Les arbres subissent le contrecoup des canicules

Grâce à des mesures dendrométriques, les chercheurs ont enregistré les variations de l'épaisseur du tronc à l'échelle du micromètre. ©Roman Zweifel, WSL
Ecosystèmes
Keystone-ATS
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La canicule de 2018 a provoqué un rétrécissement record des troncs d'arbres, mais cela ne s'est pas répercuté systématiquement sur leur croissance. Ce sont les années suivantes que les arbres ont subi le contrecoup, montre une étude.

Les périodes de sécheresse et les vagues de chaleur ont des conséquences graves, parfois irréversibles, sur les écosystèmes forestiers. Mais toutes les espèces d'arbres ne s'accommodent pas aussi bien de ces conditions météorologiques extrêmes, rapporte une équipe internationale de chercheurs avec la participation de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) dans la revue spécialisée "Nature Communications".

A l'aide de ce que l'on appelle des dendromètres, les scientifiques ont étudié comment la canicule de 2018 a modifié la croissance et l'équilibre hydrique de 21 espèces d'arbres sur 53 sites européens.

Les conifères sont sensibles

Les chercheurs ont constaté que de nombreux arbres présentaient des rétrécissements records du tronc. Les conifères ont réagi de manière plus sensible que les feuillus, car la nuit, ils ont moins bien pu reconstituer leurs réserves d'eau vidées pendant la journée. Cela indique une moindre résistance au stress temporaire, selon les chercheurs. Les troncs des épicéas et des pins se sont notamment fortement desséchés.

Roman Zweifel, co-auteur de l'étude et écophysiologue au WSL, explique dans un communiqué diffusé jeudi que le bois des conifères conduit généralement moins bien l'eau que celui des feuillus. Les conifères peuvent en outre moins bien absorber l'eau des sols secs que les chênes, par exemple.

Etonnamment, le stress engendré par la sécheresse de 2018 n'a pas nécessairement affecté la croissance, du moins à court terme: le cerne de cette année-là est à peine plus étroit. Lorsque le temps est devenu chaud et sec, fin juillet, les arbres avaient déjà achevé leur croissance sur de nombreux sites.

En outre, les arbres forestiers ne poussent que pendant une courte période de l'année. Même pendant une sécheresse, quelques nuits humides peuvent suffire pour assurer la croissance cellulaire nécessaire.

Alors que la plupart des arbres supportent une courte période de chaleur isolée, de longues périodes de chaleur répétées sont très problématiques pour certaines essences.

La croissance des arbres est fortement influencée par leurs antécédents, par exemple combien ils ont pu investir l'année précédente dans la formation des bourgeons et le stockage de carbone, ou la taille de leur couronne. Les effets d'un bon été se manifestent l'année suivante. Lorsque des conditions préalables ont un impact sur des processus en cours, on parle d'effet de legs.

Contrecoup

Les mauvaises conditions de l'été 2018 ont eu des conséquences tardives. Des études récentes montrent que l'effet de legs peut affecter la physiologie et la croissance des arbres pendant au moins quatre ans. Ceci s'est confirmé notamment pour l'épicéa, peu résistant à la sécheresse. Après 2018, la croissance de l'épicéa a continué à péricliter. Les arbres affaiblis étaient sensibles aux scolytes et de nombreux épicéas sont morts.

Il est important d'en savoir plus à ce sujet, car des vagues de chaleur comme celle de l'été 2018 devraient se produire plus souvent à l'avenir.

https://www.nature.com/articles/s41467-021-27579-9

ATS
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