Le Valais parmi les cantons les plus hostiles au vote électronique

Le système de vote électronique de la Poste devrait bien être remis en service dans le courant de l'an prochain, a confirmé le directeur général Roberto Cirillo. ©KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT
Grand Conseil
Didier Morard
Journaliste

Le Valais n'est franchement pas emballé par le vote électronique, selon une consultation fédérale. Une prise de position que déplore le député PLR Damien Revaz. Il a déposé un postulat au Grand Conseil pour faire bouger les lignes.

Le Valais fait partie des cantons les plus hostiles au vote électronique. Il l'a fait savoir lors de la procédure de consultation lancée par la Confédération. "J'ai été surpris de constater que le Valais était l'un des trois seuls cantons à émettre des avis assez réservés sur le vote électronique", explique Damien Revaz, député PLR à l'origine d'un postulat. Le Conseil d'Etat valaisan estime que c'est à Berne de proposer un système fiable et non à une entreprise, comme La Poste. Le Valais envisage en outre l'introduction du système à moyen terme et uniquement pour les Suisses de l'étranger et les personnes en situation de handicap.

"Une grande partie des électeurs souhaite recourir au vote électronique."Damien Revaz, député PLR

Pour Damien Revaz, la population suisse est prête à voter par internet : "Une grande partie des électeurs souhaite recourir au vote électronique. On fait quasiment toutes nos transactions bancaires en ligne". Des propos corroborés par une récente étude menée par le cabinet Deloitte en décembre 2021, qui indique que 84% des citoyens suisses sont favorables à l'e-voting. Fort de ce constat, l'ancien président de Saint-Maurice, devenu parlementaire, demande au Conseil d'Etat de participer à la phase d'essai du vote électronique. " A partir de la deuxième partie de 2022, les cantons pourront s'annoncer pour des phases d'essai. Je pense que c'est important que le Valais, qui se vante d'être un canton d'innovation, participe à ces démarches."

Un système sans faille ?

Par le passé, deux tentatives ont été lancées pour mettre en place le vote électronique. Si Genève a définitivement enterré son projet, La Poste a décidé, malgré un premier revers, de remettre l'ouvrage sur le métier. Le patron de La Poste Roberto Cirillo, a récemment indiqué que l'e-voting du géant jaune sera disponible courant 2023. Le système a été bien noté par un audit indépendant commandé par le Chancellerie fédérale. Quelques lacunes ont été révélées mais aucune faille majeure. " Ça soulève des questions mais si on a pu tirer les conclusions de ces phases d'essai, qui n'ont pas été concluantes, c'est qu'on est aussi capable de constater ce qui ne fonctionne pas. C'est ce qu'a fait La Poste", rassure Damien Revaz. Dès le système disponible, les cantons seront libres d'utiliser le modèle du géant jaune ou d'exploiter leur propre système. La Confédération fixe elle le cadre réglementaire et délivre les autorisations.

La fracture numérique

Selon le député agaunois, le vote électronique va permettre d'augmenter le taux de participation aux votations : " C'est une question qu'on doit se poser : est-ce qu'en facilitant l'accès au vote, les jeunes vont plus facilement participer au scrutin ? Faut pas rêver, mais ça peut être un élément qui joue et je pense qu'il faut saisir toutes les perches qu'on a pour amener la jeunesse à s'intéresser au débat politique dans ce pays."

"Il ne faut pas écarter d'autres personnes, qui n'ont pas accès au système numérique."Damien Revaz, député PLR

Reste la question de la fracture numérique. L'e-voting ne risque-t-il pas de pénaliser la frange de la population qui n'a pas accès à internet ? "Non, le vote électronique a pour but de permettre à certaines personnes, qui ne votent pas aujourd'hui ou qui ne peuvent pas voter de manière indépendante, de participer aux scrutins. Il ne faut pas de l'autre côté écarter d'autres personnes, qui n'ont pas accès au système numérique. On peut imaginer qu'il y a une frange de la population plus âgée, qui participe beaucoup aux votations, qui n'est pas intéressée à utiliser un système électronique. On est obligé, en tout cas pendant de nombreuses années, d'avoir un système mixte", conclut Damien Revaz.

Le postulat sur le vote électronique sera débattu au Grand Conseil valaisan lors de la session de juin.

DM
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