Une initiative veut un service citoyen pour toutes et tous

L'initiative dite service citoyen est soutenue de droite à gauche. ©KEYSTONE/PETER SCHNEIDER
Milice
Keystone-ATS
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Chacun et chacune devrait effectuer au moins une fois dans sa vie un engagement pour la collectivité et l'environnement. Un comité a lancé mardi une initiative populaire pour introduire un service citoyen.

"Seule une personne sur trois peut aujourd'hui effectuer un service de milice institutionnel", a lancé Noémie Roten, co-présidente de l'association Servicecitoyen.ch à l'origine du texte, devant les médias. "Beaucoup sont exclus en raison de leur sexe, leur origine ou parce qu'elles sont déclarées inaptes."

Question de respect et d'égalité

L'initiative "Pour une Suisse engagée", dite initiative service citoyen, veut changer la donne. Elle entend rendre la milice accessible à tous et toutes, y compris les étrangers. L'implication de ces derniers pourra toutefois être différenciée de celle des Suisses. Le Parlement pourrait décider de les exclure de l'armée.

De nombreux orateurs ont salué un pas supplémentaire vers une plus grande égalité entre hommes et femmes. "Une de nos institutions les plus établies exclut les femmes. Ce n'est plus réellement acceptable dans une démocratie", a critiqué Virginie Cavalli, co-présidente des Jeunes Vert'libéraux.

L'inclusion de toutes et tous est aussi et surtout "une question de respect" et "une réponse à l'individualité grandissante et l'érosion des droits humains", a plaidé quant à lui Islam Alijaj, conseiller municipal socialiste à Zurich et handicapé de la parole. "Je veux aussi m'engager et pas seulement participer aux prises de décision."

Le service citoyen, c'est encore l'occasion de renforcer le système de milice toujours plus sous pression. "L'existence d'un pays repose sur sa capacité à se défendre et à défendre ses valeurs", a rappelé Johanna Gapany (PLR/FR). "Une telle mission ne doit pas reposer sur un tiers de la population." Elle doit être assumée par tous.

Santé, nature ou social

Si les contours exacts du futur service sont encore flous, une chose est sûre: les effectifs de l'armée et de la protection civile devront être garantis. C'est écrit dans le texte de l'initiative. Le service citoyen pourra cependant aussi être effectué dans le service civil ou un autre domaine d'intérêt public.

"Lorsqu'un incendie se déclare, les pompiers l'éteignent. En cas de catastrophe naturelle, nous avons la protection civile. Mais qui intervient lorsqu'une commune est attaquée au moyen d'un rançongiciel?" a interrogé Jorgo Ananiadis, président du Parti pirate. "Nous avons besoin d'un organisme de secours cyber."

L'étendue du service citoyen ne sera pas inscrite dans la Constitution. Il ne devrait toutefois pas servir à organiser une kermesse, a noté Quentin Adler, coprésident de Service.ch.

"Dans un premier temps, il devrait se concentrer sur les domaines actuels reconnus d'intérêt public dans le cadre du service civil", a-t-il prédit. Il s'agit de la santé, du service social, de l'instruction publique, de la conservation des biens culturels, de la protection de la nature et de l'environnement, de l'agriculture, de la coopération au développement et l'aide humanitaire, ainsi que de la prévention et la maîtrise des catastrophes. "Le service citoyen pourrait ensuite être élargi, aux pompiers volontaires par exemple."

Durée de six mois envisagée

Relevant de domaines d'intérêt public, le service citoyen ne devrait pas empiéter sur le secteur privé, assure encore Quentin Adler. Tout comme pour le service civil, la neutralité du marché du travail devra être respectée.

Un avis que ne partage pas le Conseil fédéral. Craignant une distorsion de concurrence, il a rejeté l'idée d'un service citoyen pour pallier les manques d'effectifs dans les services d'intervention. Le gouvernement se concentre désormais principalement sur deux options: la fusion de l'armée et de la protection civile ou l'obligation de servir pour les femmes. Un rapport est attendu pour fin 2024.

La longueur du service citoyen n'est pas non plus fixée. Comme plus de personnes y seront astreintes, il devrait être moins long que le militaire ou le civil, a jugé Noémie Roten. A ses yeux, six mois constituerait une bonne durée. Diffcile également d'évaluer le coût supplémentaire pour la collectivité. Pour Quentin Adler, il faut aussi prendre l'impact économique et social positif d'une réorientation professionnelle réussie grâce au service civil.

Large spectre politique

Les initiants ont jusqu'au 26 octobre 2023 pour récolter les 100'000 signatures nécessaires. Reste à voir si la société suit. La population est plutôt réticente à une obligation de servir pour les femmes, tant que l'égalité n'est pas atteinte dans d'autres domaines. Un service citoyen pour tous séduirait en revanche 71% des Suisses, pointe Noémie Roten, s'appuyant sur des sondages.

Les partis n'ont pas encore pris position. Mais les soutiens individuels proviennent de tous les grands partis. De nombreux militaires et autres miliciens sont également favorables au texte.

ATS
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