Trois ans après, la course de côte Ayent-Anzère est de retour: «Enfin!», s’exclame Eric Berguerand

Christophe Moreillon
Journaliste sportif RP

C’est une épreuve mythique dans le monde du sport automobile suisse. La course de côte Ayent-Anzère vivra sa 45ème édition ce week-end, trois ans après la dernière. Parmi les favoris au départ, le pilote de Charrat Eric Berguerand, six fois vainqueur et détenteur du record du parcours.

Trois ans qu’ils attendaient ça. 1'089 jours. Une éternité. Aussi bien pour les pilotes que le public. Mise en pause forcée par la pandémie, la course de côte Ayent-Anzère revient ce week-end. Épreuve mythique, elle soufflera la 45ème bougie qui l’attendait déjà en 2020 puis en 2021. «Enfin!» s’enthousiasme Eric Berguerand. C’est lui qui avait triomphé lors de l’édition 2019, signant alors sa 2ème victoire consécutive, sa 6ème en tout.

Plus de 200 pilotes au départ

«Anzère, c’est une course spéciale. C’est une équipe d’organisateurs formidable, un panorama inégalable. Ce n’est pas un hasard si nous serons plus de 200 sur la ligne de départ.» Un plateau relevé de participants, tous bien décidés à profiter du moment. «Pouvoir rouler, retrouver le public, des gens que l’on connaît, nos amis pilotes, c’est un réel plaisir.»

«Les automatismes sont assez vite revenus. Je n’ai pas eu trop de peine à reprendre la mesure de la voiture.»Eric Berguerand

Ces deux dernières années, tout ce beau monde a donc dû prendre son mal en patience. Combler l’absence de courses en s’occupant différemment. «Oula, on a bien eu assez à faire», rigole le Valaisan. «Avec deux enfants, on a jamais le temps de s’ennuyer!» Quid des automatismes après une si longue pause forcée? «Pour ma part, c’est revenu assez vite. Je n’ai pas eu trop de peine à reprendre la mesure de la voiture. Après chaque course est différente, chacune est difficile. Qu’on ait ou non des automatismes ne change pas grand-chose. Il faut toujours faire preuve d’une grande concentration.»

Pas de pression…ni d’adversaire

De la concentration, il en faudra ce week-end à Eric Berguerand pour espérer décrocher une troisième victoire d’affilée et inscrire une septième fois son nom au palmarès de l’épreuve. «Je ne ressens pas de pression supplémentaire du fait que je sois double vainqueur en titre. À chaque fois, je roule pour faire le meilleur résultat possible mais je sais aussi que face à moi, j’ai d’excellents pilotes.» Parmi eux, citons Marcel Steiner (ndlr: 4 victoires depuis 2010), Joël Volluz (ndlr: gagnant de l’édition 2015) ou encore Robin Faustini (ndlr: actuel 2ème du championnat suisse). «Je n’ai pas d’adversaire», affirme le Valaisan. «Le départ, je le prends pour moi. Pour m’amuser. Si quelqu’un est plus rapide, c’est très bien. Bravo à lui. Je ne vais en tout cas pas taper les pieds par terre si je ne gagne pas.»

«Le titre de champion suisse, c’est le petit bonus à la fin de l’année mais dans le fond, ça ne reste qu’une coche de plus.»Eric Berguerand

Reste qu’en gagnant les deux premières manches de la saison – la course de côte d’Hemberg dans le canton de Saint-Gall et celle entre la Roche et la Berra – Eric Berguerand s’est installé en tête du championnat suisse des courses de montagne. Déjà vainqueur – là aussi – de six titres nationaux, le Charratain sait qu’il a un statut à confirmer. «Mais encore une fois, je ne me mets pas de pression. Le titre, c’est le petit bonus à la fin de l’année mais dans le fond, ça ne reste qu’une coche de plus. Jusqu’à présent tout a bien fonctionné mais je sais que sur les courses qu’il reste, je ne suis pas à l’abri d’un souci mécanique ou d’une petite touchette. Lors des deux premières, la voiture était formidable et le pilote pas trop mal (rires)… Espérons simplement que ça dure!»

Une «vieille» voiture qui régate avec les actuelles

En évoquant sa voiture, le visage d’Eric Berguerand s’illumine encore davantage. À l’écouter, on comprend bien à quelle point la relation entre le véhicule et son occupant est forte. «Cela fait des années et des années que je l’ai. C’est quand même une auto qui a passé vingt ans…Mais à force de travailler dessus, à force d’avoir de nouvelles idées, j’ai réussi à faire en sorte qu’elle régate avec des voitures actuelles.» C’est ici, dans son garage de Martigny où il nous a accueilli que le Valaisan bichonne sa Lola FA99. «Au fil des années, j’y consacre moins de temps. Avec l’expérience, je connais mieux les différentes courses et il y a donc moins de travail à effectuer pour la préparer. À l’heure actuelle, ma priorité c’est ma famille. Mais je sais aussi que je fais une discipline «dangereuse» et que pour éviter les soucis mécaniques, il faut bosser un peu au garage.»

«La canicule risque d’avoir une incidence sur le moteur et les pneus.»Eric Berguerand

Au niveau de la mécanique justement, un élément en particulier sera à prendre en compte lors de cette 45ème course de côte Ayent-Anzère: les températures caniculaires auxquelles est confronté le Valais depuis de nombreux jours. «Le moteur risque de ne pas délivrer sa puissance maximale et la chaleur peut aussi avoir une incidence sur les pneus. Il faudra donc gérer tout ça. Mais à La Roche-La Berra (ndlr: à la mi-juin), il faisait près de 40 degrés et ça ne s’est pas trop mal passé. Il n’y a pas de raisons que ça ne continue pas…»

Un (propre) record à battre

De l’impatience et de la confiance se mélangent donc dans l’esprit d’Eric Berguerand à l’heure de retrouver ce rendez-vous mythique. Sextuple vainqueur, il est également le détenteur du record du parcours depuis 2018 (ndlr: chrono en 1’26’’992). Se sent-il capable d’aller encore plus vite? «On le saura dimanche soir», répond-il du tac au tac. «Un record, c’est la quintessence d’une montée. Mais le battre n’est jamais facile. Encore plus pour le même pilote. Si y parvenir fait partie de mes objectifs? Bien sûr! Je ne ferais pas ce sport sinon. Après, tout ne dépend pas que des pilotes. Les conditions météos, les conditions de piste sont aussi à prendre en compte.»

Disparition de la course de Massongex: «Je ne jette pas la pierre aux organisateurs»
Pour son retour après deux années blanches, le championnat suisse des courses de montage se dispute sur six épreuves et non sur huit comme dans le passé. Si la course entre Châtel Saint-Denis et Les Paccots a dû être exceptionnellement annulée en raison de travaux sur le parcours, celle de Massongex-Vérossaz a définitivement disparu du calendrier. La faute à la densification du village de Massongex. Écoutez à ce sujet Eric Berguerand.
CM
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