Régulation du cerf en Valais : le loup pourrait-il à terme remplacer le chasseur ?

Cerf, image d'illustration ©Rhône FM
Chasse
Thomas Schurch
Journaliste RP

Les chasseurs valaisans n'ont pas tiré assez de cerfs cette année. Conséquence : une chasse complémentaire est ouverte. D'ici à début décembre, plus de 140 bêtes seront prélevées. Mais au fait, le loup pourrait-il aider le chasseur, voire le remplacer ? Mauvaise idée, répond le canton.

Avec un total de 1325 prélèvements, les chasseurs valaisans n'ont pas tiré assez de cerfs en cette année 2021 lors de la chasse haute. Conséquence : le canton ordonne une chasse complémentaire, c’est-à-dire une chasse spéciale. 141 bêtes devront être abattues d'ici début décembre : 115 dans le Haut-Valais et 26 dans le district franc d'Entremont.

Pourquoi spécifiquement les cerfs ?

Le Service de la Chasse explique cette mesure par le fait que le maintien d'une population stricte de cerfs est essentielle dans notre canton. Le biologiste Yvon Crettenand expose les enjeux. "La régulation est extrêmement importante. Prenez le parc national suisse : durant de nombreuses années il n'y a pas eu de tirs de cerfs, ou très peu, et en périphérie uniquement. Les cerfs ont proliféré à un point tel que leur masse corporelle avait diminué. Il y a eu d'un côté beaucoup de mortalité et de l'autre beaucoup de dégâts".

"Si vous avez cent cerfs qui broutent dans le pré, forcément le rendement sera beaucoup plus bas" Yvon Crettenand, Service de la chasse

Yvon Crettenand explique que, selon le Service de la chasse, "il est important de trouver le bon équilibre. L'état de la forêt n'est pas le seul enjeu. Imaginez un agriculteur de moyenne montagne qui entretient ses prés. Si vous avez cent cerfs qui broutent dans le pré, forcément le rendement sera beaucoup plus bas".

"Dans certains endroits, le cerf a pris la place des chamois"Yvon Crettenand, Service de la chasse

Le cerf peut endommager la forêt, perturber l'agriculture... Et déranger les autres animaux sauvages. "Dans certains endroits, le cerf a pris la place des chamois. Il est monté toujours plus haut depuis 30 ans. Dans certaines régions, il se situe au-dessus de la forêt. La raison est qu'il y a de plus en plus  de dérangement humain, cela l'oblige à ce concentrer dans certaines zones."

Ce n'est pas si facile de chasser le cerf !

La population de cerfs doit être strictement encadrée, nous dit Yvon Crettenand. Dans un communiqué publié le 18 octobre dernier, le canton du Valais expliquait que le bilan de la chasse haute était conforme aux prévisions en ce qui concerne chamois, chevreuils et sangliers. Seul le cerf posait problème. Comment l'expliquer ? Eh bien contrairement à ce qu'on pourrait penser, "le cerf est un animal difficile à chasser", confirme Yvon Crettenand. "Passé l'effet de surprise des trois premiers jours où l'on tire près de 70% de la planification, l'animal devient très craintif. Il est capable de laisser passer les chasseurs à côté de lui sans bouger."

"Ces chasses complémentaires s'adressent donc avant tout aux femelles" Yvon Crettenand, Service de la chasse

Un cerf difficile à tirer, alors forcément : "D'année en année, nous constatons des "mancos" d'effectifs", poursuit le biologiste. "Les tirs doivent être réalisés sur des femelles, elles sont responsables de l'accroissement de la population. Ces chasses complémentaires s'adressent donc avant tout aux femelles, aux jeunes, et à quelques mâles que l'on appelle des daguets chétifs."

Pourquoi le loup ne remplacerait-il pas le chasseur ?

Reste une question : alors que la présence du loup se multiplie… Alors que le loup chasse le cerf en priorité (Cf. notre article intitulé "Le cerf, la proie préférée du loup valaisan" publié en avril 2020)... Pourquoi ne pas laisser ce prédateur réguler par lui-même la population de cervidés ? Serait-il meilleur que l'être humain ?

"Le loup pour réguler le cerf ? C'est un raisonnement un peu simpliste" Yvon Crettenand, Service de la chasse

La réponse d'Yvon Crettenand ne se fait pas attendre. "C'est un raisonnement un peu simpliste" commence-t-il. "Si le loup était un outil de gestion forestière et d'équilibrage, cela se saurait et se pratiquerait depuis longtemps." Et d'insister : "A l'inverse, des exemples contraires ont été démontrés. Dans le canton des Grisons, les cerfs ont déserté les régions chassées par les loups. Ils se sont concentrés dans d'autres zones en augmentant les dégâts. Ce n'est pas aussi simple qu'on veut bien le dire."

"Là où le loup est présent, les animaux deviennent beaucoup plus craintifs" Yvon Crettenand, Service de la chasse

Une autre problématique, nouvelle, est apparue en Valais : "Là où le loup est présent, les animaux deviennent beaucoup plus craintifs. La chasse est plus difficile. Les chamois par exemple trouvent refuge dans des falaises, des zones difficiles d'accès. Dans la planification générale, nous devons désormais tenir compte de la présence de grands prédateurs dans les régions".

TS
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