Procès de l'ex-patron de Raiffeisen: indélicatesses dénoncées

En finançant ses dépenses de cabarets et de clubs de strip-tease à travers des notes de frais, Pierin Vincenz (photo) aurait cédé à ses penchants, selon le procureur. L'accusation a aussi dénoncé le financement de voyages privés par la banque Raif... ©KEYSTONE/MICHAEL BUHOLZER
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Le procureur s'en est pris aux notes de frais de l'ex-patron de Raiffeisen Pierin Vincenz, au deuxième jour de son procès à Zurich. Il a évoqué un "Tour de Suisse des quartiers chauds" et des vacances en famille. Les co-accusés contestent, eux, tout acte illégal.

Mardi, Pierin Vincenz avait déclaré que les visites dans des cabarets et des clubs de strip-tease, déclarées comme dîners au restaurant, avaient permis de soigner des relations d'affaires. Mercredi, Beat Stocker, son alter ego au sein de la firme de cartes de crédit Aduno a confirmé cette version. Il a contesté avoir financé des dépenses purement privées à travers des notes de frais.

Dans son réquisitoire, le procureur a balayé ces explications. Pierin Vincenz a fréquenté régulièrement de tels établissements dans toute la Suisse durant des années, tout en les finançant à travers des notes de frais, a dénoncé le représentant du Ministère public. Ce dernier part donc du principe que l'ex-patron de Raiffeisen a cédé à ses penchants pour satisfaire "ses besoins", "son bien-être" et "se détendre".

Note compromettante dans un agenda

Quant aux justifications commerciales de plusieurs de ses voyages en famille, elles apparaissent "bien bizarres" aux oreilles du procureur. Et de souligner que Pierin Vincenz avait ajouté la note "vacances, ne pas fixer de rendez-vous" dans son agenda, sous la date d'un de ses voyages à Londres. Le fait qu'il en ait fait payer la facture par la banque Raiffeisen est "éhonté et inacceptable".

Durant plusieurs années, Pierin Vincenz a agi de la sorte, a déploré le procureur face aux juges du Tribunal de district de Zurich. Le Ministère public a découvert des notes de frais de 220'000 francs dans des clubs de strip-tease, de 250'000 francs pour des voyages privés et de 140'000 francs pour des conseils juridiques privés d'avocats.

Beat Stocker: intérêts privés pas privilégiés

Avant ce réquisitoire, qui doit se poursuivre jeudi, les co-accusés de Pierin Vincenz ont été interrogés par la Cour. Parmi eux, Beat Stocker a affirmé avoir agi de manière entrepreneuriale et non pas par intérêt financier privé, en investissant dans des firmes avant qu'elles ne soient rachetées par les sociétés qu'il dirigeait.

Le Ministère public zurichois lui reproche notamment d'avoir, avec Pierin Vincenz, fait en sorte que la firme de cartes de crédit Aduno, qu'ils administraient tous deux, rachète l'opérateur de machines à cartes bancaires Commtrain. Or Beat Stocker et l'ancien patron de Raiffeisen détenaient des participations dans Commtrain, qu'ils n'avaient pas révélées avant le rachat. Ils se seraient ainsi enrichis illégalement à travers cette transaction.

Beat Stocker a admis ne pas avoir communiqué ces parts au conseil d'administration d'Aduno, dont il faisait partie. "J'aurais moins d'ennuis, si je l'en avais informé", a-t-il dit aux juges. Selon lui toutefois, le rachat de Commtrain par Aduno aurait eu lieu même s'il avait informé ses pairs sur ses participations. Ces dernières n'auraient eu aucun impact sur la stratégie commerciale et sur le prix de rachat.

Pierin Vincenz et Beat Stocker sont les deux principaux prévenus du procès. Ils sont accusés d'escroquerie par métier, de gestion déloyale, de faux dans les titres et de corruption passive. Le Ministère public requiert six ans de prison contre le duo.

"Rien d'extraordinaire", selon un accusé

Trois autres accusés ont été entendus mercredi matin. Ils ont clamé leur innocence. L'un d'entre eux a déclaré que l'acte d'accusation le rendait "perplexe". S'exprimant sur une commission de 2 millions de francs que Pierin Vincenz aurait pu toucher en cas de rachat d'un stade de football par la banque Raiffeisen, il n'y voit "rien d'extraordinaire" ni aucun acte de corruption. Dans ce cas, le rachat a finalement été abandonné.

Un sixième accusé n'a pas pu se déplacer pour cette semaine d'audiences en raison d'une infection au Covid-19. Il doit être interrogé le 9 février. Enfin, un autre prévenu est dispensé du procès en raison d'une maladie neurologique.

ATS
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