Polémique : la Ville de Sion fait-elle la chasse aux automobilistes ?

Thomas Schurch
Journaliste RP

Création de zones 30km/h, places de parking extérieures supprimées, chantiers qui se multiplient sur la chaussée... La capitale valaisanne pousse-t-elle délibérément les voitures hors de la cité ? Entretien avec Philippe Varone, président de la Ville de Sion.

La Ville de Sion le martèle depuis plusieurs années : l'avenir est à la mobilité douce ! Piétons, vélos, bus... Une nouvelle forme de transports doit être développée dans la capitale valaisanne. La voiture est-elle toujours la bienvenue ? De nombreux automobilistes se posent la question. Un ras-le-bol qui remonte jusqu'aux oreilles du président.

Philippe Varone, allons droit au but. Voulez-vous bannir les voitures du centre-ville ?

La réponse est non, nous ne voulons pas pousser forcément la voiture hors des murs de la ville. Mais il est vrai que nous voulons apaiser la circulation. Notre objectif principal est de supprimer le "trafic de transit", qui est encore trop important.

Le trafic de transit ?

Le trafic de transit, c'est lorsque l'on traverse la ville en voiture, sans venir vivre "l'expérience de Sion" au coeur de la cité. Dans ce cas, d'autres voies sont à privilégier, je pense par exemple à l'autoroute avec le turbo-giratoire que l'on mis en place à l'est de la ville.

Et les gens qui viennent travailler à Sion et qui n'ont pas d'autres choix que de prendre leur voiture, que leur dites-vous ?

Je leur dis qu'aujourd'hui, nous mettons en place tout un système de parcage à l'extérieur de la ville. De là, pour rejoindre le centre, il faut songer peut-être à prendre un vélo, marcher quelques mètres, ou prendre des transports publics.

"Aujourd'hui, nous mettons en place tout un système de parcage à l'extérieur de la ville" Philippe Varone, président de Sion

Nous devons aussi, et on le fait avec toutes les communes voisines, développer les liaisons entre la plaine et la montagne en mobilité collective ou en mobilité douce. Nous voulons vraiment privilégier le "vivre ensemble", permettre à tous les modes de transport de se retrouver dans une voirie... Que ce soit le piéton, le vélo, la trottinette, le bus... et la voiture.

Vous êtes comme une sorte de funambule : vous dites "oui" à la voiture, mais pas trop quand même ! On le voit par exemple avec la diminution des places de parc en ville. C'est une réalité.

Effectivement, c'est une volonté affichée depuis plusieurs années : la Ville de Sion a décidé de supprimer les places de parc en voirie pour les mettre en sous-sol. Nous avons construit de nombreux parkings dans la première ceinture de la ville, le dernier étant le parking des Roches-Brunes. Nous constatons qu'aujourd'hui ces parkings répondent à leur mission, ils permettent aux gens d'approcher le cœur de ville avec quelques dizaines ou centaines de mètres à parcourir à pied.

Les places sont supprimées les unes après les autres : ici rue des Creusets, près des cinémas

Places supprimées en ville de Sion

 

"Avec ces travaux, je comprends tout à fait le ras-le-bol des automobilistes" Philippe Varone, président de Sion

Les parkings extérieurs qui disparaissent, des zones 30km/h qui s'installent... Sans oublier les travaux, nombreux, sur la route. Pas facile de conduire en ville de Sion ?

Je comprends tout à fait le ras-le-bol ou la fatigue des automobilistes sur certains axes. Ces travaux sont réalisés essentiellement pour le chauffage à distance. Nous sommes dans une urgence climatique et énergétique. Je vous rappelle que demain, c'est quasiment 10’000 foyers qui vont pouvoir être alimentés par chauffage à distance. Pour la Ville de Sion, il y a une urgence à réaliser ces travaux. Nous essayons de les faire durant l'été, lorsque le trafic est moins dense. Alors oui, il y a un petit cap délicat à passer maintenant, mais c'est au nom de la sécurité énergétique. 

En Valais, aujourd'hui encore, il est difficile de se mouvoir sans voiture. Vous pensez que les mentalités vont, devront changer ?

Oui effectivement, je pense que les comportements doivent évoluer. Il faut être cohérent : si nous faisons de nombreux investissements, la création des parkings relais, le développement des transports publics, ce n’est pas pour rien. Notre volonté est d'arriver à installer des cadences de bus satisfaisantes. Cela doit permettre, pour une partie de la population, de venir travailler en ville de Sion avec des transports publics.

"Je suis convaincu que nous prenons la bonne voie, pour le bien-être de la population"Philippe Varone, président de Sion

Ce qui me chagrine parfois, c’est que lorsque nous sommes à l’étranger dans les grandes villes, nous prenons facilement les transports en commun. En Valais, nous avons un peu plus de peine à le faire. Mais je suis convaincu que nous prenons la bonne voie, pour le bien-être de la population. Lorsque nous arrivons à réaliser ces aménagements, le public répond toujours présent, les gens sont satisfaits.

Nous vous proposons l'interview complète de Philippe Varone, à écouter ici :

 

A Sion, des zones entières ont désormais banni les voitures

Les voitures progressivement bannies ?

TS
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