Le comité référendaire s'oppose à des médias "contrôlés" par l'Etat

Pour le comité référendaire, "les subventions excessives rendent les médias dépendants du pouvoir politique". ©KEYSTONE/PETER KLAUNZER
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Keystone-ATS
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Le paquet d'aide aux médias, soumis au peuple le 13 février, est "inutile" et "nuisible à la démocratie". Surfant sur le "cas Ringier", le comité référendaire est monté mercredi au front contre le manque d'indépendance des médias subventionnés.

Ringier était mercredi sur les lèvres de tous les intervenants. Son patron Marc Walder est au coeur d'une polémique. Dans une vidéo datant d'un an, il incite les rédactions de son groupe à soutenir les mesures gouvernementales dans le cadre de la pandémie.

Même si le principal intéressé a depuis précisé ne pas vouloir complaire au Conseil fédéral, l'affaire a donné du grain à moudre aux opposants au train de mesures pour les médias. "Une telle complicité effrontée entre l'Etat et les médias met en danger la séparation des pouvoirs démocratiques", a critiqué Philipp Gut du comité référendaire "Non aux médias contrôlés".

Grands groupes bénéficiaires

Le subventionnement des médias est nuisible et même inutile, a poursuivi le journaliste. "En 2019, en période de crise, Ringier, NZZ et TX Group ont gagné 336,7 millions de francs", selon le sénateur indépendant schaffhousois Thomas Minder, dont le discours a été lu lors de la conférence de presse. "Dans mon canton, les Schaffhauser Nachrichten ont eu des 'résultats solides' pendant la pandémie de coronavirus."

Ces chiffres montrent, à ses yeux, que le marché fonctionne et qu'il n'y a pas besoin de subventions. D'autant plus que la nouvelle enveloppe ne profiterait pas en priorité aux petites rédactions. Plus de 70% du paquet irait directement dans les poches des principaux groupes médiatiques, que sont Ringier, CH-Media, la NZZ ou encore le Tagesanzeiger, et de leurs actionnaires, a calculé Peter Weigelt, président du comité.

"Les subventions sont toujours mauvaises. Elles faussent la concurrence", a ajouté l'ancien conseiller national Hans-Ulrich Bigler (PLR/ZH). D'autres branches sont discriminées. Et le directeur de l'USAM de dénoncer notamment l'absence de subventions pour les journaux gratuits. "Les grands groupes médiatiques bétonnent ainsi leur pouvoir oligopolitique."

Un avis partagé par la jeune libéral-radicale Evelyn Motschi. "Le paquet d'aides n'est ni solidaire, ni social." Certaines couches sociales sont délaissées. Les jeunes, qui s'informent principalement sur les portails en ligne gratuits, en font partie, a pointé la Zurichoise.

Distribution, numérisation et formation

Pour le Conseil fédéral, c'est tout le contraire. Le paquet d'aide permettra de renforcer la diversité médiatique et d'assurer que les habitants de toutes les régions pourront rester informés. Il compensera en partie la diminution des recettes publicitaires, largement tombée dans l'escarcelle des géants d'Internet comme Google ou Facebook, ainsi que la baisse des ventes d'abonnement.

L'indépendance des journalistes n'est aucunement remise en cause, selon le gouvernement. Le projet s'appuie sur des instruments éprouvés et en place depuis longtemps, qui n'ont jamais fait naître de soupçons sur le travail des médias. Il propose entre autres d'étendre l'aide indirecte à la presse en soutenant à l'avenir également la distribution matinale des journaux. Une enveloppe de 120 millions est prévue pour ce volet.

Le paquet crée également une aide aux médias en ligne, dotée de 30 millions de francs par an, visant à favoriser la transition numérique. Une aide est aussi prévue pour les agences de presse, les écoles de journalisme ou encore le Conseil suisse de la presse.

ATS
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