Les sénateurs bourgeois plaident pour renforcer l'armée

Le Conseil des Etats a débattu mardi de la nécessité de renforcer l'armée suisse. ©KEYSTONE/PETER SCHNEIDER
Ukraine
Keystone-ATS
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La guerre en Ukraine inquiète sous la Coupole. Les sénateurs de droite et du centre ont plaidé mardi pour renforcer l'armée suisse. Pour la gauche, d'autres problèmes, comme les attaques de centrales nucléaires et l'accueil des réfugiés, sont plus pressants.

Le débat devait se concentrer sur l'armée. Josef Dittli (PLR/UR), soutenu par plus de la moitié du conseil, demandait une augmentation rapide de ses ressources humaines et financières.

Les effectifs de l'armée n'ont cessé de baisser au fil des années, s'est plaint Werner Salzmann (UDC/BE). "En 1990, l'armée disposait d'environ 780'000 hommes contre seulement 140'000 aujourd'hui. Les chars d'assaut sont eux passés de 600 à 130, et les avions de combat de 260 à 51." L'armée ne peut donc plus assurer la protection de bâtiments sensibles, comme les centrales électriques ou nucléaires ou encore les hôpitaux, en cas de guerre.

Moins d'un pourcent du PIB

Et le Bernois de plaider, au côté de nombreux sénateurs de droite et du centre, pour toute une série de mesures. La plus pressante étant l'achat des avions F-35 et du système de défense sol air Patriot. "Ces acquisitions ne doivent pas être retardées, pas même par la récolte de signatures d'une initiative", a insisté Josef Dittli, déclenchant l'ire de la gauche dénonçant une attaque contre la démocratie suisse. Au contraire, ces achats doivent être accélérés.

Le budget de sécurité doit aussi être significativement augmenté, au plus tard pour la période 2024-2028, a-t-il estimé, se disant déçu de la passivité et du peu de courage du Conseil fédéral dans le domaine. "L'Allemagne, le Danemark ou encore la Suède ont massivement augmenté leur budget de sécurité", a pointé Thierry Burkart (PLR/AG). La Suisse devrait suivre le mouvement, d'autant plus qu'elle est l'un des pays qui investit le moins dans son armée.

Une analyse partagée par la ministre de la défense Viola Amherd. Berne dépense 0,7% de son PIB, bientôt 0,8% selon la volonté du Parlement, pour sa défense. C'est bien loin des 2% demandés par l'OTAN. "Au regard de la dégradation de la situation, il est juste de se demander si la protection du pays et de la population peut être assurée avec un tel montant."

Augmenter le budget de l'armée lui permettrait d'accélérer des projets importants, a poursuivi la Valaisanne. A ses yeux, il n'est pas correct de rien faire et s'appuyer sur les autres pays pour se défendre.

Urgence nucléaire

"Le monde a besoin de plus de paix, et non plus de guerres", a jugé Daniel Jositsch (PS/ZH). "Les guerres mènent toujours à des catastrophes." Et le Zurichois d'appeler à réfléchir à une stratégie durable de défense, coordonnée avec les autres pays européens. "Seule, la Suisse ne peut remporter une guerre conventionnelle. Elle doit se coordonner avec ses voisins."

"Il n'y a pas d'urgence immédiate à renforcer l'armée", a abondé Carlo Sommaruga (PS/GE). "Avant d'arriver chez nous les tanks et les avions russes doivent traverser plusieurs pays souverains, faisant souvent partie de l'OTAN", a rappelé Céline Vara (Vert-e-s/NE). "Un tel risque est improbable." Et de pointer que les F-35 ne sont même pas encore construits. Ils ne seront prêts que dans quelques années.

Prenant un peu de distance par rapport à l'armée, le camp rose-vert a estimé que l'urgence immédiate résidait dans la sécurité nucléaire civile et militaire. "Le plus grand risque est lié aux combats près des centrales et de lieux de stockage", a relevé Carlo Sommaruga. La Suisse et sa diplomatie pourrait jouer un grand rôle dans ce domaine." Elle devrait aussi ratifier rapidement le traité interdisant les armes nucléaires, comme demandé par le Parlement.

La crise ukrainienne montre également la nécessité de sortir des énergies fossiles et polluantes et d'encourager les énergies renouvelables, comme le solaire, l'éolien, la géothermie ou encore l'hydraulique, a encore souligné Céline Vara. "Le nucléaire n'a jamais été sûr et ne le sera jamais." Pour Maya Garf (Vert-e-s/BL), sortir du gaz russe permettrait en outre d'éviter de financer la guerre de Vladimir Poutine.

Crise alimentaire

Le conflit entre l'Ukraine et la Russie, respectivement cinquième et deuxième exportateur de céréales, risque également de déclencher une crise alimentaire, en particulier dans les pays africains, a soulevé Carlo Sommaruga. Une stratégie commune avec d'autres pays doit être élaborée pour faire face au problème.

En Suisse, l'urgence est encore l'accueil des réfugiés, a pointé le socialiste. Il faut fixer un cadre juridique, en particulier pour les logements, afin d'éviter les conflits à moyen et long terme. Hans Stöckli (PS/BE) a aussi souligné l'importance de mettre des moyens suffisants pour bien encadrer les Ukrainiens, qui sont déjà quelque 2,7 millions à avoir fui leur pays.

Le sujet n'a pas fini de faire parle de lui sous la Coupole. Les députés mèneront un débat sur la guerre en Ukraine mercredi.

ATS
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