Portrait du mois : Elias Borrajo, précurseur du parkour en Valais

Yohann Roduit
Journaliste sportif stagiaire

Âgé de 25 ans, Elias Borrajo pratique le parkour depuis son plus jeune âge. Après neuf ans d’expériences, le Valaisan devient coach en 2017. Quelques mois plus tard seulement, il ouvre l’association « parkour valais », association dont il est le président.

À 25 ans, le Valaisan Elias Borrajo est l’actuel président de l’association « parkour valais ». Une association qu'il a ouverte en 2017, seulement six mois après être devenu coach. Mais avant tout ça, il y a surtout un moment : celui où tout a commencé. « J’étais avec un ami, on se baladait dans un village, et on a repensé aux vidéos où on voyait des gens sauter de toit en toit et faire des roulades dans la rue », se souvient-il. « On s’est dit qu’on devait essayer de faire la même chose, mais plus tranquillement. Et depuis ce jour-là, c’est resté et je n’ai plus jamais arrêté ! »

Le parkour, qu’est-ce que c’est ?

Inventé dans les années nonante par David Belle, le parkour est un sport acrobatique qui a connu ses premières heures de gloire grâce au film Yamakasi sorti en 2001. Aujourd’hui, les gens peinent encore à définir cette discipline : « On m’a donné plusieurs définitions, comme sauter de cailloux en cailloux, d’un mur à un autre ou encore faire comme les Yamakasi », sourit Elias Borrajo. « Finalement, c’est un peu un mélange de tout ça. Pour moi, c’est sortir dehors et jouer avec son environnement. C’est courir, sauter, grimper. Tout le monde a sa manière de faire mais au bout du compte, tout se rassemble. »

« Je peux aller où je veux, comme je veux, et si je n’arrive pas, à moi de trouver une solution. »Elias Borrajo

Dès ses débuts, le traceur valaisan est tombé amoureux de cette discipline, notamment pour la liberté qu’elle lui offre. « J’aime le fait de pouvoir bouger dans mon environnement. Voir un banc, et ça n’est plus juste un banc pour m’asseoir, mais ça devient un obstacle que je peux utiliser et avec lequel je peux jouer », explique-t-il. « Tout devient une sorte de jeu. Je peux bouger dans tous les sens et ça, ça m‘a donné une liberté incroyable. Je peux aller où je veux, comme je veux, et si je n’arrive pas, à moi de trouver une solution. C’est une sorte de puzzle à résoudre. »

Le parkour, une communauté

Bien qu’il ait commencé cette pratique sportive seul durant ces six premiers mois, Elias Borrajo affirme que le parkour est bel et bien un sport rassembleur. « Avec le temps, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul à faire du parkour et que d’autres personnes partageaient cette même passion », déclare-t-il. « J’ai rencontré des gens qui m’ont permis d’apprendre. J’ai partagé avec eux et à la fin je me suis fait des amis qui pourtant ne venaient pas du tout du même milieu que moi. Finalement, c’est notre passion qui nous a uni. »

« Pourquoi je voudrais casser le mur. Si je le casse, je n’aurai plus de terrain de jeu. »Elias Borrajo

Une fois connu du grand public, cette pratique sportive a souvent été décriée. La cause : un sport urbain qui détériorerait l’espace public. Même si les étiquettes ont la peau dure, il semblerait que l’opinion publique a enfin évolué. « Les gens comprennent beaucoup mieux le parkour aujourd’hui. Grâce à internet, ils ont eu le temps d’en entendre parler et petit à petit, c'est mieux perçu », se réjouit-il. « Lorsqu’on est dans la rue, souvent, on nous applaudit. Parfois, les gens veulent juste nous regarder nous entraîner et d’autres viennent plutôt nous dire de faire attention. De voir que les gens le prennent d’un bon œil, ça fait plaisir à voir. » Même si le parkour ne souffre plus autant de son étiquette de mauvais élève, parfois les préjugés demeurent. « Une fois, je faisais du Parkour à Sierre. Un policier s’est approché de moi et m’a demandé de faire attention à ne pas casser le mur. Quand il m’a dit ça, j’étais perplexe. Je lui ai demandé pourquoi je voudrais casser le mur, car si je le casse, je n’aurai plus de terrain de jeu. Ce n’est pas ce dont j’ai envie. » Pour Elias Borrajo, c’est important d’insister sur ce point-là : « C’est un sport urbain c'est vrai, mais c’est avant tout un sport comme un autre. À aucun moment, notre objectif est de casser le matériel. »

Un premier virage en 2017

Durant ses années d’expérience dans cette discipline, Elias Borrajo a toujours aimé apprendre aux autres. « Après un an de pratique, je montrais déjà ce que je savais faire à mes amis. Ça me plaisait de leur apprendre ». C’est finalement neuf ans après ses débuts qu’il sautera le pas pour devenir coach. « En 2017, il y a eu une nouvelle génération de traceurs. Les premiers que j’ai vus, ils montaient sur des toits, des pylônes électriques et ils appelaient ça du parkour. Je voyais qu’ils découvraient la discipline à leur façon, mais ils avaient une approche dangereuse », explique-t-il. « Je me suis dit qu'ils devaient prendre des cours. Puis j’ai réfléchi… des cours, en Suisse, il y en a, mais en Valais, qui donne de cours ? Et là, je me suis dit …ah mince, c’est peut-être à moi de prendre cette responsabilité. Depuis ce jour, j’ai commencé à prendre ces jeunes sous mon aile et c’est de cette manière que je suis devenu coach. »

Un second virage 6 mois plus tard

Peu de temps après avoir endossé son rôle de coach, Elias Borrajo a décidé d’aller plus loin en ouvrant son association en 2017. L’opportunité d’assurer un meilleur suivi : « C’est l’occasion de leur enseigner cette discipline tout en limitant au maximum les risques liés à cette pratique sportive. » Cinq ans après sa création, son association s’est bien développée. « Elle a beaucoup évolué, aujourd’hui il y a les cours pour enfant et pour adulte », relate le traceur valaisan. « Pour le moment, on est encore limité en termes de coach. Notre temps n’est pas illimité, mais les jeunes prennent du plaisir et c’est le plus important. » Pour étoffer ses connaissances, le Valaisan de 25 ans a participé à la première formation Jeunesse et Sport de parkour. Une formation enrichissante : « Partager avec tous les autres coachs du reste de la Suisse, c’était super intéressant. J’ai pu partager mon approche de ce sport et voir la leur », affirme-t-il. « Revenir avec ce bagage, ça me donne confiance. Je me dis que l’association a encore un bel avenir devant elle. Dès que j’aurai terminé mes études, je veux continuer à développer mon association et ouvrir les portes au plus de monde possible. »

YR
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