Valais: les proches aidants pourraient être payés 33,50 francs de l’heure pour leur travail

Diana-Alice Ramsauer
Journaliste RP

Être payé 33,50 francs de l’heure en tant que proche aidant ? C’est ce que propose l’entreprise AsFam. La société zurichoise débarque en Valais. Une offre pour pallier les manquements actuels. Mais sous conditions.

Les proches aidants pourraient être payés 33,50 francs de l’heure pour leur travail. La toute jeune entreprise AsFam (Assistance pour familles avec proches aidants) qui propose ce genre de prestations vient de recevoir son autorisation d’exercer de la part de l'Etat du Valais. Alors que 30'000 personnes pourraient être concernées sur le territoire cantonale, la démarche intrigue. 

Les responsables décrivent leur projet avec transparence, car le principe est assez simple. Depuis une jurisprudence confirmée en 2019, les proches aidants peuvent être rémunérés par le OSAD – c’est-à-dire les organisations privées de soins à domicile – de type CMS. L’entreprise ASFAM joue le rôle d’intermédiaire et propose ainsi d’engager les proches aidants en définissant avec des infirmiers le catalogue de soin pris en charge. Le médecin traitant de la personne soignée valide les prestations. La facture est ensuite envoyée à l’assurance de base, la LaMal. Sur le montant reçu par les assurances,  33,50.- sont reversés au proche aidant, le reste est à destination d'AsFam pour le personnel soignant qui supervise les familles, mais aussi pour le service administratif, bref toutes les charges d'entreprise. 

« Dormir, manger et éliminer »

Mais attention, tout proche aidant ne pourra pas prétendre à une telle rémunération. Seules les personnes qui prodiguent des soins de base pourront en profiter. «Ce sont des critères très précis, explique Alexandre Momy, membre de la direction et responsable du développement sur la Suisse romande.  Il s'agit du lever, du coucher, habiller la personne, l'aider à manger ou encore lui brosser les dents.» La famille qui s'occuperait de faire des courses, régler les questions administratives ou amener la personne à ses rendez-vous médicaux ne pourrait pas profiter du coup de pouce financier puisqu'il ne s'agit pas des «soins de base».

«Toute initiative qui va dans le sens des proches aidants et bonne à prendre. Mais nous avons encore un certain nombre de questions à éclaircir.»

Julien Dubuis, président de l'Association Proches Aidants Valais.

Les critères de sélections, c’est ce qui inquiète l’Association valaisanne des proches aidants. «Tout d'abord, il faut dire que nous voyons l'arrivée de cette entreprise d'un bon œil. Toute initiative qui va dans le sens des proches aidants et bonne à prendre, souhaite préciser Julien Dubuis, président de l'organisation.»

Certains seront déçus

Il craint néanmoins qu'un certain nombre de personnes soient déçues, car leurs prestations n'entrent pas dans la liste, d'abord en raison de ces critères liés aux «soins de base». Mais pas seulement «La situation du proche aidé doit être stable et durable, précise Jullien Dubuis. Une évaluation peut être faite tous les 3 mois, 6 mois, 9 mois. Mais cela doit, dans tous les cas s'inscrire dans la durée. Et on sait dans certains situations, type Alzheimer ou autres, la question de la stabilité de pose forcément.» Le président de l'Association Proches Aidants Valais attend donc pour voir. 

Kenny Kunz membre fondateur d'AsFam le dit, l'entreprise n'a pas prétention à aider tout le monde. Alexandre Momy abonde dans son sens: «Nous sommes un service complémentaire à ce qui existe déjà. Si le fait d'être engagé par AsFam diminue les aides que les familles pourraient avoir par ailleurs, nous nous retirons.» Pour l'instant, les familles qui sont engagées chez eux se répartissent de manière assez homogène dans les différentes catégories d'aides. Selon ses dires: 25% de parents actifs qui s'occupent d'enfants, 25% d'enfants actifs qui s'occupent de leurs parents, 25% de personnes en couple et 25% de personnes retraitées.

200 familles en Suisse

«Beaucoup de familles ont postulé, explique Kenny Kunz.  Aujourd'hui, nous avons 200 contrats avec des proches aidants.» Difficile pour le fondateur d'AsFam de fournir des statistiques du nombre de proches aidants pouvant bénéficier de cette rémunération en comparaison à ceux qui ne correspondaient pas aux critères. Il affirme pourtant: «nous avons su évaluer un soin de base concret qui a été confirmé par le médecin traitant et accepté par l'assurance pour plus de 60-70% des familles qui nous ont contactés.»

AsFam se veut également une assistance au-delà de la rémunération. Les infirmiers – en l'occurrence surtout des infirmières – suivent chaque famille en donnant une aide logistique et un soutien moral. 

«Avec ou sans AsFam, le rapport de dépendance entre le proche aidant et le proche aidé existe.»

Kenny Kunz membre fondateur d'AsFam

Et philosophiquement, est-ce vraiment judicieux d'instaurer un rapport financier au sein des familles? « Il s'agit surtout d'un revenu supplémentaire, réagit Kenny Kunz.  Quand on doit baisser son taux de travail pour s'occuper d'un proche, la question est la suivante: comment on survit financièrement ? C'est pas comme s'il n'y avait plus de loyer à payer, ni de prime d'assurance maladie... Avec ou sans rémunération et avec ou sans AsFam, le rapport de dépendance entre le proche aidant et le proche aidé existe. La seule différence c'est la reconnaissance financière.»

En 2021, AsFam a reversé quelque 2 millions de francs pour une centaine de famille. Cela équivaut à une moyenne de 2,5 heures de travail par jour et par proche aidant.

AsFam a été créée en 2020 à Zurich par la famille Kunz, elle-même confrontée à la question de la proche aidance. «Ma mère s'est d'abord occupée de mon grand-père qui a eu un AVC lorsque j'avais 1 an, raconte Kenny Kunz. Elle s'est occupée de lui pendant plus de vingt ans. Et quand il s'en est allé, c'est moi qui ai eu un accident à l'armée. Elle a donc dû s'occuper de moi tout au long de mes 8 opérations à la hanche. Et sans elle, je ne serais pas là pour vous parler de notre projet.» L'entreprise emploie 45 personnes. Elle est aujourd'hui active sur 8 cantons. Sur la Suisse romande, Fribourg a été le premier, Valais vient de s'ajouter. L'implantation sur Neuchâtel peut également désormais commencer. 
 
dar
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