Portrait du mois: Emily Vaudan, l'ultra-active

Comme chaque quatre semaines, on fait plus ample connaissance avec une personnalité du sport valaisan dans notre «Portrait du mois». Aujourd’hui, rencontre avec la polyvalente et hyperactive Emily Vaudan.

Emily Vaudan nous accueille dans son chalet familial à Bruson. Tout sauf un détail. «J’habite au Châble, mais c’est important de dire que je suis de Bruson!» Une  fierté pour ses origines que l’athlète de 38 ans étend sans peine à l’ensemble du val de Bagnes. «Tout ce qui compte le plus pour moi est ici. Et puis, c’est juste un coin de paradis! Quand on habite le val de Bagnes, c’est tellement facile d’enfiler ses baskets, de sauter sur son vélo ou de mettre les lattes pour partir faire un tour.»

Repousser les limites et atteindre la «ligne du bonheur»

D’ailleurs, ne lui demander pas de choisir. Ski alpinisme, cyclisme, trail, Emily Vaudan est une touche-à-tout. L’important pour cette associée dans une fiduciaire du Châble est de se dépenser. Beaucoup. Et longtemps. Pour continuellement repousser ses limites. «On peut toujours aller plus loin. Au départ d’une course, on ne sait pas si on va atteindre la ligne d’arrivée, la «ligne du bonheur». C’est le premier objectif. Souvent, le chrono est secondaire. Et c’est ça que j’adore! Après, bien sûr qu’on peut avoir des ambitions. Mais même si rien ne fonctionne comme on le souhaiterait le jour J, on est satisfait de finir.»

«Quand mon corps me supplie d’arrêter? Je ne l’écoute pas (rires). A un moment donné, c’est vraiment la tête qui prend le dessus sur les jambes.» Emily Vaudan

Un objectif déjà ambitieux quand on s’attaque, comme elle, aux compétitions les plus longues de chaque discipline. Et avec succès. Son palmarès – non-exhaustif – en atteste. En ski alpinisme, Emily Vaudan remporte la Patrouille des Glaciers (57,5 km, 4386m D+)  en 2018. En cyclisme, elle termine deux fois 2e du parcours Granfondo du Tour des Stations (133 km, 4700m D+), en 2019 et 2020. En trail, elle prend la 3e place de la SwissPeaks 360 (315km, 22500m D+) l’an passé, avant de remporter le trail Verbier-St-Bernard (111km, 8400m D+) le mois dernier.

Des efforts impressionnants qui demandent une force de caractère supérieure à la moyenne. «Quand mon corps me supplie d’arrêter? Je ne l’écoute pas (rires). Au bout d’un certain nombre d’heures, c’est vraiment la tête qui prend le dessus sur les jambes, il n’y a pas d’autre moyen.» Et la Bagnarde de se souvenir: «Lors de la SwissPeaks, l’an dernier, sur la dernière descente, je n’arrivais plus à marcher. J’avais mal aux deux genoux, une tendinite à chaque tendon d’achille…. Mais au moment où je passe la ligne d’arrivée, j’entends l’hymne du SwissPeaks. J’ai alors pris le speaker et on a commencé à danser. Et là, j’avais mal à nulle part!»  

Victoire à la maison pour l’anni du papa

Les douleurs ont également disparu le mois passé à Verbier. Emily Vaudan est alors la première femme à franchir la ligne lors du trail Verbier St-Bernard, après 111 km d’efforts. Au moment de se remémorer cette victoire dans «son» paradis, l’émotion l’envahit. La gorge se serre, la voix devient tremblante et les yeux se remplissent de larmes. «C’était…grandiose (silence) C’est un moment que j’attendais depuis tellement longtemps. Avec toute ma famille et mes amis à l’arrivée, c’était incroyable. Là, je vous assure qu’il y avait plus de douleurs. D’autant que c’était l’anniversaire de mon papa. On a pu faire sauter le champagne.»

«J’ai hésité à enchainer l’UTMB et la SwissPeaks 360.» Emily Vaudan

Sans compter que la polyvalente sportive bat à cette occasion le record du parcours. «La cerise sur le gâteau», dit-elle. Un résultat qui a également eu un impact sur ses plans de fin de saison. «Je pensais m’aligner une nouvelle fois sur la SwissPeaks 360. Mais finalement, je vais faire l’ultra trail du Mont-Blanc (UTMB). Comme c’est aux mêmes dates, j’ai dû faire un choix. Non sans avoir hésité à enchainer les deux puisque l’UTMB se termine le samedi soir et que la traversée du Valais part le lendemain.»

On se permet de l’interrompre. A-t-elle réellement pensé courir les 170 km de l’UTMB avant de s’élancer sur les 360kkm de la SwissPeaks, et cela en moins d’une semaine ? «Oui, j’y ai pensé. Mais pas trop longtemps non plus (rires). Donc oui, je vais partir sur l'UTMB, sans ambition personnelle si ce n'est de vivre cette course à fond. Pour moi, elle représente les championnats du monde d'ultratrail.»

Plus que le trail

Pour la suite, la Bagnarde a décidé d’abandonner le ski alpinisme et le cyclisme en compétition, pour tout miser sur le trail. «C’est un sport que je peux pratiquer seule. Et j’aime ces moments où je suis seule dans la nature, ça me permet de me ressourcer. Et je suis l’unique responsable si ça ne va pas comme je le souhaite.» Emily Vaudan, une fille solitaire? «Plutôt, oui. Pour ne pas dire sauvage, comme diraient mes copains!»  Mais vendredi, pour le départ de l’UTMB, la traileuse sera tout sauf seule, puisque 2300 coureurs sont annoncés au départ.

«Tout a commencé sur un pari, en 2015»

Pour évoquer les débuts en compétition d'Emily Vaudan, il faut remonter à 2015. Après s'être formée et avoir obtenu un brevet fédéral de comptable, la polyvalente Bagnarde a participé à sa première course.
JG
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