Le nucléaire inquiète l'ONU et durcit l'affrontement à Genève

La Haute commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Michelle Bachelet alerte sur une période "dangereuse" pour le monde en raison de la situation ukrainienne ©KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI
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Keystone-ATS
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L'ONU a alerté à Genève sur "la gravité des menaces pour toute l'humanité" avec la montée de tensions nucléaires. Jeudi, l'affrontement s'est durci lors du débat urgent au Conseil des droits de l'homme qui pourrait aboutir à une investigation contre l'offensive russe.

Les assauts en Ukraine ont provoqué "un impact massif sur les droits humains de millions de personnes en Ukraine", a dit la Haute commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Michelle Bachelet. Ils ont ouvert une période "dangereuse" pour le monde, a-t-elle insisté.

Au total, selon les chiffres de son bureau, près de 250 civils ont été tués de jeudi à mercredi soir et près de 560 ont été blessés. Mais le chiffre est probablement bien plus élevé, admet l'ONU. Plus de 2 millions de personnes ont fui leur habitation. Parmi elles, plus d'un million sont réfugiées dans d'autres pays, dont la moitié sont des enfants.

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) s'est alarmée jeudi à Genève d'indications crédibles et authentifiées de discriminations, de violences contre des ressortissants étrangers qui tentent de quitter l'Ukraine. De son côté, Mme Bachelet a à nouveau appelé à un arrêt des hostilités et au moins à garantir un accès humanitaire.

Dès le début de la session du Conseil des droits de l'homme lundi, la Russie s'était opposée vigoureusement à un débat urgent. Elle avait été largement battue lors du vote qui s'en était suivi.

"Crimes contre l'humanité"

Jeudi, son ambassadeur à l'ONU à Genève Guennadi Gatilov a affirmé ne pas voir "de valeur ajoutée" à cette discussion, condamnant par avance tout résultat qui pourrait en sortir. Il est allé plus loin en affirmant que le Conseil aurait pu empêcher le conflit et les décès de Russophones dans l'Est du pays, tués par l'armée ukrainienne et les "nationalistes" au pouvoir. Et d'accuser les Etats-Unis et l'UE d'instrumentaliser le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour faire pression sur Moscou.

La réponse de Kiev n'a pas tardé. Pour son second discours en deux jours par vidéo devant le Conseil, la vice-ministre des Affaires étrangères Emine Djeppar a dénoncé les "crimes contre l'humanité" perpétrés par le président russe et son régime de "criminels de guerre qui ont le doigt sur le bouton nucléaire". Vladimir Poutine "semble être fort" mais ne l'est pas, a-t-elle ajouté.

"Les Russes ne sont pas non ennemis", a également estimé la nouvelle ambassadrice américaine Bathsheba Nell Crocker, saluant les milliers de personnes détenues pour avoir protesté contre l'offensive. Elle a appelé le Conseil à envoyer un message "indiscutable" à Moscou.

L'UE estime de son côté que les "preuves de violations des droits humains s'accumulent". "La Russie sera tenue responsable de ses actes" et de ses mensonges, selon elle.

L'ambassadeur suisse Jürg Lauber a réitéré l'appel à protéger les civils et les infrastructures civiles. La Suisse souhaite aussi la garantie de trêves humanitaires. Elle est encore "inquiète" de l'utilisation d'armes à sous-munitions dans le conflit.

Pas de demande d'une suspension

Au terme du débat, les 47 pays de l'instance devront se prononcer vendredi matin sur un projet de résolution révisé. Celui-ci prévoit le lancement d'une Commission d'enquête internationale sur l'offensive russe, et non sur tous les affrontements depuis plusieurs années en Ukraine comme prévu dans un premier texte.

La Russie a trouvé un soutien dans son allié chinois. Jeudi, Pékin a promis de s'opposer à la commission, dénonçant à nouveau une "politisation" du Conseil.

Ce mécanisme, nommé pour un an, serait constitué de trois experts indépendants qui devraient être nommés par le président du Conseil des droits de l'homme. La commission devrait établir les faits et préserver des preuves qui pourraient être utilisées par des tribunaux. Elle rendrait une première évaluation dans six mois, avant son rapport dans un an.

En revanche, le projet de résolution ne prévoit pas un mandat de rapporteur spécial sur la situation des droits humains en Russie. Plusieurs Etats et plusieurs ONG le souhaitaient. Aucun appel à l'Assemblée générale de l'ONU à suspendre Moscou du Conseil des droits de l'homme n'est lancé, contrairement là encore à la volonté de certains.

Le projet de texte "condamne le plus fermement possible" les violations des droits humains et les abus perpétrés par la Russie en Ukraine et appelle à un retrait de ses troupes. Il réaffirme l'attachement à un Etat ukrainien et à l'intégrité territoriale de ce pays. Il demande à la Russie de mettre immédiatement un terme à ses violations des droits humains et du droit international humanitaire (DIH).

ATS
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