Remo Giovannini: une muraille qui a mis du temps à se construire

Remo Giovannini ©Rhône FM
Hockey
Christophe Moreillon
Journaliste sportif

Le HC Sierre accueille Zoug Academy ce mardi soir à Graben. Avant cette partie, nous sommes allés à la rencontre de l’un des éléments clés du club «rouge et jaune» ces dernières années: son gardien Remo Giovannini.

Depuis 2018, il est l’un des meilleurs portiers du championnat de Swiss League. Plus souvent qu’à son tour, il se transforme en mur plus infranchissable pour les essais adverses que ne le sont ceux de Graben pour les courants d’air. Lui, c’est Remo Giovannini, 30 ans et une carrière déjà remplie de plusieurs bas et de nombreux hauts.

Le visage de la promotion

L’un de ces hauts, peut-être le principal, il l’a vécu le 30 mars 2019. Une date à laquelle son nom restera intimement lié pour l’éternité. Ce jour-là, héroïque durant la séance de tirs au but de l’acte décisif d’une finale de playoffs mémorable face à Martigny, il permet à son club de retrouver la Swiss League. «On me parle souvent de cette image de moi, immobile et fixant la caméra», sourit celui qui, hasard ou non, porte le numéro 30 sur le dos. «Honnêtement, je ne savais même pas que c’était le dernier penalty. J’avais d’autres choses à faire que de compter les tireurs. Tout mon focus était sur les arrêts que je devais réaliser. Mais cette date du 30 mars, elle est gravée dans mon cœur. L’équipe était exceptionnelle, le public complètement fou et la semaine qui a suivi, personne ne peut l’oublier…»

«Ma maman m’a toujours dit que j’étais capable de faire de grandes choses. Ce jour-là, j’ai prouvé à tout le monde qu’elle avait raison»Remo Giovannini

Le dernier rempart sierrois ne le cache pas: pour lui, il y a eu un «avant» et un «après» ce succès face au rival historique. «Après la fin de mon passage à la Chaux-de-Fonds (ndlr: au printemps 2017), peu de monde croyait encore moi. Heureusement, certaines personnes, dont Dany Gelinas m’ont soutenu. Et surtout, j’ai pu compter sur ma maman. Elle n’est malheureusement plus là aujourd’hui mais elle m’a toujours dit que j’étais capable de faire de grandes choses. Ce jour-là, j’ai prouvé à tout le monde qu’elle avait raison.»

Longtemps numéro 2

Depuis son arrivée dans le cité du Soleil, Remo Giovannini est indétrônable dans la cage. Un statut qui n’a de loin pas toujours été le sien puisque durant une bonne partie de sa carrière (ndlr : à l’exception de deux saisons à la Chaux-de-Fonds), c’est dans le costume de numéro 2 qu’il arpentait les patinoires helvétiques. Un rôle de doublure qui lui a tout de même permis de vivre un titre de champion de Suisse il y a dix ans, chez lui, à Davos. «Les émotions vécues à l’époque sont incomparables avec celles de la promotion avec Sierre. À Davos, c’était cool, j’étais jeune, j’ai pu soulever la Coupe mais je n’avais joué que 90 minutes de toute la saison. Vraiment, rien n’arrive au niveau de ce que l’on a vécu ici en 2019.» 

«J’ai mis du temps à comprendre ce que c’était d’être professionnel. Je croyais que mon talent seul suffirait et je n’étais pas un grand bosseur»Remo Giovannini

S’il n’a jamais eu sa chance en tant que titulaire dans son club formateur, Remo Giovannini dit ne pas en retirer de regrets particuliers. «Devant moi, j’avais Leonardo Genoni. Un gardien juste incroyable. C’est lui qui m’a montré ce que c’était d’être professionnel. Malheureusement, j’ai mis du temps à le comprendre. Même si je n’aime pas ce mot, j’ai longtemps cru que mon «talent» seul suffirait. Je n’étais pas un grand bosseur.»

Un déclic au Canada

Le déclic, le cerbère de Graben avoue l’avoir eu durant ses années chaux-de-fonnières. «À un moment, cela ne fonctionnait pas et j'ai rencontré le coach des gardiens Stéphane Ménard. Je suis allé deux semaines chez lui au Canada et à chaque entraînement, il mettait une poubelle sur la glace. Il me disait que tant que je ne vomissais pas, la séance continuait. J’ai alors compris que pour réussir une bonne carrière, il fallait travailler. Comme le fait un employé de bureau ou un mec sur un chantier.»

