Vers une professionnalisation des pompiers valaisans ? Le tabou est brisé

Didier Morard
Journaliste

La question a longtemps été taboue mais elle revient sur la table à l’occasion de la journée de recrutement des sapeurs-pompiers : faut-il professionnaliser le métier de pompier ? Les partisans de la réforme marchent sur des œufs.

Les corps de sapeurs-pompiers des cantons de Fribourg, Jura, Neuchâtel, Valais et Vaud organisaient ce jeudi leur journée de recrutement. Les corporations valaisannes peuvent avoir le sourire. Les nouvelles recrues se pressent au portillon. «Les sapeurs-pompiers séduisent aujourd’hui. On a des gens inscrits au recrutement», rassure d’emblée Lucien Cottier, président de l’Association des corps de sapeurs-pompiers du Valais romand (ACSPVR).

En journée, c’est difficile de s’appuyer sur un effectif de volontaires.

David Vaquin, commandant des pompiers de Sion

Un sourire aux lèvres aussi présent chez le commandant des pompiers de Sion David Vaquin, qui fait état de 38 personnes engagées depuis son arrivée à la tête du corps sédunois en 2019. Si l’engagement dans les pompiers ne souffre pas d’un manque de relève, l’exigence de la profession a aussi modifié le recrutement. «Les corps de sapeurs-pompiers ne sont plus cette association de village, qui prend tout le monde. On fait des tests d’entrée pour regarder si les profils correspondent», explique Lucien Cottier.

Professionnaliser les pompiers ?

C’est la question qui brûle les doigts : faut-il professionnaliser le métier de pompier ? Longtemps taboue, la mise en place de pompiers permanents dans les casernes fait son petit bonhomme de chemin. «Le terme de professionnalisation doit être mis entre guillemets. L’idée n’est pas d’avoir un effectif de 30 professionnels par caserne», temporise David Vaquin. «On a une force de frappe importante avec les miliciens. On n’aura jamais autant de pompiers permanents que de miliciens. On veut maintenir cette force de frappe» abonde Lucien Cottier de l’ACSPVR.

On attend d’un volontaire une intervention de la qualité d’un professionnel.

David Vaquin

La gestion des corps de sapeurs-pompiers est une prérogative communale. Chaque municipalité s’organise. «Il faut la volonté de collaborer. Sans parler de fusion, les collaborations sont possibles», explique le président de l’association professionnelle. «Il faut se mettre à table et donner ses limites. Il ne faut pas avoir peur de révolutionner les choses et de casser certaines frontières qu’on a l’habitude d’avoir en Valais», ose David Vaquin. La gestion des corps de sapeurs-pompiers par les communes pourrait néanmoins évoluer. La révision de la loi cantonale sur le feu, prévue en 2023, pourrait redistribuer les cartes. Le canton pourrait prendre la main pour regrouper certains corps et professionnaliser davantage le métier.

Un métier qui évolue

La profession de sapeurs-pompiers s'est passablement transformée ces dernières années. Les formations et les interventions se sont complexifiées. «Le feu de voiture était il y a dix ans une simple intervention. Aujourd’hui, l’aide-mémoire du comportement à adopter en cas de feu de véhicule fait 54 pages», illustre David Vaquin. Les tâches administratives, le contrôle du matériel et la palette de prestations sont aussi des activités, qui pèsent sur les petits corps de sapeurs-pompiers. «Les petits centres de secours et d'incendie seraient sans doute contents qu’on les délaisse de ces charges», rajoute David Vaquin.

En cas de problème, le volontaire sera jugé comme un professionnel.

David Vaquin

Autre problématique du système milicien mise en exergue: la disponibilité des pompiers volontaires. «Les gens ont de la peine à se libérer en journée vis-à-vis de leur employeur. En journée, c’est difficile de s’appuyer sur un effectif de volontaire», indique le commandant des pompiers sédunois. «On attend d’un volontaire une intervention de la qualité d’un professionnel, tant au niveau du temps d’intervention que des connaissances. En cas de problème, le volontaire sera jugé comme un professionnel. Ça fait beaucoup pour un volontaire», conclut David Vaquin.

DM
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