Selon une association, certains exploitants de barrages préfèrent les bénéfices à court terme

Selon Alpiq, le barrage d'Emosson est actuellement plein à 93%. (Image d'illustration) ©Keystone-ATS
Energie

« Sortir du nucléaire Suisse romande » a récemment reproché à des producteurs d’hydroélectricité de turbiner l’eau des lacs d’accumulation en cette période, au lieu de constituer des réserves pour l’hiver.

Des exploitants de barrages seraient « motivés par le seul intérêt financier à court terme ». C’est ce que déclare l’association « Sortir du nucléaire Suisse romande ». Dans son communiqué diffusé mi-octobre, elle reproche à des producteurs d’hydroélectricité de profiter d’une situation de prix élevés sur le marché pour turbiner l’eau. D’après elle, il serait préférable de constituer des réserves en prévision de l’hiver, lorsque les besoins en énergie sont les plus importants.

Selon le bulletin hebdomadaire de la Confédération concernant le contenu des bassins d’accumulation, le niveau d’eau total des barrages était à la fin septembre au point le plus bas depuis 2012 à la même période. À noter qu’en Valais le niveau de remplissage était alors supérieur à la moyenne nationale.

Pour Alpiq, il n’y a pas de quoi s’inquiéter

En réponse à ces reproches, le Valaisan Amédée Murisier, responsable de la production hydroélectrique chez Alpiq, société qui détient une participation dans plusieurs barrages valaisans, assure qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir. « Premièrement, les stocks sont pleins. Un barrage comme Grande-Dixence est plein à 95% et celui d’Emosson à 93%. Il n’y a donc pas de vidage plus rapide que d’habitude des réserves. Le marché indique que l’énergie sera la plus recherchée au creux de l’hiver, en janvier-février. C’est donc en réponse à ces signaux du marché que nous réservons de l’eau pour cette période-là », explique Amédée Murisier.

Ce dernier ajoute que même si le niveau général des eaux de barrages suisses est au plus bas, la différence par rapport aux années précédentes n’est pas significative. Toujours selon les chiffres de la Confédération, la situation était similaire à la fin avril 2021. Le niveau était à ce moment-là inférieur à 10% de la capacité de stockage totale.

Pour une intervention politique

Ilias Panchard, président de l’association « Sortir du nucléaire Suisse romande », convient que la situation n’est pas catastrophique. Il dit ne vouloir jeter la pierre à personne. « On ne met pas la faute simplement sur les exploitants ou les communes. Il faut être conscient que des communes de montagne – on peut penser à certaines communes valaisannes – dépendent beaucoup des redevances hydroélectriques. À un moment, il faut que la Confédération mette en place un système qui favorise la fonction de stockage, de réserve stratégique, plutôt que laisser les exploitants vendre leur courant au pire moment pour gagner de l’argent », explique le conseiller communal Vert de Lausanne.

De son côté, Amédée Murisier considère qu’une intervention politique pour créer cette réserve stratégique serait une bonne chose. En revanche, il estime que les décisions habituelles concernant le « timing de turbinage et de déstockage des lacs » doivent rester soumises à l’évolution du marché et qu’une intervention de la Confédération serait inutile sur ce point.

FP
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