«Quand tu es jeune, que tu débarques dans un vestiaire et que ton coach est Del Curto, je vous assure que c’est impressionnant!»Remo Giovannini

Durant son parcours, le Grison a eu l’occasion de côtoyer d’autres personnalités marquantes telles qu’Arno Del Curto à Davos ou Chris McSorley à Genève. «Quand tu es jeune, que tu débarques dans un vestiaire et que ton coach est Del Curto, je vous assure que c’est impressionnant!», s’exclame-t-il. «D’autant plus quand tu tournes la tête et que tu es entouré par les frères von Arx, Joseph Marha ou Sandro Rizzi. Del Curto n’était pas le plus grand tacticien mais c’était un vrai magicien. Il savait tirer le meilleur de chacun de nous. Chris McSorley, c’est plus un businessman qui te mets la pression pour que tu bouges.»

Le plaisir retrouvé en France

Si sa carrière l’a emmené aux quatre coins du pays, elle lui a aussi permis de vivre un court exil à l’étranger. En 2017, il rejoignait ainsi pour quelques mois Bordeaux en Ligue Magnus. «J’y ai retrouvé le plaisir de jouer après avoir été mis de côté à la Chaux-de-Fonds. L’entraîneur était Philippe Bozon que je connaissais pour avoir évolué avec son fils. Il m’a dit de venir et qu’il m’accorderait sa confiance. C’était une aventure courte mais dont je ne retiens que du positif car elle m’a permis de me relancer.»

«Même à 30 ans, je suis comme un gamin devant le sapin de Noël quand je reçois mon équipement!»

Passionné de hockey depuis sa plus tendre enfance, le natif de Davos revient sur les origines de son passage dans les cages. «J’avais alors 10 ou 11 ans. J’étais joueur de champ mais l’équipement du gardien me fascinait. Un jour, alors qu’elle m’attachait les lacets, ma mère m’a dit que j’étais assez grand pour demander au coach de me mettre au but. Je n’ai pas osé donc c’est une autre maman qui l’a fait pour moi. Et le lendemain, je me retrouvais devant les filets.» Depuis lors, Remo Giovannini n’a plus jamais quitté ce rôle qu’il apprécie car «tu fais quelque chose de différent des autres tout en pratiquant un sport collectif. Et puis il y a cet équipement que tu peux changer chaque année… Même à 30 ans, je suis comme un gamin devant le sapin de Noël quand je le reçois!»

Celui qui se qualifie lui-même de timide reconnaît que le manque de courage qui l’avait habité à l’époque contraste avec celui qu’il faut avoir pour essuyer les tirs adverses durant 60 minutes. «C’est vrai. Mais lorsque je suis sur la glace, j’ai l’impression d’être protégé. Avec mon masque et toutes ces protections, personne ne voit ma personnalité. Je suis dans mon monde à moi et c’est ce qui me plait et me donne confiance.»

La National League toujours dans la tête

Lié au club «rouge et jaune» jusqu’en 2023, Remo Giovannini dit vouloir continuer à se montrer constant avec un club qui doit, selon lui, viser au minimum la qualification directe pour les playoffs. À 30 ans, retrouver un rôle en National League est-il toujours dans un coin de sa tête? «Évidemment. Je crois d’ailleurs que si ce n’était pas le cas, je risquerais de stagner», répond-il. «Guillaume Asselin (ndlr : son ancien coéquipier parti à Ajoie) l’a très bien dit l’an dernier: si tu ne vises pas le plus haut niveau, tu peux tout de suite arrêter le hockey. Si tu n’as aucun rêve, ta vie devient ordinaire et c’est ennuyeux. Parfois, il faut être fou dans sa tête. Moi en tout cas, j’ai besoin de rêver.»

«Maman a toujours été là pour moi. Je me dois aujourd’hui de la rendre fière peu importe où elle est»Remo Giovannini

Rêver et atteindre ses objectifs mêmes les plus fous est certainement le meilleur hommage que Remo Giovannini puisse rendre à celle qui a le plus compté dans sa vie et sa carrière. «Mon père est décédé avant ma naissance. C’est donc maman qui m’a élevé, toute seule. Avant de s’en aller, elle a combattu le cancer durant quatre ans. Elle a été une vraie guerrière et elle m’a transmis cet esprit. Elle a toujours été là pour moi donc je me dois maintenant de le lui rendre, de faire en sorte qu’elle soit fière peu importe où elle est.»

CM
Thèmes liés à l'article
HockeyHC SierreRemo Giovannini
Catégories
Dossier HC Sierre