Russie: lourdes peines pour publication de "fake news"

Les autorités russes ont restreint l'accès aux sites de quatre médias indépendants, dont l'édition locale de la BBC, renforçant encore leur contrôle sur l'information une semaine après le début de l'invasion de l'Ukraine. ©KEYSTONE/AP/SERGEI CHUZAVKOV
Ukraine
Keystone-ATS
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Les députés russes ont adopté vendredi un texte qui prévoit de lourdes peines de prison et des amendes pour toute personne publiant des "informations mensongères" sur l'armée. Cela en pleine invasion de l'Ukraine par les forces de Moscou.

Cet amendement, adopté en troisième lecture par la Douma, prévoit diverses peines de prison pouvant aller jusqu'à 15 ans si des "informations mensongères" entraînent des "conséquences sérieuses" pour les forces armées.

Un amendement séparé, lui aussi adopté vendredi, prévoit par ailleurs des sanctions pour les "appels à imposer des sanctions à la Russie", pays confronté à de dures mesures de rétorsion occidentales pour son invasion de l'Ukraine.

Ces textes, qui s'appliquent à la fois aux médias et aux particuliers, doivent être approuvés par la chambre haute dès vendredi, permettent aux autorités de renforcer leur arsenal dans la guerre de l'information qu'elles mènent en parallèle de la guerre en Ukraine. Le président de la commission pour la politique d'information de la Douma, Alexandre Khinchtein, a indiqué que la "loi concerne tous les citoyens, et pas seulement ceux de Russie", selon l'agence Interfax.

Accès à 4 médias restreint

Les autorités russes ont auparavant restreint l'accès aux sites de quatre médias indépendants, dont l'édition locale de la BBC, renforçant encore leur contrôle sur l'information une semaine après le début de l'invasion de l'Ukraine.

Selon le régulateur russe des médias (Roskomnadzor), l'accès aux sites des éditions russophones de la BBC et de la radio-télévision internationale allemande Deutsche Welle (DW), du site indépendant Meduza et de Radio Svoboda, antenne russe de RFE/RL, a été "limité".

Roskomnadzor indique que ces décisions ont été prises à la demande du parquet le 24 février, soit le jour du déclenchement de l'invasion de l'Ukraine par Vladimir Poutine.

Vendredi matin, les pages d'accueil de la BBC et de Deutsche Welle s'ouvraient par intermittence, mais certains articles consacrés à la guerre en Ukraine étaient inaccessibles, ont constaté des journalistes de l'AFP à Moscou.

Les pages d'accueil de Meduza et de Svoboda étaient complètement inaccessibles.

Facebook ralenti

Dans la nuit de jeudi à vendredi, GlobalCheck, service de veille contre la censure sur internet, avait déjà constaté des problèmes pour accéder à ces sites, ainsi qu'au réseau social Facebook, qui tourne au ralenti depuis plusieurs jours en Russie.

Deutsche Welle, RFE-RL et le service russophone de la BBC sont financés respectivement par Berlin, Washington et Londres. En Russie, leurs journalistes publient régulièrement des enquêtes critiques du Kremlin.

Le mois dernier, Deutsche Welle avait été interdit en Russie et ses reporters contraints d'arrêter de travailler. Mais son site continuait de fonctionner.

Ni "guerre" ni "invasion"

La Russie est régulièrement décrite par les ONG comme l'un des pays les plus restrictifs au monde en matière de liberté de la presse, mais la situation s'est aggravée depuis le début de l'invasion de l'Ukraine par Moscou.

Les autorités russes ont notamment interdit aux médias d'utiliser des informations autres que les déclarations officielles sur ce sujet, et banni l'utilisation de mots comme "guerre" et "invasion".

Jeudi, après le blocage de leurs sites par les autorités, l'emblématique station de radio Ekho Moskvy (Echo de Moscou) a annoncé son auto-dissolution et la chaîne de télévision indépendante Dojd a dit suspendre son activité jusqu'à nouvel ordre.

Le site d'information Znak a suivi cet exemple et lui aussi annoncé vendredi l'arrêt de son travail "à cause du grand nombre de restrictions qui sont récemment apparues dans le fonctionnement des médias en Russie". Le site The Village, une référence sur l'agenda culturel à Moscou, a de son côté pris la décision de fermer son bureau dans la capitale russe pour se délocaliser à Varsovie, en Pologne.

ATS
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