'opportunité qui m'était offerte par le club.

"Durant notre carrière, nous ne sommes pas du tout préparés à la vie d'après." Reto Ziegler

Une part de peur existait-elle au moment de vous projeter sur cette vie d'après?
Bien sûr. Nous ne sommes pas du tout préparés à ça. Depuis tout jeune, on nous forme pour être performants sur le terrain, sans penser à ce qui vient après. Personnellement, ma chance a été de pouvoir compter sur le soutien de ma famille et surtout, de recevoir cette proposition des dirigeants. Pouvoir rester dans le monde du foot m'a aidé psychologiquement à me lever le matin avec un nouvel objectif. 

À titre personnel, peut-on dire que la saison dernière a été l'une des plus difficiles de votre carrière?
Disons qu'après avoir atteint l'objectif que je m'étais fixé, celui de faire remonter le FC Sion en Super League, j'ai subi la plus grosse blessure de ma carrière (ndlr : il a été touché aux adducteurs). Celle-ci m'a éloigné des terrains durant deux mois et lorsque je suis revenu, j'ai compris que l'objectif du club était de faire de la place aux jeunes. Après avoir été titulaire durant pratiquement toute ma carrière, me retrouver sur le banc n'a pas été facile à vivre. Je pense que j'aurais mérité de jouer plus, mais ce sont des choix que j'ai dû respecter. En tout cas, j'ai donné mon maximum jusqu'au bout. Je n'ai pas de regrets et je suis heureux de voir où en est le club aujourd'hui.

22 ans se sont passés entre votre premier match de Super League avec GC et votre dernier avec le FC Sion ce printemps. Qu'est-ce que ça vous inspire?
(Il sourit) J'en suis très fier. Je suis chanceux d'avoir pu jouer plus de 700 matches en étant globalement épargné par les blessures. J'ai été sérieux, j'ai eu une bonne hygiène de vie et j'ai toujours cherché à faire plus que les autres. Je pense avoir été un exemple pour mes coéquipiers. Ma carrière m'a apporté tellement de souvenirs que j'aurais de la peine à en ressortir un en particulier. Il y a plusieurs entraîneurs que j'aimerais remercier. J'ai eu la chance d'évoluer avec des joueurs de classe mondiale ou de disputer deux Coupes du Monde avec la Suisse. Finir à Sion était un souhait et je suis heureux d'avoir pu le faire, surtout en soulevant un nouveau trophée, même si c'est celui de la Challenge League. Je pense avoir su redonner par mes performances sur le terrain l'amour que les supporters m'ont toujours témoigné.

"Le titre à l'Euro M17 a véritablement lancé ma carrière." Reto Ziegler

Votre carrière avait débuté par un titre de champion d'Europe avec la Suisse M17 et un autre de champion suisse avec GC alors que vous n'aviez que 17 ans. Le ton était donné…
C'est vrai. Ce titre de champion d'Europe nous a offert une belle vitrine. J'espère qu'il en sera de même pour la génération actuelle qui vient de disputer la Coupe du Monde. Comme Tranquillo Barnetta ou Philippe Senderos, ce tournoi a véritablement lancé ma carrière et m'a permis de m'imposer ensuite à GC. Alors que certains joueurs se développent un peu plus tard, moi, je suis parti à 100 à l'heure. À 18 ans, je signais déjà en Premier League à Tottenham. Quand j'y repense, je ne peux qu'être fier de ce que j'ai accompli.

À 19 ans, vous disputiez votre premier match avec l'équipe nationale. Un certain France-Suisse au Stade de France…
Ça peut paraître surprenant d'un regard extérieur, mais je n'avais aucune appréhension ce jour-là. J'étais dans ma bulle. Je n'étais pas forcément impressionné par les joueurs que j'avais en face de moi, car la plupart, je les connaissais pour les avoir affrontés en Premier League.  Quand je repense maintenant à l'âge que j'avais à l'époque, ça me parait bizarre, mais sur le moment, je ne me rendais pas compte de ce que ce match représentait. Je me rappelle que nous avions fait 0-0 dans un stade plein en réalisant une belle performance d'équipe. Ça reste un magnifique souvenir.

