Première pour le Tour de Romandie au féminin: «C’est historique»

Richard Chassot ©Keystone-ATS
Cyclisme
Christophe Moreillon
Journaliste sportif RP

75 ans après sa création, le Tour de Romandie se diversifie. Pour la première fois de son histoire, il proposera une épreuve féminine entre le 7 et le 9 octobre. Parmi les trois étapes au programme, un classique en devenir: Sion-Thyon 2000.

Richard Chassot n’était pas peu fier ce mercredi matin dans les locaux de la loterie romande à Lausanne. C’est là, au siège de l’un des fidèles sponsors du Tour de Romandie, que le patron de l’épreuve a présenté son nouveau bébé: une boucle féminine qui sera officiellement lancée le vendredi 7 octobre dans la capitale olympique. «C’est un moment historique», ne cachait-il pas. «Je suis là au début de l’aventure, ce qui n’était évidemment pas le cas lors de la création du Tour il y a 75 ans. Je suis content d’être face à vous pour vous présenter ce nouveau rendez-vous mais je le serai encore d’autant plus une fois qu’il sera réalisé.»

«Il y a dix ans, obtenir cinq minutes de TV et 5'000 francs de sponsoring pour une course féminine était très compliqué.» Richard Chassot

De 1947 à 2022, il aura donc fallu 75 ans pour que ce rendez-vous incontournable de la petite reine s’ouvre aux féminines. «On dira que les hommes sont assez conservateurs», se marre Richard Chassot. «À l’image de ces sports qui vivent du sponsoring, gérés essentiellement par des messieurs pour des messieurs. Heureusement, les choses changent aujourd’hui. Il y a dix ans, je me rappelle avoir organisé un contre-la-montre pour les dames. Obtenir cinq minutes de TV et 5'000 francs de sponsoring était alors très compliqué.»

Plus de quinze mois de travail

Preuve que les épreuves féminines deviennent tendance: le Tour de Suisse a été lancé pour les dames l’an dernier. Le Tour de France, lui, a été remis au goût du jour après trente ans d’absence cet été. «De notre côté, je pense que le travail a commencé il y a quinze ou seize mois», affirme le boss de la boucle romande. «Plusieurs étapes ont dû être franchies avant de soumettre le projet à l’UCI (ndlr: l’Union Cycliste Internationale). Ensuite, il a fallu bosser d’arrache-pied pour définir les parcours et avoir le soutien des sponsors et des cantons.»

«Actuellement, je travaille déjà sur les tracés 2024 à 2026 des hommes et 2023 à 2025 des dames. On n’arrête jamais.» Richard Chassot

Un job de grande ampleur réalisé tout en étant en pleine préparation de l’épreuve masculine. «Rendez-vous compte qu’actuellement, je travaille déjà sur les tracés 2024 à 2026 des hommes et 2023 à 2025 des dames. On n’arrête jamais.» L’investissement des organisateurs est d’autant plus important que cette épreuve féminine dispose du label World Tour – l’élite mondiale – dès sa première édition. Un élément loin d’être anodin. «Ce n’est même pas réglementaire», reconnaît Richard Chassot. «Il faut en principe plusieurs années pour y arriver. Heureusement, on a eu la chance de pouvoir compter sur la bonne estime de l’UCI pour notre pays et notre région. Le fait qu’elle ait son siège à Aigle a forcément joué un rôle. Mais attention, appartenir au World Tour, c’est aussi devoir répondre à de nombreuses exigences.»

Le Valais comme juge de paix?

Ce Tour de Romandie féminin se disputera donc sur trois jours. La première étape proposera une boucle autour de Lausanne, la troisième et dernière un parcours entre Fribourg et Genève. Mais c’est bien en Valais que le classement pourrait se jouer. Le samedi 8 octobre, le peloton s’élancera sur un peu plus de 100 kilomètres entre Sion et Thyon 2000. «Il ne peut pas y avoir de surprise au sommet, la plus forte remportera cette étape de montagne. La courte montée sur Chamoson pourrait déjà permettre de faire une petite sélection avant la dernière ascension de 25 kilomètres.» Richard Chassot estime tout de même que malgré les écarts du samedi, la course pourrait encore être ouverte le dimanche. «C’est ce qui fait la différence entre les hommes et les femmes. Chez les dames, il n’y a que six coureuses par équipe. Il suffit que l’une ou l’autre connaisse un problème pour que ça devienne plus compliqué de défendre son maillot de leader. Surtout que l’étape Fribourg-Genève est longue (ndlr: 147 kilomètres). Si le vent ou la pluie s’y invitent, tout peut exploser.»

