Pour lutter contre la précarité dans la paysannerie de montagne, Caritas met les bouchées doubles

Sur les hauts d'Icogne, même les chèvres sont ravies des coups de pouce de bénévoles ©caritas-montagnards
Agriculture
Christian Hermann
Rédacteur en chef adjoint

Ils sont nombreux à le dire : les bras bénévoles pour élever du bétail ou cultiver des champs en montagne sauvent régulièrement la mise de petits exploitants. Parce que la précarité menace depuis des décennies ce secteur économique, Caritas-Montagnards en a fait l’un de ses chevaux de bataille.

Cette année encore, comme depuis 40 ans, l’organisme relance un appel à bénévoles pour leur prêter mains fortes. L’opération marche généralement plutôt fort : l’an passé, ils ont été 1200 à s’engager, au minimum à la semaine, souvent pour plus.
Avec sa topographie, le Valais compte un peu plus de 1700 exploitations dont les trois quarts sont qualifiées de "montagne", une proportion trois fois supérieure à celle de la Suisse. Et pour une partie d’entre elles, c’est la croix et la bannière, constate Jessica Pillet, chargée de projets chez Caritas-Montagnards (interview ci-dessous).

Une soutien pratique, facile d'accès et efficace pour lutter contre la pauvreté, explique Jessica Pillet

"Ce qui frappe le plus, ce sont sans doute les liens sociaux importants qui peuvent se créer entre les gens », dit-elle. Ce constat, Pascal Perrin le pose pratiquement à chaque rencontre (interview ci-dessous).

C'est avéré : pour Pascal Perrin, ces bénévoles sont des appuis bienvenus

Sur les hauteurs de Val d’Illiez, entre Champoussin et les Crosets, l’éleveur assume, en principe seul, son troupeau de quelque 63 têtes dont les deux tiers sont des laitières. Rien qu’en 2020, il a accueilli 39 bénévoles. Une aubaine et un partage gagnant-gagnant lors desquels les relations sont très riches.
Pascal Perrin garde d’ailleurs de précieux contacts avec bon nombre d’entre eux dont certains qui sont devenus de vrais amis. Sans eux, il le dit, à peine ironique, il devrait passer à des journées de 22 heures sur 24.

Des coups de pouce variés et bienvenus pour de nombreuses familles

La formule proposée est accessible pour tous les volontaires de 18 à 70 ans, en forme et disposé à contribuer à tous les types de travaux d’une exploitation, parfois aussi à prêter main forte au ménage, à la cuisine ou avec les enfants.
En fonction de la situation et de ses disponibilités, le bénévole est libre d’accepter l’engagement proposé. Il n'y a pas d’obligation d'engagement.
Sur les hauts d’Icogne, Lisa Demortain et Lionel Kamerzin se sont spécialisés dans l’élevage caprin, avec une soixantaine de têtes. Ils élèvent aussi une centaine de poules et travaillent également sur les cultures de plantes médicinales. Les bénévoles, ils connaissent et ils apprécient, explique Lisa Demortain (interview ci-dessous), d’autant plus que le couple attend un heureux événement.

Une histoire d'amitiés qui a démarré dès les premières grosses difficultés explique Lisa Demortain

Sans bénévoles, pas sûr que la petite famille s’en sortirait : "on aurait été obligés d’abandonner des domaines d’activités… On n’aurait sans doute pas fait un enfant cette année…". C’est donc peu dire que Lisa Demortain est reconnaissante, d’autant plus, dit-elle, "qu’ils prennent sur leur temps libre pour venir aider, sans rien avoir de matériel en retour".
 

L’Union suisse des paysans a calculé le revenu de l’agriculture suisse à 44'600.- par salarié en 2017. Dans l’agriculture de montagne, il est inférieur de 20 pourcents (Frs 36'386.-, à peine plus de 3'000 francs par mois sur 12 mois) , soit moins de la moitié des revenus d’activités comparables non agricoles. Caritas-Montagnards a noué les contacts pour 1200 bénévoles engagés l’an passé auprès de familles paysannes dans nos montagnes. Plus que jamais, elle cherche des bras volontaires, via son site montagnards.ch.
CH