Que représente le fait d'avoir participé à deux Coupes du Monde, dont celle de 2010 dans la peau d'un titulaire?
Je pense que chanter l'hymne national dans un Mondial te procure des émotions incomparables, que l'on peut difficilement retrouver en club. En plus, il y a eu cette victoire contre l'Espagne en Afrique du Sud. Nous avons fait que de courir pendant tout le match. À part Gelson qui le met au fond, nous n'avons pratiquement pas vu le ballon pendant 90 minutes. Nous avons prouvé ce jour-là que même si nous avions moins de talent, le fait d'être solidaires pouvait nous permettre de faire de grandes choses. Ça m'est resté pour la suite de ma carrière.

Reto Ziegler et Gelson Fernandes à la poursuit d'Andres Iniesta lors de la fameuse victoire de la Nati face à l'Espagne au Mondial 2010.
Reto Ziegler et Gelson Fernandes à la poursuit d'Andres Iniesta lors de la fameuse victoire de la Nati face à l'Espagne au Mondial 2010. © AP Photo/Daniel Ochoa de Olza

En 22 ans de carrière, vous avez joué pour 13 clubs et dans 7 pays différents. Une telle expérience, ça va au-delà du foot…
Bien sûr. J'ai découvert beaucoup de cultures différentes et j'ai pu perfectionner les langues. Je suis aujourd'hui capable d'en parler cinq, ce qui peut être un sérieux atout dans ma nouvelle vie d'entraîneur. L'Italie est le championnat qui m'a fait le plus progressé. C'est là-bas que je suis vraiment devenu le joueur que j'ai été. J'ai aussi adoré mes destinations plus "exotiques" comme la Turquie ou les Etats-Unis. Ma première fille est d'ailleurs née durant mes 3 ans à Dallas. Mettre un terme à ma carrière de joueur, c'est une page qui se tourne, mais j'espère vivre des émotions aussi fortes en tant qu'entraîneur.

En Turquie, dix-huit mois ont suffi à vous faire entrer dans le cœur des supporters de Fenerbahçe…
Bon, j'ai eu la chance de marquer contre Galatasaray, le plus grand rival, ça aide à se faire adopter (rires). La première année que j'ai passé là-bas a été compliquée hors des terrains. Notre président était en prison et il y avait des suspicions de matches truqués. Le covid n'existait pas encore, mais nous avions joué plusieurs rencontres sans public. C'était vraiment très spécial. Malgré ça, nous nous sommes battus jusqu'au bout. Nous avons remporté la Coupe, la première du club en 29 ans et nous sommes ensuite allés jusqu'en demi-finale d'Europa League (ndlr : défaite contre Benfica en 2012/13). Toutes ces choses ont fait que les gens m'apprécient. Je reçois tous les jours des messages de fans du Fener. Le mois dernier, je me suis rendu à Istanbul avec ma famille, car je voulais montrer l'ambiance à ma femme et à mes filles et partout où nous sommes allés, les gens me reconnaissaient. Je suis fier que mes filles puissent se rendre compte de ce que j'ai fait de bien dans ma carrière.

Vous avez parlé de vos entraîneurs. Quels sont ceux qui vous ont le plus marqué?
D'abord, Luigi Delneri. C'est lui qui m'a véritablement formé comme latéral gauche à la Sampdoria et c'est grâce à lui que j'ai signé à la Juventus. Malheureusement, quand je suis arrivé à Turin, il s'est fait licencier. J'ai beaucoup apprécié Antonio Conte aussi. Sa manière de préparer les matches, mais surtout sa manière de préparer physiquement l'équipe durant l'été. Je n'avais jamais vécu ça avant, c'était tellement dur. Je n'oublie pas non plus Ottmar Hitzfeld avec la Nati. J'ai adoré son côté très humain avec les joueurs. Maintenant que je débute dans ce rôle de coach, j'ai envie de prendre un peu de chacun. M'inspirer de ces hommes tout en mettant en place mes propres idées.

"Lorsque nous avons remporté la Coupe en 2015 et que nous faisions la fête sur la Planta, j'ai eu une forme de déclic." Reto Ziegler

Vous avez joué dans 13 clubs, certains très prestigieux, mais le FC Sion est celui que vous portez dans le cœur. Pourquoi?
Pour plein de choses. En 2015, je suis arrivé alors que je n'avais plus de club. Je me suis engagé pour six mois et je n'étais pas censé rester au-delà. Lorsque nous avons remporté la Coupe et que nous faisions la fête sur la Planta, j'ai eu une forme de déclic. Je me suis demandé pourquoi aller voir ailleurs alors qu'il y avait tout pour bien faire ici, notamment la perspective de jouer l'Europa League. J'ai beau avoir joué pour 13 clubs, Sion est celui dont j'ai le plus défendu les couleurs (ndlr : 162 matches au total). J'aime la région et surtout, j'aime la mentalité des Valaisans dans laquelle je me retrouve. Ne jamais rien lâcher, c'est ce qui fait la force du FC Sion et c'est une valeur qui m'a accompagné tout au long de ma carrière. Voilà pourquoi c'est mon club de cœur.

