Obligation vaccinale et réforme électorale de Biden en échec

Depuis son investiture ou presque, Joe Biden bute régulièrement sur Kyrsten Sinema et sur un autre sénateur démocrate, Joe Manchin. Ces derniers sont sceptiques face aux grands projets du président démocrate, qu'ils jugent trop interventionnistes,... ©KEYSTONE/EPA/MICHAEL REYNOLDS
Etats-Unis
Keystone-ATS
Keystone-ATS

Le président américain Joe Biden a assisté impuissant jeudi au naufrage de sa vaste réforme électorale au congrès et au blocage par la cour suprême d'une obligation vaccinale en entreprise. Ce jeudi noir a exposé crûment les fragilités du démocrate.

"J'espère que nous y arriverons, mais je n'en suis pas sûr", a-t-il admis, visiblement tendu. Il s'était déplacé, ce qui est rarissime, au Capitole pour une réunion avec les sénateurs démocrates, consacrée à une grande loi devant protéger l'accès des Afro-Américains aux urnes. "Si nous échouons la première fois, nous pouvons tenter une deuxième fois", a toutefois ajouté le démocrate de 79 ans.

Un peu plus tard, autre constat d'échec, cette fois par communiqué: Joe Biden s'est dit "déçu" de la décision de la cour suprême des Etats-Unis d'Amérique, qui a bloqué sa décision d'imposer soit le vaccin anti-Covid-19, soit des tests réguliers dans les entreprises de plus de 100 salariés.

La mesure était dénoncée comme un abus de pouvoir par les élus républicains. Dans un pays où seulement 62% de la population est totalement vaccinée, la question révèle de profondes fractures politiques. La haute juridiction a en revanche validé l'obligation de vaccination pour les employés des structures de santé qui bénéficient de fonds fédéraux.

Promesses trop grandes

Cette succession de mauvaises nouvelles entame un peu plus le crédit politique d'un président déjà très impopulaire. Joe Biden avait promis de protéger l'accès aux urnes des minorités et la transparence des opérations de vote, face à une multitude de réformes engagées par les Etats conservateurs, en particulier dans le sud du pays.

Les ONG assurent que ces mesures adoptées par des républicains discriminent particulièrement les Afro-Américains, qui ont très largement voté pour Joe Biden à la dernière élection. Pour faire barrage, le président démocrate veut harmoniser les pratiques de vote et à donner à l'Etat fédéral un droit de regard sur les initiatives locales.

Or, il a suffi de deux sénateurs démocrates modérés pour réduire à néant ou presque tout espoir de passer cette grande réforme, présentée comme l'héritière des grands combats pour les droits civiques des années 1960.

Pour passer la réforme au Sénat, il faudrait en théorie une majorité augmentée de 60 voix, en vertu d'un usage censé encourager la modération et le dialogue par-delà les lignes partisanes. Le camp démocrate compte 50 voix, plus celle de la vice-présidente Kamala Harris, et les républicains 50.

"Spirale infernale"

Faute de pouvoir convaincre des sénateurs de l'opposition, farouchement opposés au projet, les démocrates n'ont qu'une solution pour sauver leur réforme électorale: rompre cet usage parlementaire et passer en force à la majorité simple.

Mais cette manoeuvre a été torpillée d'abord par Kyrsten Sinema. La sénatrice de l'Arizona ne veut pas d'un passage en force qui ne ferait, selon elle, qu'alimenter la "spirale infernale de la division".

Joe Manchin, autre sénateur centriste qui a déjà bloqué à lui tout seul un immense programme social de 1850 milliards de dollars de Joe Biden, a lui fait savoir, dans un communiqué, qu'il ne "voterait pas pour éliminer ou affaiblir" cette règle de majorité qualifiée.

Les deux élus sont favorables à la réforme elle-même, mais n'ont jamais fait mystère de leur attachement au seuil des 60 voix - même dans un paysage politique polarisé comme jamais peut-être, où, après le tumultueux mandat de Donald Trump, l'idée même de dialogue partisan semble un voeu pieux. Sans leurs voix, la réforme est condamnée.

Ce jeudi noir rappelle cruellement à Joe Biden qu'il n'a qu'une très faible marge de manoeuvre. Il doit composer avec un congrès qu'il ne contrôle pas vraiment, des Etats conservateurs en rébellion ouverte sur de multiples sujets (avortement, droit de vote, stratégie sanitaire) et une cour suprême désormais très conservatrice, après les nominations faites par l'ancien président Donald Trump.

ATS
Catégories
Les articles les plus lus