Vingt-sept migrants morts dans la Manche, onde de choc politique

Ce drame, redouté par les autorités et les associations depuis plusieurs mois, est de loin le plus meurtrier depuis l'envolée en 2018 des traversées migratoires de la Manche (image symbolique). ©KEYSTONE/AP/Louis Witter
France
Keystone-ATS
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La Manche, nouveau "cimetière à ciel ouvert": 27 migrants sont décédés mercredi dans le naufrage de leur embarcation au large de Calais. Ce drame aussi terrible qu'inédit a suscité une onde de choc à Paris et Londres après plusieurs semaines de tension.

"La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière", a affirmé jeudi le président Emmanuel Macron, qui avait annoncé un bilan de 31 morts avant que celui-ci ne soit ramené à 27 morts et deux rescapés par le ministère français de l'Intérieur.

Le chef de l'État français a réclamé "une réunion d'urgence des ministres européens concernés par le défi migratoire" et assuré que "tout sera mis en oeuvre pour retrouver et condamner les responsables" de ce naufrage.

Johnson "choqué"

"Choqué, révolté et profondément attristé", le Premier ministre britannique Boris Johnson a de son côté assuré vouloir "faire plus" avec la France pour décourager les traversées illégales de la Manche.

Lors d'un entretien téléphonique mercredi soir, MM. Johnson et Macron "ont convenu de l'urgence d'accroître leurs efforts conjoints pour prévenir ces traversées et de faire tout leur possible pour empêcher les gangs qui mettent des vies en danger", a précisé un porte-parole britannique.

Après des semaines de tension sur la question migratoire, Londres et Paris s'étaient pourtant déjà engagés à renforcer leur coopération pour tenter de tarir ces départs, notamment dans le sillage de l'arrivée le 11 novembre de 1.185 migrants sur les côtes anglaises, un nombre record.

Le plus meurtrier depuis 2018

Ce drame, redouté par les autorités et les associations depuis plusieurs mois, est de loin le plus meurtrier depuis l'envolée en 2018 des traversées migratoires de la Manche, face au verrouillage croissant du port de Calais et d'Eurotunnel, emprunté jusque-là par les migrants tentant de rallier l'Angleterre.

Les navires de sauvetage ramenant les victimes ont accosté dans la soirée dans le port de Calais, où un hangar a été ouvert pour accueillir les corps. Les dépouilles doivent être transférées à l'institut médico-légal de Lille pour autopsie, a précisé à l'AFP la procureure de la République Carole Etienne.

La Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Lille a été saisie de l'enquête ouverte pour "aide à l'entrée et au séjour irréguliers en bande organisée", "homicide et blessures involontaires" et "association de malfaiteurs".

Avant ce naufrage, le bilan des décès depuis le début de l'année s'élevait à trois morts et quatre disparus. Six personnes avaient trouvé la mort et trois autres avaient été portées disparues en 2020.

Selon le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, quatre passeurs soupçonnés d'être en lien avec la tragédie ont été arrêtés, mais la procureure n'a pas "confirmé cet élément dans le cadre de sa saisine".

"Long boat"

Le drame s'est déroulé sur un "long boat", un bateau gonflable fragile au fond souple. L'utilisation de ces embarcations particulièrement dangereuses est de plus en plus fréquente depuis cet été.

"Nous avons récupéré six corps à la dérive", a raconté Charles Devos, le patron de la vedette Notre-Dame du Risban de la SNSM de Calais, décrivant "une embarcation pneumatique carrément dégonflée". D'importants moyens ont été dépêchés lors du sauvetage, notamment deux hélicoptères et trois bateaux.

La maire de Calais, Natacha Bouchart (LR), s'en est pris à Boris Johnson, qui "n'a pas le courage lui-même de prendre des responsabilités".

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées dans la soirée près du port, munis de petites bougies. "La honte Bouchart, Calais devient un corbillard" ou encore "Darmanin assassin t'as du sang sur les mains", ont-ils scandé.

"Les gens meurent dans la Manche qui est en train de se transformer en cimetière à ciel ouvert", s'est alarmé Pierre Roques, de l'Auberge des Migrants, une association locale.

"Efforts coordonnés et solidaires" nécessaires

L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), "choquée et bouleversée", a estimé que "seuls les efforts coordonnés et solidaires (...) permettront de prévenir de nouvelles tragédies".

Les tentatives de traversées migratoires de la Manche à bord de petites embarcations ont doublé ces trois derniers mois, avait mis en garde vendredi dernier le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Philippe Dutrieux.

Au 20 novembre, 31'500 migrants avaient quitté les côtes depuis le début de l'année et 7800 migrants avaient été sauvés, avait-il affirmé. Une tendance, avait-il remarqué, qui n'a pas baissé malgré les températures hivernales.

Selon Londres 22'000 migrants ont réussi la traversée sur les dix premiers mois de l'année. M. Dutrieux explique notamment ce phénomène par "le cynisme des organisations qui sont derrière ces passages".

ATS