"Trêve humanitaire" entre Bakou et Erevan
"Trêve humanitaire" annoncée après un bombardement meurtrier
L'Arménie et l'Azerbaïdjan ont annoncé une "trêve humanitaire" à partir de dimanche. Cette décision intervient après un bombardement qui a tué treize civils à Gandja, la deuxième ville d'Azerbaïdjan, dont le président Ilham Aliev a crié vengeance.
La trêve doit prendre effet "le 18 octobre à 00h00 heure locale", ont indiqué les ministères des Affaires étrangères des deux pays dans des déclarations séparées. C'est la deuxième fois que les deux parties tentent de parvenir à un cessez-le-feu après trois semaines de combats qui ont fait des centaines de morts au Nagorny Karabakh.
L'annonce intervient alors que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s'est entretenu au téléphone dans la soirée avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais. Il a insisté sur "la nécessité d'un respect strict" du cessez-le-feu conclu samedi dernier à Moscou, selon le ministère russe des Affaires étrangères.
Le président français Emmanuel Macron a salué cette trêve, conclue "à l'issue d'une médiation française conduite au cours des derniers jours et des dernières heures en coordination avec les co-présidents du groupe de Minsk" (France, Russie, Etats-Unis). Ce cessez-le-feu "doit être inconditionnel et strictement respecté par les deux parties", a ajouté l'Elysée.
A Gandja, de nombreuses maisons ont été détruites par un pilonnage vers 03h00 locales qui a tué treize civils, dont des enfants, et fait plus de 45 blessés, selon le procureur général. "Nous allons nous venger sur le champ de bataille", a proclamé le président azerbaïdjanais Ilham Aliev dans un discours.
Il a qualifié son ennemi séparatiste du Nagorny Karabakh et son parrain, l'Arménie, tour à tour de "chiens" et de "fascistes". Son allié turc a accusé l'Arménie de "crimes de guerre". L'UE a quant à elle "déploré" ces frappes, et appelé une fois encore "toutes les parties à cesser de viser les civils".
La ville d'environ 300'000 habitants a été frappée à plusieurs reprises depuis le début du conflit, notamment dimanche lorsqu'un missile avait déjà fait dix morts.
Les séparatistes arméniens ont relevé samedi pour leur part que Gandja abrite "des cibles légitimes": base aérienne, état-major d'une brigade motorisé, forces spéciales, centre des opérations de la défense azerbaïdjanaise, dépôts de carburant et usines de munitions.
Ils ont accusé aussi l'Azerbaïdjan d'avoir attaqué durant la nuit des infrastructures civiles du Nagorny Karabakh, nécessitant une riposte. Stepanakert a en effet été secoué par des explosions, selon l'AFP. Une frappe a détruit notamment une partie du toit d'un centre commercial et, plus loin, les vitres de commerces et d'un immeuble d'habitation ont volé en éclats.
Sur le front, les combats ont continué aussi. Ilham Aliev a annoncé samedi la prise de nouveaux territoires, notamment Fizouli "ville occupée depuis trente ans par des bêtes sauvages". Cette zone forme l'un des sept districts azerbaïdjanais dont les séparatistes ont pris le contrôle dans les années 1990 pour constituer un glacis de protection autour du territoire à proprement parler du Karabakh.
Ces bombardements, ainsi que les combats sur la ligne de front, témoignent de l'impuissance depuis trois semaines de la communauté internationale. Depuis une semaine, un accord de trêve humanitaire négocié sous l'égide de Moscou n'a jamais été appliqué. Washington et Paris ont de nouveau insisté vendredi soir sur la nécessité d'arrêter les hostilités.
L'Azerbaïdjan a obtenu des gains territoriaux ces trois dernières semaines sans pour autant remporter de bataille décisive. Bakou n'a pas jusqu'ici révélé le coût du conflit, ne publiant aucun bilan militaire, matériel ou humain.
Les séparatistes affirment avoir tué des milliers d'hommes, reconnaissent avoir dû reculer, mais assurent "contrôler la situation". Officiellement, ils ont perdu environ 700 hommes et la moitié des 140'000 habitants ont été déplacés.
