L'article 6, prisé par la Suisse et nerf de la guerre à la COP26

Keystone-ATS
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Les Etats tentent d'arracher à la COP26 un mécanisme légal sur la compensation d'émissions de gaz à effet de serre à l'étranger. La Suisse a signé des accords bilatéraux pionniers sur cette question et veut des règles "robustes". Le Brésil pourrait lâcher du lest.

"Tout est ouvert", avait affirmé il y a quelques jours à Keystone-ATS le chef de la délégation suisse à la COP26 Franz Perrez. Les discussions avancent toutefois sur un texte, même si le chantier est énorme. "Nous avons besoin de règles claires", a affirmé l'ambassadeur mardi lors d'un débat à la COP.

Mardi, Greenpeace Suisse a à nouveau reproché à la Suisse de compter trop sur cette "exportation" de réduction des émissions à l'étranger. Au Parlement, les discussions actuelles portent sur une limitation à 25% du total des efforts qui pourraient être compensés à l'étranger.

Jeudi, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga doit vanter devant la presse les vertus des quatre accords bilatéraux conclus par la Suisse. Très observés parce que pionniers, ces arrangements sont sous le feu des critiques d'ONG mais l'action suisse est saluée par certains Etats.

Pour pouvoir honorer ses engagements de réduction des gaz à effet de serre, la Suisse oeuvre chez elle mais elle soutient aussi des projets à l'étranger. Après un premier accord avec le Pérou, elle a décidé également de financer notamment des usines de biogaz dans les fermes sénégalaises, des énergies renouvelables au Ghana ou la promotion de l'efficacité énergétique des bâtiments en Géorgie.

Secteur privé demandeur

Trois autres arrangements doivent être signés prochainement. "Ces accords sont dans l'intérêt de ces pays", avait dit récemment Mme Sommaruga, qui sera accompagnée jeudi d'homologues de ces pays.

Au secteur privé ensuite de contribuer pour acheter des crédits carbone. Mardi, Coop a annoncé à Glasgow préparer avec le WWF Suisse et des partenaires locaux un projet de réduction des émissions dans la culture de café, une première initiative dans le cadre des accords signés.

"La demande existe" parmi le secteur privé, a insisté de son côté M. Perrez. La Fondation pour la protection du climat et la compensation de CO2, en charge de ces efforts en Suisse, a elle annoncé récemment avoir déjà attribué 750 millions de dollars pour l'achat de crédits carbone.

Mardi à Glasgow, des activistes de l'Alliance pour la justice climatique ont demandé de mettre un terme au "marché carbone". Il faut des actions directes dans les communautés, de petite taille, et pas de grands accords, selon eux.

De son côté, le secteur privé est également demandeur de règles claires, pour éviter d'être accusé d'écoblanchiment par les organisations environnementales. "A un moment donné, nous devrons recourir à des compensations carbone", a expliqué mardi dans un débat en marge de la COP26 un responsable du géant l'alimentaire suisse Nestlé.

Suisse aussi à la manoeuvre

Pour le moment, l'entreprise, quatrième plus grande pollueuse au monde selon un récent prochain, mise sur une réduction des efforts dans sa propre chaîne d'approvisionnement. Objectif: une diminution de 50% d'ici 2030 et la neutralité carbone d'ici 2050, comme le souhait affiché au niveau national par le Conseil fédéral. Mais, à la demande des investisseurs et des consommateurs, plusieurs marques du groupe pourraient individuellement recourir à cet outil, selon le responsable de Nestlé.

Plusieurs entreprises se prononcent même contre le double comptage. Ce système, défendu par le Brésil, permet à la fois de valider l'effort du pays qui finance des projets climatiques à l'étranger, comme celui qui les applique. Inacceptable pour la Suisse.

Selon des sources convergentes, le Brésil serait prêt à abandonner une partie de ses revendications après une période provisoire jusqu'en 2030. De quoi tenter d'arracher un accord qui reste à trouver après un échec à plusieurs COP.

Autres tensions, certains pays en développement souhaiteraient qu'une partie des certificats carbone dans les accords bilatéraux aillent au financement de l'adaptation des Etats les plus vulnérables au réchauffement climatique. Les Etats développés, dont la Suisse, sont opposés parce que ce dispositif n'a pas été prévu dans l'Accord de Paris. Au contraire du système, plus large, contrôlé par l'ONU.

Même sans accord à Glasgow, la Suisse veut aller plus loin. Avec des alliés, elle veut oeuvrer à des règles solides sur les normes climatiques, mais aussi environnementales et sur les droits humains pour ces compensations.

ATS
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