La Côte d'Ivoire sous tension
La Côte d'Ivoire sous tension dans l'attente du résultat de la présidentielle
Les Ivoiriens étaient suspendus lundi à l'annonce attendue de la réélection du président Alassane Ouattara pour un troisième mandat controversé. Le scrutin de samedi, boycotté par l'opposition, a été émaillé de violences qui ont fait au moins neuf morts.
Dans un rapport rendu public lundi à Abidjan, le Centre Carter estime que "le contexte politique et sécuritaire n'a pas permis d'organiser une élection présidentielle compétitive et crédible".
"Le scrutin a été marqué par un grand nombre d'incidents et un environnement sécuritaire volatile (...), l'organisation du vote a été fortement impactée avec, à minima, 1052 bureaux de vote (sur un total de 22'000) comptabilisés par nos observateurs qui n'ont jamais pu ouvrir", selon le rapport.
La commission électorale a repris lundi après-midi l'annonce des résultats des départements à la télévision nationale. Le jour de l'annonce du résultat final n'est pas connu. Plus que le résultat en lui-même, les Ivoiriens craignent la réaction qu'il pourrait provoquer.
Sans réel adversaire en raison du boycott de l'opposition, qui juge un troisième mandat "anticonstitutionnel", M. Ouattara devrait s'imposer par un score écrasant, notamment dans le nord du pays qui lui est traditionnellement acquis. Selon les premiers résultats, il a obtenu 98% des voix à Korhogo, la capitale du Nord, avec 88% de participation.
Après les violences sur le terrain le jour du vote, samedi, le ton est monté entre les deux camps. L'opposition a appelé dimanche à une "transition civile" et "à la mobilisation générale des Ivoiriens pour faire barrage à la dictature et à la forfaiture du président sortant". Le parti au pouvoir a riposté en mettant en garde l'opposition contre "toute tentative de déstabilisation".
Le bilan exact des violences qui passent presque systématiquement du champ politique à l'affrontement inter-ethnique est difficile à établir. Au moins neuf personnes sont mortes dans le sud du pays depuis le vote, selon un décompte de l'AFP.
A Toumodi, près de la capitale politique Yamoussoukro (centre), "quatre personnes de la même famille" sont mortes dimanche dans l'incendie de leur maison lors de troubles, a affirmé un proche de la famille. "Une dizaine de maisons ont été brûlées. Deux camions aussi. Des restaurants, boutiques maquis (restaurants-bars à ciel ouvert) ont été cassés. Il y a d'importants dégâts", a-t-il ajouté.
"Notre crainte maintenant c'est que les jeunes d'ici (ethnie baoulés, réputée proche de l'opposition) ne veulent pas laisser ce crime impuni et s'attaquent à eux (les Dioulas, traditionnellement pro-Ouattara)", a précisé un habitant. A 40 km de là, la situation était également tendue à Yamoussoukro, selon des habitants.
Selon des sources locales interrogées par l'AFP, il y a eu trois morts à Téhiri, près de Gagnoa (270 km au nord-ouest d'Abidjan), fief de l'ex-président Laurent Gbagbo, un à Oumé (260 km au nord-ouest d'Abidjan, près de Gagnoa aussi) et au moins un à Tiébissou (centre).
Le maire de Tiébissou, Germain N'Dri Koffi, a quant à lui fait état d'un bilan de "quatre morts" dans sa commune. A Daoukro (centre), fief du chef de l'opposition, l'ex-président Henri Konan Bédié, des barricades occupaient toujours la voie publique, a constaté l'AFP.
Dans le Nord, beaucoup de camionneurs ont préféré garer leurs véhicules plutôt que de poursuivre leur trajet vers Abidjan, la route étant régulièrement coupée par des manifestants, selon un journaliste de l'AFP à Korhogo. L'activité a timidement repris a Abidjan.
Avant le scrutin, une trentaine de personnes étaient mortes dans des violences depuis l'annonce en août de la candidature de M. Ouattara.
Il y a dix ans, la crise qui avait suivi la présidentielle de 2010 avait fait 3000 morts, à la suite du refus du président Laurent Gbagbo, qui était au pouvoir depuis 2000, de reconnaître sa défaite face à M. Ouattara.
