Pandémies: les Etats vont négocier un nouvel accord international

Les Etats membres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dirigée par Tedros Adhanom Ghebreyesus à Genève vont discuter dès les prochains mois d'un nouvel accord international face aux pandémies (archives). ©KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI
Coronavirus
Keystone-ATS
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La communauté internationale va négocier un accord pour anticiper les prochaines pandémies. Les Etats de l'OMS ont décidé mercredi à Genève d'ouvrir les discussions avant mars prochain pour aboutir d'ici 2024. Mais la portée de l'arrangement est encore incertaine.

Dans leur décision approuvée par consensus au terme de trois jours d'une session spéciale de l'Assemblée mondiale de la santé, les 194 membres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dont la Suisse, ont établi un groupe intergouvernemental de négociation. Celui-ci devra rendre un rapport intermédiaire en mai 2023, un an avant le délai prévu pour finaliser l'arrangement.

Les Etats souhaitent une "convention, un accord ou un autre instrument juridique international" pour mieux préparer et répondre aux pandémies. Face aux nombreuses critiques sur la réponse internationale à la pandémie, l'UE avait porté la proposition de nouvel arrangement. Mercredi, elle a estimé que "ce succès est aussi important pour l'OMS", égratignée par certains.

"C'est un jour important pour la santé mondiale", a dit à la presse le directeur général de l'organisation Tedros Adhanom Ghebreyesus. Ce prochain dispositif doit permettre d'éviter la désorganisation observée face au coronavirus. Et limiter les effets des pandémies pour les populations actuelles et les générations futures. Mais un accord "ne résoudra pas tous les problèmes", affirme M. Tedros.

De même, le délai jusqu'en 2024 "est long". Mais les discussions ne seront pas faciles, affirme le directeur général qui souhaite toutefois qu'un arrangement puisse être trouvé avant.

Incertitude américaine et chinoise

En ouvrant la réunion, le conseiller fédéral Alain Berset avait appelé à oeuvrer à un accord contraignant. Mercredi, des dizaines d'Etats, dont la Suisse, ont salué une décision "historique" pour faire en sorte que l'impact du coronavirus "ne se répète pas" à l'avenir.

Mais des acteurs de taille laissent penser que les discussions seront intenses. Les Etats-Unis se sont affirmés réticents à un arrangement contraignant et la Chine parle plutôt de renforcer le Réglement sanitaire international. Pour autant, Washington a aussi salué une "décision historique".

Le Réglement sanitaire cadre la réponse aux urgences de santé publique mais a été largement visé depuis l'arrivée du coronavirus. De nombreux acteurs veulent le compléter par un traité ou de petits ajouts et non le remplacer.

Ce règlement "n'a pas été prévu pour faire face à la préparation d'une pandémie", a admis un responsable de l'OMS. De leur côté, les Etats-Unis ont annoncé qu'ils oeuvreraient à des modifications ciblées de celui-ci.

Le prochain accord devrait lui notamment porter sur l'accès équitable aux technologies contre une pandémie, un mécanisme de surveillance de la conformité aux règles, le renforcement de la prévention et de la réponse mais aussi le financement. Le partage d'échantillons de pathogènes, déjà prévu dans le prochain dépôt mondial au laboratoire de Spiez (BE), devrait aussi être amélioré.

Demandé par de nombreuses ONG

L'ouverture de négociations avait été demandée par de nombreuses ONG et trois évaluations internationales mandatées par l'OMS sur la réponse à la pandémie. Parmi celles-ci, le Panel indépendant, présidé par l'ancienne présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf et l'ex-Première ministre néo-zélandaise Helen Clark, avait donné six mois aux Etats pour aboutir à une nouvelle convention.

Un délai qui était considéré comme irréaliste par de nombreux acteurs. "C'est possible", avait dit de son côté le responsable juridique de l'OMS. La Constitution de l'organisation a été approuvée en quelques mois après la Seconde Guerre mondiale mais "il y avait énormément de volonté politique".

Dans les prochaines semaines, des discussions sur le financement de l'OMS sont attendues. Certains veulent que les enveloppes obligatoires des Etats atteignent 50% du total.

Cette réunion de trois jours à Genève n'était elle que la seconde session spéciale de l'Assemblée mondiale de la santé. La première pour discuter de contenu, selon l'organisation.

ATS
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