Un basketteur de NBA veut éviter une situation ukrainienne à Taïwan

Enes Kanter veut continuer à jouer au basketball mais estime que son engagement pour les droits humains est plus important. ©KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI
Droits humains
Keystone-ATS
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Le basketteur américain Enes Kanter, boycotté, paie de sa carrière son engagement pour les Ouïghours en Chine. Mardi à Genève, il a appelé à protéger Taïwan pour éviter une situation comme en Ukraine. Et il cible aussi l'attitude de Recep Tayyip Erdogan face à Kiev.

"Ce qui a lieu en Ukraine pourrait être la situation de Taïwan", a affirmé à quelques journalistes suisses M. Kanter, à la veille d'un sommet sur les droits humains. "Le monde doit se réveiller" face à la Chine, dit-il.

Il faut "protéger" l'île face à Pékin, selon celui qui a par le passé dénoncé dans le chef de l'Etat chinois Xi Jinping un "dictateur brutal". Il est lui-même en contact avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen et son entourage. Contrairement à la Russie, des "sanctions ne suffiront pas" contre la Chine et ses athlètes, selon lui.

Enes Kanter, né à Zurich et déchu de la nationalité turque en 2017 après ses critiques contre le président turc Recep Tayyip Erdogan, avait appelé à boycotter les Jeux Olympiques en raison de l'internement de plus d'un million d'Ouïghours au Xinjiang. Il avait dénoncé un "génocide". Depuis, il a été transféré dans un nouveau club qui l'a libéré de son contrat, une sanction qu'il attribue à ses positions contre Pékin.

Malgré le démenti du commissaire de la NBA, Enes Kanter réitère ses accusations. "Du jour au lendemain" auprès ses déclarations, les télévisions chinoises ont arrêté de diffuser des matchs du championnat. Or, "davantage de Chinois regardaient la NBA que d'Américains", dit le basketteur de 29 ans. Le championnat "a perdu des millions de dollars".

Nommé au Nobel de la Paix

Un joueur qui a battu l'année dernières des records ne peut être écarté en quelques jours, selon M. Kanter. Il lui reste cinq jours pour trouver un contrat, mais "c'est très peu probable", admet-il. Pour autant, il n'annoncera pas sa retraite avant ses 35 ans au moins. "La NBA doit apprendre qu'elle a tort", dit-il.

Nommé au Prix Nobel de la Paix, il est prêt à payer de sa carrière son engagement. "Je veux continuer à jouer au basketball" mais la défense des droits humains "est plus grande que moi, plus grande que le basketball", ajoute l'Américain venu avec un t-shirt "le silence est la violence".

A Genève, pour son premier voyage à l'étranger en cinq ans, Enes Kanter est venu aussi dénoncer à nouveau l'attitude du président turc, alors qu'il est proche de l'ennemi numéro un de Recep Tayyip Erdogan, le prédicateur Fethullah Gülen. Le chef de l'Etat "ouvre ses portes pour les médiateurs sur l'Ukraine mais il ouvre dans le même temps ses portes aux oligarques russes pour leurs bateaux en Turquie", dit-il. "Même les Ukrainiens" affirment qu'il utilise la situation.

Rencontre avec des Kurdes

Ses proches restent inquiétés dans le pays dont il a été déchu de la nationalité. Mais pour lui, il faut lutter pour des dirigeants "qui ne puissent être achetés". En partie kurde, il prévoit aussi de rencontrer à Genève des représentants de cette communauté. "Les Kurdes ont été victimes des pires abus en Turquie", ajoute Enes Kanter.

Il réfute encore à nouveau toute implication de Fethullah Gülen dans la tentative de coup d'Etat en 2016. "J'étais avec lui", "il était choqué" et "il a pleuré", dit-il également.

Alors qu'il revient en Suisse pour la première fois, il estime que Genève "représente les droits humains" et salue "un pays important en Europe et sur la scène internationale". Alors que la Haute commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Michelle Bachelet doit se rendre au Xinjiang, l'organisation peut avoir un rôle considérable, affirme-t-il.

ATS