Le Trail des Patrouilleurs tire la prise après huit éditions: «Une belle aventure prend fin»

Christophe Moreillon
Journaliste sportif RP

Lancé en 2014, le Trail des Patrouilleurs vivra ce samedi sa huitième et dernière édition. Face à l’émergence de nouvelles courses toujours plus nombreuses en Valais, ses organisateurs ont décidé de se retirer du calendrier.

Crans-Montana. Place d’Ycoor. Ce mardi en milieu de matinée. Des ouvriers s’affairent au sommet des marches. Plus bas, une cantine est déjà montée, prête au service. Un peu plus loin, juste devant le casino, le podium est là, lui aussi. À J-4 du Trail des Patrouilleurs, Anouck Beytrison marque une pause dans ses tâches administratives pour nous rejoindre. En sortant de la patinoire, la co-organisatrice lance un coup d’œil en direction du ciel radieux et du soleil. «Depuis plusieurs jours, je consulte et re-consulte les prévisions météos pour samedi», nous avoue-t-elle. «À chaque fois que je vais sur un nouveau site ou presque, on annonce autre chose…»

«En 2020, on avait eu droit à un Winter Trail. C’était l’édition la plus stressante et la plus marquante.»Anouck Beytrison, organisatrice du Trail des Patrouilleurs

La cheffe de l’épreuve espère évidemment ne pas revivre la même situation qu’en 2020, lorsque 50 centimètres de neige recouvraient une partie du parcours. «On avait eu droit à un Winter Trail», sourit-elle. «C’était l’édition la plus stressante et la plus marquante. Aujourd’hui, on en garde de magnifiques souvenirs. Mais si le beau temps pouvait être de la partie cette fois, on aura de quoi réussir cette dernière.»

Trop de courses tue les courses

L’interview à peine débutée, le mot est donc lâché. Huit ans après son lancement, le Trail des Patrouilleurs tire sa révérence ce week-end. «En 2014, on ne devait être que deux ou trois trails en Valais sur toute l’année. En 2022, je ne sais même pas à combien on en est. Rien que ce samedi, trois épreuves ont lieu dans le Canton. Faire pour faire ne sert à rien. On préfère donc se retirer sur une belle édition.»

«Cette course, c’est notre bébé. Il fallait savoir dire stop au bon moment.»Anouck Beytrison, organisatrice du Trail des Patrouilleurs

De ses débuts à aujourd’hui, le Trail des Patrouilleurs est dirigé par le même comité. Si on peut appeler ça un comité. Deux personnes seulement: Anouck Beytrison et Christophe Germanier. «Cette décision d’arrêter, on l’a prise ensemble. Cette course, c’est notre bébé. On l’a créée de toute part et il fallait savoir dire stop au bon moment.»

L’UTMB sur le Haut-Plateau: la goutte de trop

Cette disparition à venir de l’épreuve interpelle. Elle tombe deux ans après une édition qui avait su résister aux flocons et surtout, aux nombreuses restrictions sanitaires. Plus encore: elle intervient dans la foulée de l’apparition du Wildstrubel by UTMB. Un événement affilié à l’Utra-Trail du Mont-Blanc, véritable mastodonte et référence du milieu. Sa première édition a eu lieu il y a tout juste deux semaines au départ, lui aussi, de Crans-Montana. «Deux trails dans la même station dans un laps de temps si court, ce n’est pas possible. Régater face à l’UTMB, c’est trop compliqué. Si ce n’est pas la raison principale de notre arrêt, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.»

«Faire deux événements de manière si rapprochée au même endroit, ce n’était pas viable.»Anouck Beytrison, organisatrice du Trail des Patrouilleurs

Depuis sa création en 2014, le Trail des Patrouilleurs s’était imposé comme un événement important de l’année sportive à Crans-Montana. Des échanges ont-ils eu lieu entre ses organisateurs et les autorités communales pour trouver une solution? «Quelques-uns oui», répond Anouck Beytrison. «Mais encore une fois, faire deux événements de manière si rapprochée au même endroit, ce n’était pas viable.» Lorsqu’on lui demande si son épreuve a été mise de côté face au prestige «offert» par la mention UTMB, l’organisatrice refuse de s’étaler. «Notre belle histoire se termine, c’est comme ça…»

50% de participants en moins

À quelques jours de cette huitième et dernière édition, quelques 600 participants se sont inscrits. «C’est la moitié moins qu’en 2020», souffle Anouck Beytrison. Dans ses meilleures années, le rendez-vous attirait même plus de 1'500 coureurs. Reste que la future disparition du Trail des Patrouilleurs a suscité des réactions. «Beaucoup de gens m’ont appelé pour me dire que c’était dommage de tout arrêter. Mais voilà, la décision est prise, on ne reviendra pas en arrière.»

«Ce qui m’aura le plus marqué durant toutes ces années, c’est de voir la joie des coureurs à l’arrivée. Voir les gens contents, ça n’a pas de prix!»Anouck Beytrison, organisatrice du Trail des Patrouilleurs

À l’heure de boucler la boucle et de refermer le livre de huit ans de sa vie, la Valaisanne tient à se remémorer tous les bons moments vécus sur le Haut-Plateau. «Ce qui m’aura le plus marqué durant toutes ces années, c’est de voir la joie des coureurs à l’arrivée. Quand les moins rapides, ceux qui ont mis le double de temps par rapport aux premiers, viennent vers moi pour me dire que c’était magnifique, qu’ils ont apprécié les conditions, de manger une raclette, de boire un verre ou de croiser les bénévoles, c’est fabuleux. Voir les gens contents, ça n’a pas de prix!»

Une famille qui se sépare

Une fois ce week-end terminé, Anouck Beytrison devra apprendre à vivre sans ces émotions. Son quotidien ne sera plus rythmé 365 jours durant par la préparation de l’édition suivante du Trail des Patrouilleurs. «Avant de voir plus loin, je vais profiter de prendre un peu de temps libre. De souffler après tout le travail que l’on a accompli depuis nos débuts.» Dans l’immédiat, elle souhaite surtout vivre pleinement cette ultime cuvée. Partager les derniers moments avec toute la «famille» comme elle le dit. Cette centaine de bénévole qui est là depuis le début. «Une famille qui se sépare, c’est vrai. Une belle aventure qui prend fin. Mais on ne se perdra pas de vue. On se reverra tous!»  

CM
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