Le Lait Equitable, à la conquête de la grande distribution

Le Lait Equitable fait sa place en Valais ©Rhône fm
Agriculture
Diana-Alice Ramsauer
Journaliste RP

La coopérative FaireSwiss pour un Lait Equitable a réussi là où beaucoup se sont cassé les dents : faire plier la grande distribution. Migros a accepté de tester la vente de briques payées 1.- le litre aux producteurs. Une collaboration attendue depuis de mois

Cela ne représente encore qu'une minuscule goutte dans l’océan de la production laitière globale. Mais cela pourrait bientôt changer. Le Lait Equitable, payé un franc le litre aux producteurs a réussi à sceller un pacte avec la grande distribution. Depuis ce lundi, le lait de la coopérative FaireSwiss est aussi disponible chez Migros.

Si les consommateurs et consommatrices pouvaient déjà se procurer des briques équitables chez Manor, Aligro ou dans les Edelweiss Market, la conquête du géant orange est un pas symbolique dans la distribution de masse. «Oui, c'est une excellente nouvelle que l'un des deux plus grands supermarchés participe enfin à cette démarche, réagit Pierre-Yves Felley directeur de la chambre valaisanne de l'agriculture. C'est très positif car il s'agit d'un lait social.»

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La coopérative du Lait Equitable fait sa place en Valais

Un test jusqu'à mi-avril

Mais le porte-parole de la Migros, Tristan Cerf, modère l’enthousiasme : il ne faudrait pas que l’engouement des consommateurs et consommatrices ne soit trop soudain. En clair, il serait contre-productif que la clientèle se rue sur les briques dans un élan de solidarité, puis délaisse le produit dans un deuxième temps: cela créerait une demande artificielle qui fausserait le « test », mis en place dans huit magasins en Suisse romande, dont les MMM Conthey et Monthey. Un premier bilan sera tiré en mi-avril.

Autre élément présenté par le gros distributeur: le Lait Equitable n'est pas le seul produit laitier éthique de son assortiment. «Migros  a mis l’accent sur la durabilité globale de ses produits laitiers sans pour autant modifier le prix de vente, nuance Tristan Cerf. Nous sommes attentifs également aux aspects tels que l’alimentation, le traitement des animaux, l’environnement et l’utilisation responsables des antibiotiques. Le concept "Lait Equitable" ne traite qu’un des multiples aspects de la durabilité, il sera intéressant de voir si cela suffira aux yeux de notre clientèle pour justifier un prix équivalent à celui d’un lait bio Elsa. »

Des producteurs bien payés, mais une production pas forcément bio

Si certains producteurs membres de la coopérative FaireSwiss  sont certifiés bio, pour l’instant « l’avantage » de cette brique de lait n’est que le prix qu’elle offre au monde paysan. « C'est vrai que souvent, dans la tête des gens, équitable et bio, c'est deux choses qui vont ensemble, explique l'agricultrice et présidente de la coopérative, Anne Chenevard. Nous réfléchissons donc à créer une gamme bio. Cela pourrait voir le jour en fin de cette année ou en 2022. En tous cas, c'est quelque chose que nous avons en tête, car c'est une évidence que ces deux concepts doivent s'associer.»

Dans tous les cas, l'arrivée du lait social de FaireSwiss suscite de grandes espérances. « C'est vraiment un partenariat fantastique qui s'ouvre à nous, commente l'agricultrice de Corcelles-le-Jorat. Notre revendication est simple: nous voulons que les gens aient le choix entre plusieurs produits et cette collaboration participe à cette objectif».

Montrer que les producteurs son capables de prendre leur destin en main

Si la brique payée 1.- aux producteurs pour couvrir les frais  effectifs fonctionne au-delà des espérances des responsables de la petite coopérative — elle a été vendue plus de deux fois plus en 2020 que ce qui avait été prévu —, ce produit est encore une goutte de lait dans l’océan de la production suisse. A titre de comparaison, la coopérative FaireSwiss écoule 1 million de litre par année: « Un million de litres, c’est l’équivalent de la quantité qui arrive chaque deux jours chez Elsa, le transformateur Migros», rappelle Tristan Cerf. »

Pour l’instant, Anne Chenevard n’a pas l’espoir de concurrencer massivement les autres laits suisses présents sur le marché. Les objectifs sont ailleurs : « Nous voulons démontrer que les consommateurs et consommatrices sont prêts à nous accompagner dans ce genre de démarche. Cela permettrait ainsi de tirer le prix moyen du litre vers le haut. Et puis c'est surtout de montrer que les producteurs sont capables de prendre leur destin en main, de créer quelque chose, de venir avec une solution plutôt que de seulement attendre que la politique et la faîtières de défense professionnelle fasse le travail à notre place».

Diana-Alice Ramsauer

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