«La Ville de Sion en elle-même est un classique.» Richard Chassot

Mais revenons-en au rendez-vous valaisan. Cette étape entre Sion et Thyon 2000. Un parcours emprunté par le peloton masculin en 2021 et qui le sera à nouveau l’an prochain. De quoi devenir un véritable classique du Tour de Romandie. «Complètement», souffle Richard Chassot. «La Ville de Sion en elle-même est un classique. Les différents protagonistes qu’on y retrouve sont fans de notre événement. Ils aiment nous accueillir. Ils connaissent l’importance de mettre en valeur le patrimoine de leur région. Nous, on cherchait un site, une montée qui revient systématiquement et sur laquelle les cyclosportifs peuvent se comparer aux meilleurs. Une arrivée à 2'000 mètres, c’est assez rare dans le monde du cyclisme. Tout est donc réuni pour créer une belle histoire.»

Et si la neige s’invitait (à nouveau) à Thyon?

Reste que qui dit altitude élevée dit aussi risque de conditions météorologiques capricieuses. Impossible en ce sens d’oublier l’arrivée de 2021 à Thyon 2000. Sous les flocons de neige du premier jour de mai, le leader du classement général Geraint Thomas avait chuté à quelques dizaines de mètres de l’arrivée, laissant la victoire et les commandes du Tour au Canadien Michael Woods. «Je ne crains pas de revivre un même scénario en ce mois d’octobre», souffle Richard Chassot lorsqu’on lui dit que l’or blanc a commencé à tomber sur les sommets le week-end dernier. «On sort de l’été donc à mon avis, les risques sont moins grands qu’en avril ou mai avec les hommes. Après, avec le climat, tout peut arriver. De la neige comme une journée à 20 degrés…»

«Je ne peux malheureusement pas aller chercher les gens dans les maisons. On compte donc sur eux pour sortir nous voir.» Richard Chassot

Des partenaires qui ont suivi dans cette nouvelle aventure, des villes hôtes qui n’ont pas non plus hésité à s’engager, un plateau de coureuses et d’équipes très relevé: tout semble réuni pour que la fête soit belle lors de ce Tour de Romandie féminin. Reste qu’à l’instar de toutes les courses cyclistes, son succès global se mesurera aussi à son succès populaire. «C’est le plus grand défi qu’il nous reste à relever», sourit Richard Chassot. «À nous de faire connaître la course, de faire en sorte que les gens viennent admirer les performances des coureuses. Il y a quand même une certaine tradition en Suisse romande. On l’a bien vu avec notre 75ème édition qui a été un succès monumental. Aujourd’hui, je vous assure qu’on met la même énergie pour cette épreuve féminine. Mais je ne peux malheureusement pas aller chercher les gens dans les maisons. On compte donc sur eux pour sortir nous voir.»

La première édition du Tour de Romandie féminin, c’est donc du 7 au 9 octobre prochains. L’épreuve reine entre Sion et Thyon 2000 aura lieu le samedi 8.

Retrouvez l’entretien intégral avec Richard Chassot ce dimanche entre 18h15 et 19h00 dans notre émission Zone Mixte.

Le tiers du budget de l’épreuve masculine
Organiser une boucle féminine cinq mois à peine après la fin de l’épreuve masculine est un vrai défi organisationnel. C’est aussi un pari financier pris par la Fondation du Tour de Romandie. Écoutez son président Grégory Devaud qui commence par nous expliquer ce que représente pour lui la présentation de ce nouvel événement.
Grégory Devaud: «On va à l’envers du bon sens. On s’impose des règles contraignantes.»
CM
Thèmes liés à l'article
CyclismeTour de RomandieRichard Chassot
Catégories
Les articles les plus lus