Qu'est-ce que le Reto Ziegler de 39 ans aurait envie de dire à celui qui lançait sa carrière 22 ans plus tôt?
(Il se marre). C'est une bonne question ça. Je pense que je lui dirais vraiment de ne rien lâcher pour ne pas avoir de regrets. Tous les choix que j'ai fait, je les assume et j'en suis content. Tous étaient motivés par un même but : me permettre de conserver ma place en équipe de Suisse. Sinon, mon meilleur conseil au Reto de l'époque comme aux jeunes de maintenant, c'est de veiller à ne surtout pas perdre cette passion du foot. La technique de base, elle ne se travaille pas à l'entraînement. Elle s'acquiert dans la rue. Personnellement, je jouais des heures et des heures derrière mon école. J'espère que la nouvelle génération en fasse de même.  Qu'elle continue à sortir plutôt que de rester derrière les écrans. 

Bon, on connaît le Reto Ziegler joueur et capitaine du FC Sion. Comment est l'entraîneur?
Je ne sais pas. Il faut demander aux jeunes que j'entraîne (rires). Je pense être cool avant et après les séances, mais très exigeant une fois sur le terrain. Ma mentalité a toujours été la même. Pendant les deux heures d'entraînement ou de match, il faut du sérieux et de la discipline. J'essaie de faire respecter ça, tout en gardant le sourire.

Comment se passe la collaboration avec Bruno Pascale, votre binôme à la tête des M21?
Nous sommes un vrai duo qui marche bien même si, comme je n'ai pas encore les diplômes, c'est lui qui est désigné comme coach principal sur la feuille de match. J'apprends énormément grâce à lui. C'est un phénomène pour tout ce qu'il y a à faire hors du terrain, tout le travail sur ordinateur notamment. J'ai de la chance de pouvoir me former à ses côtés. Je suis heureux que nous ayons eu du succès sur la fin de ce premier tour (ndlr : 3 victoires, 2 nuls, 2 défaites) et j'espère qu'on pourra partir avec un nouvel élan au printemps, en mettant véritablement en place nos idées. 

"Je sais ce qu'il faut faire pour mériter de jouer sous les ordres de Didier Tholot." Reto Ziegler

Vous connaissez parfaitement Didier Tholot. Un atout pour faire le lien entre les M21 et la première équipe…
C'est clair. Je sais parfaitement ce qu'il attend des joueurs qui viennent s'entraîner sous ses ordres. Je sais ce qu'il faut faire pour mériter de jouer sous ses ordres. En plus, j'ai hérité d'un autre rôle, celui de talent manager. Ma mission est donc d'accompagner au mieux les jeunes afin de leur permettre d'arriver un jour en première équipe. Je veux être là pour eux comme d'autres l'ont été pour moi à l'époque à GC. Pour l'instant, je ne suis pas encore entré dans le bureau de Didier pour lui dire de faire jouer tel ou tel joueur, mais ça pourrait arriver un jour, toujours avec respect évidemment. La priorité est que la première équipe performe, mais nous avons aussi envie de donner du temps de jeu à nos jeunes talents.

Quels sont vos rêves au moment d'entamer votre parcours d'entraîneur?
Je veux simplement aller le plus loin possible. Entraîner le FC Sion est un objectif, c'est clair. Malgré tout, je suis humble, je sais que ça ne se fera pas en un claquement de doigts. Une fois arrivé au plus haut niveau, tu n'as plus le droit à l'erreur. C'est donc à moi maintenant de faire mes expériences, mes choix aussi bien tactiques que techniques. Regarder ce qui fonctionne bien ou moins bien. Le jour où je franchirai le pas de diriger des pros, la pression sera bien plus élevée. Je ne veux donc pas brûler les étapes en arrivant trop vite trop haut, mais je vais tout faire pour réussir une belle carrière dans ce nouveau rôle.

 

CM
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