Crimes de guerre: le procès se poursuit
Le procès d'un criminel de guerre présumé se poursuit
Le procès d'un Libérien accusé de crimes de guerre a repris lundi devant le Tribunal pénal fédéral. La cour a poursuivi l'interrogatoire de cet ancien commandant sur ses activités durant la première guerre civile dans son pays. Le prévenu est présumé innocent.
Après avoir interrogé l'accusé sur sa situation personnelle vendredi, le président Jean-Luc Bacher s'est intéressé aux grades et aux fonctions assumées par Alieu Kosiah. Au fil d'échanges parfois assez vifs, celui-ci a expliqué qu'il était passé de sergent à colonel entre 1991 et fin 1995 au sein de la faction ULIMO (United Liberation Movement of Liberia for Democracy).
L'accusé s'est efforcé d'apparaître comme un exécutant, un maillon au milieu de la chaîne de commandement. Ses réponses, longues mais imprécises, ont parfois provoqué l'impatience du président. Alieu Kosiah ne faisait pas partie, selon lui, des "Big Men" du mouvement. "Moi, j'ai passé toute la guerre au front. Les Big Men restaient en arrière à profiter de l'air conditionné."
Alieu Kosiah a estimé que le commandant est responsable du comportement de ses hommes uniquement s'il est présent. "C'était comme ça dans l'armée libérienne - pour l'ULIMO, je ne sais pas." Il a invoqué des trous de mémoire lorsqu'il s'est agi d'établir sa présence dans le comté de Lofa entre 1993 et 1995, période durant laquelle les crimes retenus par le Ministère public ont été commis.
Le président est ensuite passé aux différents chefs d'accusation, en commençant par l'enrôlement, début 1993, d'un enfant-soldat âgé de 12 ans. Alieu Kosiah a contesté avoir recruté l'adolescent. Celui-ci se serait trouvé dans un lieu abandonné par des soldats d'une faction adverse et aurait rejoint volontairement l'unité ULIMO.
Pressé par Jean-Luc Bacher, l'accusé a finalement nié avoir utilisé l'enfant comme soldat. "La plupart du temps, nous ne faisions rien de particulier, sauf lorsque nous étions sur la ligne de front." Il n'a pas admis non plus que l'adolescent lui servait de garde du corps ou qu'il goûtait au préalable les repas préparés par des villageoises.
Âgé aujourd'hui de 45 ans, l'accusé a été arrêté en novembre 2014 en Suisse. Sa détention provisoire a été prolongée jusqu'à aujourd'hui. Selon l'acte d'accusation, il répond du meurtre de 18 civils et de deux soldats désarmés, commis par lui-même ou ses hommes. Il est aussi accusé d'avoir violé une femme et d'avoir profané le corps d'un civil en mangeant son coeur.
Alieu Kosiah aurait aussi forcé des villageois à transporter des marchandises dans des conditions inhumaines. Durant ces trajets, des porteurs auraient été exécutés ou battus. Il est encore reproché à au prévenu d'avoir utilisé un enfant-soldat âgé de 12 ans.
