Nouvelles sanctions américaines, Kiev appelle à évacuer l'Est

Le pape François a déployé et embrassé un drapeau ukrainien venant de la "ville martyrisée" de Boutcha. ©KEYSTONE/EPA/ETTORE FERRARI
Ukraine
Keystone-ATS
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Les Etats-Unis ont annoncé mercredi une nouvelle salve de sanctions "dévastatrices" contre la Russie, accusée de crimes de guerre. L'Ukraine a appelé les populations civiles à évacuer l'est de son territoire, désormais cible prioritaire du Kremlin.

"Ce qui se passe ce n'est rien de moins que des crimes de guerre majeurs. Les nations responsables doivent s'unir pour que les responsables rendent des comptes", a dit le président américain Joe Biden à Washington, en promettant "d'étouffer pour des années" le développement économique de la Russie.

Les nouvelles mesures américaines interdisent "tout nouvel investissement" en Russie et vont appliquer les contraintes les plus sévères possibles aux grandes banques russes Sberbank et Alfa Bank, ainsi qu'à plusieurs importantes entreprises publiques.

Elles visent également les filles du président russe Vladimir Poutine, Maria Vorontsova et Katerina Tikhonova, âgées d'une trentaine d'années.

Ces nouvelles sanctions devaient être décidées en coordination avec le G7 et l'Union européenne, pressée par Kiev d'en faire plus contre Moscou, notamment en matière de sanctions énergétiques, un sujet qui divise l'UE, dont certains Etats membres sont très dépendants des livraisons russes.

Le Royaume-Uni a dans la foulée annoncé interdire tout investissement en Russie et des sanctions dans la finance et l'énergie.

Le président du Conseil européen Charles Michel a estimé mercredi que l'UE devrait "tôt ou tard" prendre des sanctions sur le pétrole et le gaz russes.

"Nous ne pouvons tolérer aucune indécision après ce que nous avons traversé", a lancé le président ukrainien Volodymyr Zelensky, s'adressant au Parlement irlandais.

Il faisait allusion aux accusations portées contre la Russie d'exactions sur les populations civiles, notamment dans la ville de Boutcha, près de Kiev.

Mardi, il avait déjà lancé un appel passionné au Conseil de sécurité de l'ONU, sommé d'agir "immédiatement" face aux "crimes de guerre" dont il accuse Moscou.

M. Zelensky a fait projeter aux diplomates des images dramatiques montrant, selon Kiev, de nombreux cadavres des victimes civiles de violences filmées dans des localités récemment évacuées par l'armée russe.

Des accusations rejetées par Moscou, Vladimir Poutine dénonçant mercredi une "provocation grossière et cynique" de l'Ukraine à Boutcha.

Mais l'Allemagne, très dépendante du gaz russe, a estimé que la thèse de Moscou d'une mise en scène ukrainienne n'était "pas tenable" au vu des photos satellites qui ont été diffusées.

"Des mois, voire des années"

La Chine, très prudente sur le conflit, a de son côté évoqué des images "profondément dérangeantes", mais rappelé que "toute accusation" devait "être fondée sur des faits".

Le pape François a fustigé "une cruauté toujours plus horrible (y compris) contre les civils, des femmes et des enfants".

Les autorités ukrainiennes affirment redouter la découverte d'autres massacres et que celui de Boutcha ne soit "pas le pire".

Sur le plan militaire, elles craignent une offensive russe de grande envergure dans l'est, sur les zones qu'elles contrôlent près de la frontière russe.

La vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk a d'ailleurs appelé mercredi la population civile de ces régions, dont la grande ville de Kharkiv, à "évacuer (...) maintenant", pendant qu'il en est temps, sous peine de "risquer la mort".

Sur le plan diplomatique, le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban, tout juste réélu et proche de Vladimir Poutine, a annoncé mercredi avoir suggéré au président russe de décréter un "cessez-le-feu immédiat". "Il a dit oui, mais avec des conditions", a-t-il ajouté.

Le conflit ne donne aucun signe d'affaiblissement, et l'Otan y est revenue à l'occasion d'une réunion qui s'est ouverte mercredi à Bruxelles des ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l'Alliance.

"La guerre peut durer longtemps, plusieurs mois, voire des années. Et c'est la raison pour laquelle nous devons être préparés à un long parcours en ce qui concerne le soutien à l'Ukraine, le maintien des sanctions et le renforcement de nos défenses", a déclaré en ouverture son secrétaire général Jens Stoltenberg.

L'Otan n'intervient que pour défendre ses membres. L'Ukraine n'en est pas membre, mais rien n'empêche les trente pays de l'Alliance de lui apporter une aide.

Un petit groupe de soldats ukrainiens qui se trouvaient aux Etats-Unis avant l'invasion russe de l'Ukraine sont ainsi formés au maniement des drones tueurs Switchblade que Washington fournit à Kiev, a indiqué mercredi un responsable du Pentagone.

Et le Portugal a annoncé qu'il allait envoyer "prochainement" du matériel militaire supplémentaire à l'Ukraine.

Sur le terrain, Moscou poursuit sa nouvelle stratégie : concentrer les efforts sur le Donbass, le vaste bassin minier de l'est de l'Ukraine en partie aux mains depuis 2014 de séparatistes prorusses.

"Surprises"

Des journalistes de l'AFP ont constaté mercredi des pilonnages réguliers sur Severodonetsk, 100'000 habitants avant le conflit, la ville la plus à l'est tenue par l'armée ukrainienne dans le Donbass, tout près de la ligne de front.

Certains habitants se risquaient à sortir quand les bombardements s'interrompaient quelques minutes, avant de se mettre à couvert quand les frappes reprenaient.

A Vougledar, une ville de 15'000 habitants à 50 km au sud-ouest de Donetsk, deux civils ont été tués et cinq blessés dans le bombardement d'un centre de distribution d'aide, selon le gouverneur de la région de Donetsk, Pavlo Kirilenko.

Un peu plus loin, les forces ukrainiennes se préparaient à défendre une route reliant Izioum, récemment prise par les forces russes, aux cités voisines de Sloviansk et Kramatorsk, la capitale de fait de l'Est contrôlé par Kiev.

Encombrée d'obstacles antichars, la route est entourée de tranchées creusées au bulldozer. Pièces d'artillerie et autres engins blindés plus ou moins enterrés parsèment les environs et la forêt est truffée d'abris et autres matériels.

La logistique ukrainienne est toujours visée. Selon le ministère russe de la Défense, cinq dépôts de carburant qui approvisionnaient les forces ukrainiennes dans les régions de Kharkiv et de Mykolaïv (sud), ainsi que dans le Donbass et près de Dnipro (est) ont été détruits dans la nuit par des missiles.

Les frappes aériennes russes ont au total atteint 24 sites militaires ukrainiens, selon le ministère.

Les forces russes consolident leurs positions sur la bande côtière le long de la mer d'Azov, dans le sud de l'Ukraine, pour relier les régions du Donbass à la péninsule de Crimée, annexée par Moscou en 2014.

Les combats se concentrent sur la ville portuaire de Marioupol. Quelque 120'000 de ses habitants y sont coincés, selon les autorités, et les évacués, après un éprouvant voyage de 200 km, se retrouvent dans des centres d'accueil à Zaporojie, dans les terres, où un convoi du CICR est arrivé mercredi avec plus de 500 réfugiés.

ATS