Le Libérien et son avocat contre-attaquent
Procès pour crimes de guerre: la défense contre-attaque
Le procès d'un ancien commandant libérien s'est poursuivi mardi devant le Tribunal pénal fédéral. L'homme, présumé innocent, est inculpé de crimes de guerre commis entre 1993 et 1995, durant le premier conflit civil qui a ravagé son pays.
A la demande de son avocat Me Dimitri Gianoli, Alieu Kosiah a évoqué sa détention provisoire, qui dure depuis six ans et un mois - "alors que je n'ai jamais rien fait de mal." Au-delà de ses "bonnes relations" avec tout le monde, il a parlé de sa solitude au sein de la prison d'arrondissement de Berne et des "sorties" quotidiennes d'une heure, sur une terrasse de 8 mètres sur 12.
L'ancien commandant de l'ULIMO (United Liberation Movement of Liberia for Democracy) a proclamé ne pas comprendre ce qui lui arrivait, "toutes ces accusations, ces mensonges". Après toute cette enquête, le procureur, "une personne honnête, avec un bon coeur", devrait réaliser que les griefs ne tiennent pas, a-t-il ajouté.
Le prévenu a répété n'avoir jamais ordonné, ni assisté, à des transports forcés ou à des pillages. Il a attribué la majorité de ces méfaits à la faction rivale, le NPFL (National Patriotic Front of Liberia) de Charles Taylor, sans exclure nécessairement l'ULIMO. Invoquant la difficulté à se rappeler d'évènements datant de plus de 20 ans, il a cependant décrit par le menu certaines phases des opérations qui ont abouti au contrôle du comté de Lofa par son mouvement.
Questionné en début d'audience par le juge David Bouverat, Alieu Kosiah s'est expliqué sur sa définition d'un "conflit cruel", terme qu'il a lui-même utilisé la veille. Il a parlé en particulier des massacres dirigés spécifiquement contre son ethnie, les Mandingos.
L'accusé a été soumis à des questions très précises sur les effectifs sous ses ordres, ses déplacements, etc. Le procureur fédéral Andreas Müller a souligné des contradictions entre les déclarations et le dossier.
Le magistrat a aussi évoqué le viol systématique, utilisé comme arme de guerre, des femmes durant le conflit. En particulier, le viol des femmes d'ethnie Loma par les combattants Mandingos. L'accusé a estimé qu'il avait été blanchi par la Commission vérité et réconciliation du Liberia (TRC).
Âgé aujourd'hui de 45 ans, Alieu Kosiah a été arrêté en novembre 2014 en Suisse. Sa détention provisoire a été prolongée jusqu'à présent. Selon l'acte d'accusation, il répond du meurtre de 18 civils et de deux soldats désarmés, commis par lui-même ou ses hommes.
Le Ministère public de la Confédération a aussi retenu le viol d'une femme et la profanation du corps d'un civil. Alieu Kosiah aurait aussi forcé des villageois à transporter des marchandises dans des conditions inhumaines. Enfin, il lui est reproché d'avoir utilisé un enfant-soldat.
